Exposition professionnelle à la conduite de véhicules légers et risques pour la santé (hors accidents de la route). Revue de la littérature

P. GUINCHARD, B. CHARBOTEL, E. POUGET, A. BERGERET Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2008, vol. 69, n° 3, p. 464-474. - Bibliographie

Une revue de la littérature en français et en anglais, publiée de 1975 à 2006, concernant une population de 19 à 64 ans, a été effectuée. Cinq cadres nosologiques ont pu être mis en évidence  : les pathologies rhumatologiques, les pathologies cardio-vasculaires, la pollution de l’habitacle, les troubles psychologiques et les troubles de la reproduction. La pathologie lombaire est la plus souvent rencontrée. La prévalence des lombalgies est plus élevée chez les chauffeurs de taxi, les représentants de commerce et les officiers de police en lien avec la durée de conduite de véhicules, les mauvaises positions, les gestes et les vibrations corps entier engendrées par la conduite. Cette notion de vibrations corps entier apparaît comme le principal facteur étiologique. Un risque significativement accru de spondylisthésis lombaire acquis est mis en évidence en lien avec l’exercice de la profession de chauffeur de taxi. Les représentants de commerce ont un risque de cervicalgies et un risque de pathologies des autres articulations (épaules) qui augmente avec le kilométrage annuel. L’amélioration des équipements du véhicule, l’amélioration des postures, l’amélioration technique des véhicules par les constructeurs et l’organisation du travail constituent les principales mesures de prévention. En ce qui concerne les pathologies cardio-vasculaires, les chauffeurs de taxi sont les plus concernés. Plusieurs études mettent en évidence un excès d’infarctus du myocarde en lien avec une surreprésentation des facteurs de risque cardio-vasculaire (surpoids, diabète, dyslipidémie, sédentarité, tabagisme, stress psychologique). Au cours des dernières années, certaines études ont mis en évidence le rôle central de l’inflammation et de troubles de l’hémostase dans l’initiation et la progression du processus athéromateux. Ainsi, un temps de conduite long est associé à une augmentation significative du taux de globules blancs et de plaquettes. Stress et exposition aux gaz d’échappement seraient impliqués. En ce qui concerne la pollution de l’habitacle, les concentrations en composés organiques volatils et en NO2 à l’intérieur des véhicules sont plus importantes que dans les maisons mais les pollutions sont à des niveaux moins élevés que les valeurs limites d’exposition admissibles. Les pathologies sont décrites à des niveaux plus importants de pollution.

Relativement aux troubles mentaux, les chauffeurs de taxi sont classés à risque en raison des tensions psychologiques fortes et un faible sentiment de bien-être. En l’absence de support social, le stress au travail et les problèmes conjugaux sont corrélés à une consommation d’alcool et de substances psychoactives. La mise en oeuvre d’une campagne de prévention auprès de cette profession reste indispensable. Quant aux éventuels troubles de la reproduction masculine, si les spermogrammes des chauffeurs de taxi contiennent moins de spermatozoïdes de forme normale que les spermogrammes d’une population témoin, le temps de conception n’est pas allongé.

L’une des raisons invoquée dans l’altération de la spermatogénèse serait l’augmentation de la température scrotale.

(publié le 30 janvier 2009)