31e Congrès national de médecine et santé au travail

1er-4 juin 2010 - Toulouse
Compte rendu effectué par les Docteurs Denise Caro et Brigitte Biardeau, ACMS

De la rhinite à l’asthme professionnel

Bien que ne s’agissant pas d’un risque nouveau, la rhinite chronique professionnelle a également fait l’objet de recommandations qui insistent sur la nécessité de repérer et de traiter les rhinites allergiques avant l’installation d’un asthme professionnel.

Les rhinites chroniques professionnelles sont souvent sous-estimées et constituent un réel problème médical et socio-économique. Elles sont responsables d’une altération de la qualité de vie et contribuent à accroître l’absentéisme et la baisse de productivité.

La classification des rhinites chroniques de la Société française d’ORL et de chirurgie cervicofaciale distingue deux grandes familles en fonction du mécanisme supposé à l’origine du trouble nasal : les rhinites IgE-dépendantes et les rhinites non allergiques. Parmi les rhinites non allergiques, on distingue les rhinites inflammatoires et les rhinites non inflammatoires.

Les symptômes (congestion nasale, éternuements, rhinorhée, prurit) et l’inflammation de la muqueuse nasale de la rhinite allergique professionnelle ne sont pas différents de ceux d’une rhinite allergique non professionnelle, mais ils suivent plus ou moins nettement le rythme des périodes de travail.
Lorsque la rhinite n’est pas allergique, des mécanismes neurogènes, irritatifs, toxiques ou des lésions de remodeling sont à l’origine de perforations septales, de rhinites croûteuses ou de troubles olfactifs.
Les rhinites ou rhinosinusites infectieuses ont rarement une origine professionnelle.

En réalité les fosses nasales, constituant le premier filtre de l’appareil respiratoire contre les aérocontaminants, sont souvent le premier organe atteint, quel qu’en soit le mécanisme (irritatif ou allergique). Dans cette optique, la rhinite allergique peut être considérée comme la première manifestation d’une maladie respiratoire qui s’exprimera après plusieurs mois ou années par un asthme.

Les premiers signes apparaissent souvent au cours des deux premières années d’exposition, d’où l’importance d’une surveillance accrue chez les jeunes travailleurs et les apprentis engagés dans des professions à risque. En effet, les études épidémiologiques ont permis de déterminer les métiers particulièrement exposés : boulangers, coiffeurs, professionnels de santé, agents de propreté, menuisiers, professionnels de la restauration.

L’interrogatoire reste une étape essentielle du diagnostic : l’exacerbation des symptômes sur les lieux de travail doit être recherchée. A l’examen on retrouve parfois un pli nasal caractéristique, lié aux mouvements répétés de frottement et de mouchage. La confirmation du diagnostic est faite par des méthodes objectives.
La rhinoscopie antérieure et/ou la fibroscopie nasale permettent d’apprécier l’aspect de la muqueuse et des éventuelles sécrétions. Les tests cutanés et/ou le dosage des IgE spécifiques permettent de confirmer l’existence d’une sensibilisation à des substances présentes dans l’environnement professionnel. Cependant les tests cutanés ne sont réalisables que pour un nombre limité de substances comme les allergènes de haut poids moléculaire (farine, latex, alpha amylase...). Rares sont les allergènes de bas poids moléculaire pouvant bénéficier de ce type de test. Par ailleurs, la spécificité de ces tests est variable selon les substances incriminées (elle est faible pour les allergènes ubiquitaires comme le latex).
Les tests de provocation spécifiques sont considérés comme le « gold standard » pour confirmer le diagnostic de rhinite professionnelle. Ils peuvent être effectués soit au laboratoire, soit sur les lieux de travail. La standardisation de la rhinomanométrie permet de mesurer l’obstruction nasale.
Les épreuves fonctionnelles respiratoires (EFR) ont leur place pour apprécier le retentissement de la rhinite allergique sur la réactivité bronchique et le risque d’évolution vers une maladie asthmatique.

Les recommandations présentées à Toulouse ont également porté sur la prise en charge de ces rhinites allergiques professionnelles. Jacques Ameille (Garches) a rappelé que l’éviction de l’allergène reste le meilleur traitement pour « guérir » le salarié, mais que dans un contexte professionnel, cette solution est hélas difficilement applicable (avec un risque de perte d’emploi et de désinsertion professionnelle). La réduction de l’exposition peut parfois suffire à réduire les symptômes. Si le traitement médicamenteux n’est pas différent de celui de la rhinite allergique non professionnelle, on peut s’interroger sur le caractère éthique de l’administration au long cours d’un traitement pour pouvoir travailler. Le risque d’effets indésirables doit particulièrement être examiné.
Les immunothérapies spécifiques ne sont pas recommandées.

Enfin les efforts doivent être portés sur la prévention primaire : réduction de l’exposition des travailleurs aux allergènes, dépistage des personnes à haut risque, etc.