Allaitement et exposition maternelle professionnelle à des substances chimiques

Y. Goujon, M-J. Juan, F. B Vaubourdolle, L. Mirano Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2011, vol.72, n°4, pp.327-332. Bibliographie.
Il serait dommage qu’une femme renonce à l’allaitement au moment de la reprise de travail. Une étude risques/ bénéfice doit être menée dès lors qu’une femme allaitante est soumise à une exposition professionnelle toxique.
Les contre-indications sont rares mais catégoriques pour le plomb, les esters thiophosphoriques, le benzène ou les cytotoxiques.
Seulement 6 substances ou familles de substances sont classées et étiquetées au niveau européen en H362 ("peut être nocif pour les bébés nourris au lait maternel").
Dans les autres cas, il convient de mesurer le risque, en effectuant une étude de poste et en estimant la dose totale absorbée, soit par des mesures de concentrations atmosphériques si la voie principale de pénétration est respiratoire (la situation la plus fréquente en milieu professionnel), soit par des prélèvements surfaciques en cas de pénétration digestive ou cutanée. Afin d’évaluer la dose totale absorbée, il convient de procéder à une surveillance biologique, mais toutes les substances ne disposent pas d’indicateurs biologiques d’exposition utilisables en routine.
En cas d’expositions multiples, le raisonnement est plus difficile à élaborer, et en l’état actuel des connaissances, l’analyse d’un certain nombre de situations ne permettra pas de conclure de façon satisfaisante.
Il convient ensuite d’apprécier quelle dose de la substance chimique absorbée parvient au lait maternel : simple trace ou excrétion significative ?
En cas d’absorption, y-a-t-il des effets connus sur la santé du nouveau-né ?
En général, si l’exposition est supérieure aux 10% des valeurs limites d’exposition professionnelle et des valeurs guides biologiques, l’allaitement est déconseillé. C’est ainsi que le maintien au poste dans un pressing n’est pas compatible avec la poursuite de l’allaitement dans plus de 90% des cas.
Dans tous les cas, il faut obtenir après son information, le consentement éclairé de la salariée lors de la visite médicale de reprise du travail. Enfin, certains postes de travail et locaux où sont utilisés des agents chimiques dangereux, listés dans certains articles du Code du travail sont interdits aux femmes allaitant.
(publié le 22 novembre 2011)