Bijoutier

Étude du risque chimique au poste de bijoutier-joaillier

Méthodologie

La méthodologie utilisée est celle de la CRAM qui vise à évaluer le risque chimique en identifiant les dangers, les conditions d’utilisation ou d’exposition, susceptibles de générer des risques pour la santé des salariés (Articles R4412-1 à R4412-58 du Code du Travail).

Son objectif est d’établir des priorités en vue de déterminer une politique de prévention dans l’entreprise.

La méthode comprend quatre étapes.

Évaluation du risque chimique dans l’atelier

Étape 1

a) Inventorier les produits chimiques et collecter les fiches de données de sécurité

  • l’ammoniaque : pour la préparation du bain par ultrason lors du dégraissage de la bague (3 litres par an).
  • L’alcool à brûler pour le refroidissement du métal lors de la soudure et pour rendre le métal plus malléable lors de la réparation (2 litres par an).
  • L’acétone pour dissoudre les colles (1 litre par an).
  • L’acide chlorhydrique : 2 litres par an (3 volumes) et l’acide nitrique : 1 litre par an (1 volume) qui entrent dans la composition de l’eau régale utilisée pour dissoudre le métal précieux des impuretés.
  • L’acide sulfurique pour le dérochage à une concentration de 15% (1 litre par an).
  • L’Acidor ® (acide sulfurique dilué à 20 % avec de l’eau) : une préparation en poudre pour l’électrolyse (1 kilo par an).
  • Le Collobore ® : préparation contenant du fluorure de sodium, mélange d’eau et de borax permettant de protéger la surface du métal de l’oxydation (1 litre par an).
  • Le trichloréthylène : essentiellement pour le dégraissage des cires (1 litre par an).
  • Les colles cyanoacrylates pour la réparation.

b) Repérer les constituants toxiques des substances et leur attribuer une classe de danger

Etape 2

a) lister les modes d’utilisation des produits
afin d’affecter les indices des différents paramètres pour trouver la classe d’exposition E d’un produit qui dépend des modes opératoires (M), des quantités utilisées (Q),de la fréquence d’utilisation (F).

  • selon le mode opératoire (M) qui permet de définir 3 classes

  • selon la quantité utilisée (Q) : 3 classes
3 FORTE
2 MOYENNE
1 FAIBLE
  • selon la fréquence d’utilisation (F) : 3 classes

Le produit de chacun de ces trois classements : modes opératoires (M), quantités (Q), durée/fréquence (F), permet de définir l’indice d’exposition (I)

La classe d’exposition E est ensuite définie en comparant l’indice d’exposition suivant le tableau ci-dessous :

Dans cet atelier, la démarche définie ci -dessus permet de tirer les conclusions suivantes :

b) Affecter les indices des différents paramètres à l’ensemble des produits

Étape 3

Hiérarchiser les risques par ordre de priorité d’action.

Le croisement des paramètres, classe de toxicité et classe d’exposition, permet de classer les produits chimiques par ordre de priorité afin de mettre en place un plan d’actions de prévention approprié aux risques identifiés.

Préoccupant

Important

A surveiller

Faible

La hiérarchisation du risque chimique révèle la présence de :

  • quatre produits à caractère prioritaire :
    • le trichloréthylène classé cancérogène catégorie 2 et mutagène catégorie 3 par l’ Union européenne,
    • l’acide nitrique pour son caractère corrosif (R8) et pouvant provoquer de graves brûlures (R35),
    • l’acide sulfurique pour son caractère corrosif (R35),
    • le Collobore® pour son caractère toxique (R25) en cas d’ingestion,
  • deux produits à caractère important :
    • l’acide chlorhydrique qui au contact de la peau peut provoquer des brûlures (R34) et engendrer des irritations pour les voies respiratoires (R37),
    • la colle cyanoacrylate pour son caractère irritant pour les yeux, les voies respiratoires et la peau (R36/37/38),
  • deux produits à surveiller :
    • l’ammoniaque très toxique pour les organismes aquatiques (R50) et susceptible de provoquer des brûlures (R34),
    • l’Acidor® pour son caractère irritant (R 36/38-52/53).

Toutefois, les conditions d’utilisation, incluant les protections collectives et individuelles mises en place dans l’entreprise, peuvent réduire l’incidence de la nocivité des produits à caractère préoccupant sur la santé des salariés.

Etape 4 :

Contrôler l’efficacité des protections collectives et individuelles

a) Protections collectives :

  • Installation des cuves dans des conditions telles qu’elles permettent d’éviter les chutes, les risques de débordements, d’éclaboussures ou de déversements lors d’une rupture des parois de la cuve.
  • Séparation des postes de travail selon les risques pour limiter les expositions du personnel.
  • Aspiration à la source du dérochage avec capot et les bacs d’électrolyse et du bain à ultrasons sont munis de couvercles.
  • Mise aux normes du matériel et des circuits électriques.
  • Stockage des produits chimiques dans des armoires fermées loin de toute source de chaleur.
  • Stockage minimum de produit au poste de travail.
  • Gestion des déchets.

b) Protections individuelles :

  • Blouse de protection.
  • Gants résistant aux acides pour la manipulation des produits chimiques.

Dans cet atelier, les bijoutiers semblent être sensibilisés à la prévention des risques liés aux produits chimiques.

Les locaux disposent d’une bonne extraction d’air et d’un bon système d’aspiration notamment pour le décapage des bijoux (utilisation de l’acide sulfurique).

Les produits sont stockés dans une armoire fermée et en petites quantités.

Cependant, il serait judicieux de conseiller à l’employeur :

  • le rappel de l’interdiction de manger dans l’atelier (voir illustration ci-dessus, bac à ultrasons),
  • le port de lunettes de protection résistantes aux acides, lors de l’opération de dérochage ou décapage des bijoux,
  • l’utilisation d’un tablier en caoutchouc ou en cuir efficace en cas de projection,
  • l’utilisation éventuelle de crèmes barrières de protection sur les zones découvertes,
  • le port de chaussures de sécurité utiles en cas de déversement de liquide chimique,
  • la substitution si possible des produits à caractère dangereux,
  • et pour une analyse plus fine de l’exposition, la mise en place de badges dont les résultats seraient comparés aux VLE (valeurs limites d’exposition) et aux VME (valeurs moyennes d’exposition) des produits utilisés.