Burn out des généralistes. Comment le repérer et le prévenir

B. JOFFRE, T. JOFFRE Le Quotidien du Médecin. - 2008. - N° 8355. - Page 12
Une enquête réalisée en 2007 en Ile-de-France révèle que 53 % des médecins libéraux se déclarent menacés par le burn out. Le profil du patricien à risque est un célibataire, âgé de 45 à 50 ans, exerçant en secteur I, qui réalise plus de 6 000 actes par an et pratique de nombreuses visites. Parallèlement, une étude menée en 2003-2004 dans 26 départements auprès de 44 000 médecins en activité, aboutit à un taux de suicide représentant 14 % des décès, contre 5,4 % dans la population d’âge comparable (de 30 à 65 ans). Les facteurs de risque sont une suractivité ou plutôt un sur investissement au détriment de l’épanouissement personnel, la pression des caisses, une clientèle mal éduquée (réclamant par simple caprice personnel des amplitudes horaires disproportionnées), une incapacité à dire non (en lien avec un manque d’estime de soi), une société exigeante (qui remet en cause sans cesse le médecin ou l’hôpital), le décès des malades (qui culpabilise le médecin). Les signes d’alerte sont la perte du plaisir à exercer son métier, un changement de caractère, un isolement accentué, la perte du respect de soi, l’incapacité à résister à la pression des patients, l’incapacité à mener ses consultations, la décompensation de certaines névroses sous-jacentes, la difficulté à se protéger du décès de ses malades. Les moyens de prévention à mettre en place doivent venir de la part des pouvoirs publics (arrêter de faire des médecins les boucs émissaires des déficits de la sécurité sociale), de la formation (enseigner ce fameux burn out aux futurs médecins), du Conseil de l’Ordre (nécessité d’informer les médecins du risque que représente le métier), du médecin lui même  : apprendre à dire non sans se sentir coupable, ne pas materner sa clientèle, aménager des plages de temps personnel, réévaluer ses connaissances médicales (afin de ne pas se sentir incompétent), valoriser son exercice, rester confraternel avec ses collègues, avoir une vie personnelle épanouie, ne pas exercer de manière isolée, participer à des groupes de pairs. Pourquoi finalement interrogent les auteurs, ne pas avoir un médecin du travail qui serait chargé de voir deux fois par an les médecins libéraux ? Des confrères à la retraite pourraient jouer le rôle d’aînés bienveillants et intervenir à la demande du Conseil de l’Ordre.
(publié le 11 décembre 2008)