Le voyage aérien

Réunion d’automne de la Société de Médecine des Voyages
Paris, 27 octobre 2011
Compte rendu : docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS

Actualités

Maladies infectieuses et évacuation d’Afrique par avion sanitaire

Arnaud DEROSSI, Regional Medical Director, Assistance & Aviation, International SOS

Il nous a été proposé un retour sur quatre années d’évacuation par avion sanitaire à partir des pays d’Afrique ( 2 333 évacuations)

Le risque encouru par les équipes médicales en tentant de porter secours doit être évalué.
Les personnes secourues sont essentiellement des voyageurs d’affaire et des expatriés.
La moyenne d’âge est de 40 ans (mais 38 cas néonataux) .
Les sujets étudiés appartenaient à 79 nationalités différentes et étaient issus de multiples pays.
Les évacuations n’ont pas vocation à rapatrier obligatoirement dans le pays d’origine mais à apporter les secours les plus adaptés, le plus rapidement possible. Selon la localisation géographique de l’incident, certains sujets secourus seront évacués vers le Nord (Europe), d‘autres vers le Sud (Afrique du Sud).
Les évacuations concernent les traumatismes (23%), les pathologies cardiovasculaires (19%), la neurologie (19%), les maladies infectieuses (38%).
Les maladies infectieuses sont étiquetées au départ paludisme (53%), tuberculose active (6,7%), méningite (3,5%), dengue, rickettsiose, hépatite, etc… Il faut se méfier d’un diagnostic initial de paludisme (porté souvent par excès en Afrique) qui se révèlera plus tard être une autre pathologie et cette fois contagieuse (deux cas de fièvre de Lassa).
Les pays d’origine sont le plus souvent, la République Centrafricaine, le Libéria, le Cameroun, l’Ouganda, le Burkina Faso, le Niger, le Bénin, le Njgéria, le Zimbabwe ou la république démocratique du Congo.
Le risque de contamination est majeur pour l’équipe médicale et pour le pilote sur un vol sanitaire, en raison de la petite taille de l’avion et de la limitation en termes de niveau de soins.
Il faut bien évidemment aider et traiter le patient, mais aussi protéger le personnel de soins et les pilotes.
Les mots clés sont communication et transparence ; l’information aux pilotes est importante : en découle leur décision d’accepter ou non la mission.
Il existe certes des protections individuelles : prophylaxie, caisson portable d’isolement, cagoules en pression positive, voire système de ventilation de l’avion (idéalement sans circulation de l’air vicié), mais le pilote n’est pas autorisé à porter un masque.
Les situations sont parfois compliquées. Il en est ainsi en cas de tuberculose active avec multirésistance, de méningite bactérienne, de maladie émergente (type SRAS, grippe H5N1, fièvres virales hémorragiques). Il est prudent de respecter un strict protocole d’évaluation préalable afin d’appréhender précisément le risque contagieux. Il faut aussi tenir compte des contraintes du Règlement Sanitaire International (RSI) et des autorisations de vol demandées par de nombreux pays.

Les voyages des bactéries multirésistantes

Antoine ANDREMONT, Chercheur Associé, Université Paris VII - Faculté de Médecine Xavier-Bichat,
Groupe Hospitalier Bichat-Claude Bernard, Laboratoire de Bactériologie, Paris

La résistance bactérienne aux antibiotiques risque de devenir un grave problème de santé publique.
Le problème est que plusieurs millions de traitements antibiotiques administrés au cours des dernières décennies ont induit des résistances et qu’aucun nouvel antibiotique n’a été « découvert » depuis 20 ans.
Il apparaît que les traitements antibiotiques même en cure courte ont un impact sur la flore commensale et favorisent l’hébergement de gènes de résistance aux antibiotiques.

Deux vagues épidémiques successives se sont produites depuis 2004

  • La première concerne des entérobactéries productrices de β lactamases à spectre élargi (EBLSE) , résistantes à toutes les β lactamines sauf les carbapénèmes.
    De nombreuses résistances sont associées et ces bactéries ne sont pas détruites par les pratiques habituelles d’hygiène. Le portage de ces bactéries peut perdurer et 50% des sujets en hébergent encore à 1 an. Ces bactéries sont disséminées dans l’environnement et sont acquises par l’alimentation. Elles sont de plus en plus fréquentes dans le Tiers-Monde (notamment dans le Sud-est asiatique et en Inde, en lien avec l’utilisation anarchique des antibiotiques dans ces pays).
  • La seconde vague date de 2009 :
    l’épidémie galopante des EBLSE a conduit à une surconsommation des carbapénèmes entraînant une résistance à toutes les β lactamines avec un risque majeur d’impasse thérapeutique.
    En 2010, l’épidémie atteint le Royaume Uni, à partir de sujets ayant effectué du tourisme médical en Inde et au Pakistan ; ces épidémies se mondialisent et touchent notamment l’ Europe (Grèce et Espagne).

Afin de suivre et contrôler cette émergence en France, l’Institut de veille sanitaire (InVs) et ses partenaires (établissements de santé, laboratoires, Clin) ont renforcé, dans le cadre du Réseau d’alerte, d’investigation et de surveillance des infections nosocomiales (Raisin), la surveillance des EPC (entérobactéries productrices de carbapénèmases), à la demande de la Direction générale de la santé.
Sont à risque tous les patients hospitalisés au moins 24 h dans un service de soins ou dans un établissement de santé à l’étranger (et pas seulement dans les services de réanimation ou de chirurgie). Au total, chaque année 15 à 20 0000 patients sont rapatriés dont 50% sont hospitalisés.
Il faut dès lors éviter la dissémination de ces bactéries à l’hôpital où séjournent des gens fragilisés.
Des recommandations ont été édictées qui permettent de décrire le flux des patients porteurs de ces bactéries et leur devenir, mais aussi de faire mieux en termes de dépistage et de prise en charge.
Il importe aussi d’intégrer une politique rationnelle de l’utilisation des antibiotiques et de réduire massivement cette consommation non seulement chez l’homme mais aussi chez les animaux. Ainsi, nous donnerons l’exemple aux Pays du Sud.