Conduite et santé

S. THIERRY, D. CHOUANIÈRE, C. AUBRY Documents pour le Médecin du travail, DMT. - 2008. - N° 113. - Pages 45-63. - Bibliographie

Outre les accidents routiers qui sont à l’origine de près de 22 % des décès par accident de travail, la conduite prolongée est source de troubles qui peuvent avoir un retentissement délétère sur la santé. Cette large revue de la littérature proposée dans cet article s’intéresse justement aux effets de l’action de conduire sur la santé. La grande majorité des études concerne les professionnels de la route et les hommes : chauffeurs de poids lourds, de taxi et de transport en commun. Peu d’études ont été retrouvées pour les commerciaux ou les ambulanciers. Il apparaît que la profession de conducteur professionnel regroupe des personnes qui effectuent des tâches diversifiées avec au sein d’un même groupe, de grandes différences avec des contraintes variées. Les principaux risques rapportés dans la littérature sont des risques physiques (en lien avec vibrations, manutention, position assise prolongée, bruit, variations thermiques), des risques chimiques (liés à l’inhalation permanente des composants de la pollution urbaine et des gaz d’échappement de la circulation automobile), des risques biologiques (contaminations par les usagers ou les clients susceptibles d’être à l’origine de pathologies ORL), des risques psychosociaux (stress et violence externe). En outre, un certain nombre de comportements individuels sont également à risque (tabagisme, consommation de substances psychoactives, déséquilibre alimentaire, sédentarité).

Les effets sur la santé sont : fatigue, troubles du sommeil, état de stress chronique, troubles anxio-dépressifs, syndrome de stress post-traumatique, syndrome métabolique, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, atteintes ostéo-articulaires (lombalgies principalement), troubles sensoriels, digestifs.

Un excès de cancer du poumon est discuté. Face à ces risques, des mesures de prévention collective existent, même si elles ne sont pas forcément appliquées (choix d’un siège anti-vibrations, adaptation des postes de conduite, respect de la réglementation concernant le temps de travail, aménagement des horaires). Au total, l’amélioration de l’ergonomie du poste de conduite et de l’organisation du travail associée à des mesures de promotion de comportements individuels plus favorables semble susceptible de limiter l’apparition de pathologies chroniques invalidantes.

(publié le 9 décembre 2008)