Si les dermatoses chroniques ne constituent pas un risque professionnel nouveau - dès 1955,Claude Huriez parlait de « péril cutané » - elles restent néanmoins un problème préoccupant dans certains secteurs comme le nettoyage, le BTP, la coiffure et le soin. Les dermatites des mains y sont particulièrement fréquentes.
Les substances les plus souvent incriminées sont le paraphénylènediamine (PPD) et ses homologues, les persulfates d’ammonium et de potassium, le ciment, les aldéhydes (glutaraldéhyde), les solvants, les huiles minérales, les ammoniums quaternaires. Il faut examiner avec attention les étiquettes où doit obligatoirement figurer la composition du produit.
Les dermatites de contact, première cause de dermatoses professionnelles, comportent deux grandes entités : les dermatites irritantes de contact (DIC) et les dermatites allergiques de contact (DAC). Les premières sont des dermatoses inflammatoires non spécifiques, principalement dues à la toxicité des agents chimiques sur les cellules cutanées ; il s’ensuit une inflammation par activation de l’immunité innée. Les secondes correspondent à une réponse immunitaire adaptative de type hypersensibilité retardée et l’inflammation est secondaire à l’activation dans la peau des lymphocytes T (LT) spécifiques de l’agent chimique. Les deux entités différent donc au plan immunologique ; spécificité sur laquelle sont fondés les tests diagnostiques, tels que : les tests cutanés dont la positivité est pour beaucoup synonyme d’allergie de contact et les tests immunologiques mettant en évidence l’existence de LT spécifiques d’allergènes de contact, dans la peau ou dans le sang.
Quoi qu’il en soit, des travaux récents ont clairement démontré que les dermatites irritatives et les dermatites allergiques sont étroitement associées et que la prévention des allergies passe par celle des dermatites irritatives.
Ainsi dans la synthèse réalisée sur ce thème, Paul Frimat (Lille) a délivré quelques messages essentiels que doit retenir le médecin du travail :
- Rechercher et traquer les facteurs favorisant la survenue d’une dermatite de contact, notamment : l’exposition à l’humidité (> 2h/j), le port de gants occlusifs (>2h/j), les lavages agressifs (chimiques ou mécaniques), la non utilisation de produits émollients, un terrain atopique (personnel ou familial), des tatouages au henné.
- Réaliser impérativement des études de postes pour appréhender le travail dans sa réalité : les gestes effectués, l’adéquation des EPI (équipements de protection individuelle) choisis, le port de ceux-ci en pratique quotidienne.
- Être conscient de l’importance du rôle joué par le médecin du travail non seulement dans la formation et l’éducation des salariés, mais aussi en faveur du maintien dans l’emploi du travailleur confronté à une dermatite de contact (substitution, adaptation du poste, reclassement...).
- Savoir utiliser tous les outils à sa disposition (fiches INRS, base de données...) et ne pas hésiter à demander un avis spécialisé.
En conclusion, Paul Frimat a dégagé quelques perspectives pour progresser dans la prévention de ce risque professionnel particulièrement fréquent.
- Des indicateurs permettant de faire la part entre irritation et allergie devraient voir le jour d’ici quelques années.
- De nouveaux traitements très puissants arrivent. Non dénués d’effets indésirables, leur prescription dans le cadre d’une allergie professionnelle posera néanmoins un problème éthique.
- Le travail des réseaux de dermatovigilance comme le Revidal (réseau de vigilance de dermato-allergologie) français émanant du G.E.R.D.A. (Groupe d’Etudes et de Recherches en Dermato-Allergologie) doit être salué ; et les études épidémiologiques doivent être poursuivies.
- Enfin l’élaboration de recommandations de bonnes pratiques (qui existent déjà dans d’autres pays européens) est souhaitée par les médecins du travail français.
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