Cancers professionnels

B. CHARBOTEL, J.C. NORMAND, A. BERGERET Encyclopédie Médico-Chirurgicale. - Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux. - 2007. - Toxicologie-Pathologie professionnelle 16-532-A-05, 8 pages. - Bibliographie.

Très peu de données sont publiées sur la fréquence des expositions à des cancérogènes professionnels à l’échelle mondiale. L’Organisation mondiale de la santé estime que 20 à 30 % des hommes et 5 à 20 % des femmes de la population active (15 à 64 ans) ont pu, au cours de leur carrière, être exposés professionnellement à des cancérogènes pulmonaires.

Le cancer bronchopulmonaire qui est actuellement la première cause de cancer dans le monde en termes d’incidence et la première cause de mortalité par cancer chez l’homme en France serait d’origine professionnelle dans 10 à 29 % des cas. La principale nuisance est l’amiante. Pour le mésothéliome, la fraction attribuable à l’exposition à l’amiante est d’environ 85 % chez l’homme. Pour les tumeurs de vessie, la part attribuable aux expositions professionnelles est de 10 à 14 %. Pour les cancers de l’ethmoïde, elle est de 25 à 41 %. Les agents susceptibles de provoquer des cancers professionnels peuvent agir à différents niveaux du processus de cancérogenèse et être d’origine différente, physique, chimique ou biologique. Les cancérogènes peuvent agir directement ou après activation métabolique impliquant les mécanismes de détoxification des xénobiotiques, et notamment les cytochromes. Les deux principales classifications des substances cancérogènes sont celles de l’Union européenne (qui a une portée réglementaire) et celle du Centre international de recherche sur le cancer, CIRC (qui a une portée plus scientifique et s’intéresse à tous les cancérogènes, y compris non professionnels).

L’évaluation des risques en milieu professionnel et leur prévention sont de la responsabilité de l’employeur. Cette évaluation est complexe en raison du caractère aléatoire et multifactoriel des cancers et de leur temps de latence important avec intrication de facteurs professionnels, de facteurs extra-professionnels et d’une prédisposition génétique. L’évaluation du risque repose sur le repérage (inventaire des agents cancérogènes utilisés et des situations ou procédés de travail) puis sur la hiérarchisation des risques qui s’appuie sur des outils méthodologiques. La prévention repose sur la suppression ou la substitution de l’agent cancérogène si elle est techniquement possible, le captage à la source, le travail en vase clos, l’automatisation de certains procédés, le port d’équipements de protection individuelle, des mesures organisationnelles visant à limiter le nombre de salariés exposés. La réglementation française est basée sur la transcription de conventions internationales, de directives européennes et de textes réglementaires spécifiques. La prévention médicale repose sur des principes bien établis (participation du médecin à l’évaluation des risques, surveillance médicale renforcée pour les salariés exposés, attestation de non-contre-indication aux travaux). Au départ de l’entreprise, le salarié reçoit une attestation d’exposition. Son dossier médical est conservé au moins 50 ans après la période d’exposition et il bénéficie d’une surveillance postprofessionnelle. Certains cancers peuvent être reconnus et indemnisés au titre des maladies professionnelles. En ce qui concerne l’amiante, le fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA) permet une indemnisation intégrale des personnes ayant subi un préjudice résultant directement d’une exposition à l’amiante. Le nombre de cancers professionnels indemnisés en France a considérablement augmenté au cours de dix dernières années, en lien direct avec les cancers liés à l’amiante (accroissement du nombre de cancers mais aussi meilleure déclaration des cas).

(publié le 22 septembre 2008)