Bijoutier

Analyse ergonomique : travail à l’établi du bijoutier-joailler

Dans cet atelier, la principale activité du bijoutier est le travail à l’établi où s’effectue la mise en forme (façonnage du métal), l’assemblage et la finition (limage, fraisage). Ce sont des travaux fins et manuels. Les opérations de polissage, de dégraissage et d’électrolyse sont des activités secondaires car les bijoutiers passent moins de temps à ces postes.

Organisation du poste de travail à l’établi

L’établi du bijoutier :

Le poste de travail du bijoutier :

Les conditions de travail

Les ouvriers, regroupés autour d’un établi commun en bois, à hauteur fixe, sont assis sur des chaises réglables, les jambes fléchies.

La table arrive au niveau du haut du thorax, le bras droit est souvent en position horizontale pour maintenir un outil, le coude droit surélevé (parfois rotation de l’axe vertébral par suite de la position asymétrique, un coude est baissé pour tenir le bijou dans la main). Le bijou est posé sur la cheville.

Le plan de travail est de ce fait très proche de la tête et le travail se fait constamment en vision rapprochée.

Le bijoutier utilise parfois des loupes pour les travaux très fins et un éclairage d’appoint. Les outils de travail sont placés sur l’établi, dans les tiroirs et en hauteur.

Quelle ergonomie au poste de travail ?

Le bijoutier effectue des mouvements très précis avec les mains (Annexe 4 : les modes de préhension). Les épaules et le haut du corps doivent être stables.

Ainsi on constate :

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Illustration : La position assise à l’établi

1. Une trop grande inclinaison de la tête vers l’avant pouvant provoquer, au bout d’un certain temps, des tensions dans les muscles du cou. Elle peut induire des douleurs à la nuque. Il faut rappeler que la distance oeil-tâche est réduite et que le plan de travail est horizontal, position retrouvée également lors de la soudure.

2. Cette situation de travail peut provoquer des douleurs localisées au niveau des épaules et du bras ; en effet, le bras droit s’écarte du corps et est maintenu élevé sans support pendant le déroulement de la tâche : limage par exemple.

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Angles et durée des flexions à risques

3. Le maintien statique de la posture du bijoutier pénalise les muscles du dos car l’opérateur n’appuie pas pour se rapprocher de l’objet et ne peut avancer sa chaise du fait de l’encombrement sous l’établi.

4. L’angle de confort entre la cuisse et le tronc est défavorisé eu égard à cette position. Il ne devrait pas être inférieur à un angle de 90° en position principale de travail.

5. De même, l’angle de confort entre la jambe et la cuisse n’est pas respecté ; en effet, il est inférieur à 95° pendant plus de 15% du temps d’activité. Cette situation permet d’équilibrer la posture mais induit une situation d’inconfort au niveau des jambes, et particulièrement pour les plus grands où l’angle jambe-cuisse diminue. En revanche, on notera pour les personnes de petite taille qu’en favorisant la distance de travail oeil-tâche, la position pénalise les membres inférieurs du fait de l’absence de contact au sol (c’est le cas pour notre bijoutier).

6. La faible angulation jambe-cuisse peut favoriser une ankylose.

7. Le poignet droit est en extension forcée lors d’une activité du sciage du métal ou lors de l’utilisation d’outils vibrants.

Lors de la conception du bijou, 9 facteurs de charges ont été recensés :

Cette étude de poste met en exergue certains critères défavorables :

  • l’implantation du poste qui pénalise le poignet, en raison d’un angle latéral bras/tronc supérieur à 30°,
  • la contrainte visuelle du fait de la courte distance oeil-tâche et des nécessités d’accommodation liées aux différents tâches,

La posture doit respecter les angles de confort.

Pour un travail assis, la position la plus confortable de la tête est obtenue quand l’angle formé par la ligne de vision et l’horizontale est de 32 à 44° (38 ± 6),

  • l’outillage pas toujours ergonomique spécialement pour les mains féminines,
  • la charge mentale liée à l’attention nécessaire et au délai pour effectuer la tâche,
  • l’ambiance sonore  : en lien avec les conversations et l’utilisation de certaines machines gênantes pour une grande concentration,
  • l’ambiance lumineuse  :
    • la lumière du jour (la plus agréable mais la moins maîtrisable),
    • l’éclairage général (difficile de mettre toue le monde d’accord),
    • l’éclairage d’appoint (modulable).

Dans cet atelier,

    • lumière du jour : 750 lux.
    • avec lampes d’appoint : 1300 lux,
  • l’ambiance thermique en lien avec les baies vitrées et l’éclairage,
  • les vibrations en lien avec l’utilisation d’outils vibrants pouvant provoquer certaines douleurs ostéo-articulaires surtout si le poignet est en position non ergonomique.

Recommandations et conclusion pour l’étude ergonomique du poste

Recommandations :

  • Privilégier un siège assis-debout ou un siège réglable en hauteur avec accoudoir et l’adaptation de l’établi.
  • Proposer des repose pieds à tous les postes.
  • Disposer d’un éclairage adapté, non éblouissant et éventuellement modulable.
  • Nettoyer régulièrement les tubes flourescents.
  • Disposer d’un espace de travail suffisant et de facilités de rangement des différents outils.
  • Alterner les tâches et effectuer des pauses régulièrement.
  • Maintenir la température de l’atelier afin de rester dans une zone de confort thermique (température de 22à 24° C et humidité relative entre 40 et 60 %).
  • Préférer une fibre naturelle pour la blouse de travail.
  • Développer une grille de validation ergonomique des outils afin, notamment, de réduire les efforts.
  • Mener une étude approfondie avec une matrice de découverte outil/prise en main/opération permettant également l’amélioration ou même la création de nouveaux outils.
  • Éliminer, isoler ou réduire la source sonore.
  • Isoler la source. C’est à dire séparer les activités par spécialités avec un seul type de travail dans une même pièce.
  • Adopter une protection individuelle.
  • Équiper les pieds des établis d’un système anti-vibratoire.

Cette étude de poste met également en évidence des critères favorables tels que la rareté de la manutention ou des efforts physiques, un travail gratifiant, une activité variée et une importante autonomie.

Conclusion sur l’étude ergonomique du poste

L’étude ergonomique concernant le travail à l’établi du bijoutier démontre dans l’ensemble de bonnes conditions de travail dans cet atelier.

Une amélioration sur les postures de travail à l’établi reste la principale priorité d’action de prévention.