Cordonnier d’hier et d’aujourd’hui

Au XVIIIe siècle

A cette époque, les hommes n’osent plus porter de souliers fins à boucle, de peur d’être catalogués d’aristocrates. Les gens du peuple portent en général des sabots.

Si la chaussure campagnarde reste et restera encore longtemps le sabot, la chaussure portée par le peuple des villes est, pour les hommes une chaussure de gros cuir noir dont la forme s’inspire des chaussures élégantes. Les femmes élégantes, sous Louis XVI, voient leur marche devenir parfois impossible, ayant besoin de se caler avec une haute canne. « Sans cet effort pour reporter le corps en arrière, la poupée serait tombée sur le nez » dit l’irrévérencieux comte de VAUBLAN dans ses mémoires.

En 1786, les souliers étaient luxueux à l’excès, brodés de diamants : c’était un écrin.

Le Directoire avec les Incroyables et les Merveilleuses apporta un instant l’excentrique mode des souliers à cothurnes dont les lacets enroulés symétriquement sur la jambe découverte de la femme, rappelaient les chaussons du Moyen Age. L’homme préférait l’élégante botte Anglaise. En effet, la botte devenait de plus en plus la chaussure générale, civile ou militaire, chaussure de tout homme ayant un rang dans la société.

C’est à ce moment que commença un demi siècle de triomphe pour la botte. Grande et robuste, ou petite et souple, de toutes formes, décorée ou simple, noire ou de couleur, on la fêta, on la chanta. L’expression du désir de porter des souliers à l’égard de l’homme élégamment botté fut la revanche populaire, signe de jalousie, donc d’envie. On inventa des formes variées et des noms spéciaux : bottes à la hussarde, à la prussienne, à l’écuyère, à la gendarme, à la cavalière, des pages, des postillons, de chasse...

Seuls les « sans culotte » et les « va-nu-pieds » avaient conservé l’usage du soulier grossier et lourd.