Sur l’interaction possible entre bruit « professionnel » et substances ototoxiques

L’ototoxicité

L’ototoxicité est un exemple de toxicité très sélective directe vers un organe.
Un agent ototoxique peut être défini comme une substance qui peut occasionner une altération fonctionnelle ou un dommage cellulaire de l’oreille interne, surtout du limaçon ou des neurones acoustiques, et du huitième nerf crânien ou du système vestibulaire.
Les substances qui altèrent l’audition et l’équilibre en agissant principalement au niveau du tronc au long des voies centrales auditives, sont considérées comme neurotoxiques.
En ce qui concerne l’effet neurotoxique des solvants, sur le système nerveux central (S.N.C.) et sur le système nerveux périphérique (S.N.P.), un dommage des cellules neurosensorielles ainsi que des terminaisons nerveuses au niveau du limaçon a été supposé ; et en comparant les lésions sur le SNC induites par les solvants, également une altération plus centrale.
L’aspect spécifique des substances ototoxiques est qu’elles peuvent interagir quand elles sont utilisées simultanément. « Corpora non agunt nisi fixata », dit un vieil axiome de pharmacologie.
Il est clair qu’il n’est pas possible de connaître les effets de différents agents ou de médicaments ainsi que leurs effets spécifiques, s’ils sont administrés simultanément.
Dans un certain sens, le dommage total de plusieurs agents peut excéder la somme simple de dommages que ces agents uniques produisent.
Nous pouvons avoir, selon une définition scolaire, des effets différents :

  • un effet d’addition des substances individuelles,
  • un effet d’amplification de la somme des substances individuelles,
  • un effet de synergie dans lequel aucun des agents n’est efficace individuellement,
  • un effet de synergie dans lequel les agents sont individuellement efficaces séparément,
  • un effet de synergie dans lequel un agent est seulement efficace individuellement [10,11].
  • D’un point de vue physiopathologique ou clinique, les listes des maladies de l’oreille en lien avec le travail sont à peine différentes de celles hors travail, s’il n’y a pas le support d’un soutien anamnestique adéquat.
  • Les agents chimiques responsables de pathologies de l’oreille peuvent être classés en gazeux (gaz, vapeurs), particules ou aérosols (poussières, fumées, brouillards). Le mécanisme physiopathologique engendré peut être allergique, irritant, toxique. Les voies d’absorption, outre une contamination de l’oreille interne par la voie respiratoire, sont hématique, lymphatique, céphalo rachidienne (cerebrospinal fluid, CSF) et osmotique à travers la caisse du tympan [4,9].

Le dommage auditif [4,9] survient si l’exposition à ces substances se produit à des concentrations suffisamment élevées, (qui peuvent cependant être inférieures à celles dont la substance est considérée comme toxique sous d’autres aspects).
L’action ototoxique de produits chimiques est amplifiée par la présence de bruit (même à des niveaux relativement faibles, tels que, inférieurs à ceux fixés par la législation comme un seuil de sécurité à 85 dBA) et par la présence de substances ototoxiques concomitantes. Les études sur les animaux et les données épidémiologiques ont identifié trois « niveaux de preuve » : fiable, manquant, probable [4].

Niveau de la démonstration : fiable

Solvants :

  • Toluène
  • Styrène
  • Xylène
  • n-hexane
  • Ethyle-benzène
  • n-propylbenzène
  • White Spirit/Stoppard (solvant paraffinique pour peintures)
  • Sulfure de carbone
  • Combustibles
  • Perchloroéthylène
  • Gaz asphyxiants
  • Monoxyde de carbone
  • Acide cyanhydrique et ses sels

Métaux et composés :

  • Plomb et composés
  • Mercure (chlorure de méthylmercure et sulfure de mercure
  • Étain et mélanges organiques
  • Germanium (bioxyde de germanium)
  • Nitriles (Acrylonitrile, 3,3’-Iminodipropionitrile, 3-Butènenitrile, cis-2-Pentènenitrile, cis-Crotononitrile.)

Niveau de la démonstration : manquant

  • Insecticides (pyrèthre)
  • Mélanges organo- phosphoriques
  • Composés alicycliques (n-heptane, nitrite de butyle, 4-tert-Butyltoluène)
  • Manganèse

Niveau de la démonstration : probable

  • Métaux et métalloïdes
  • Cadmium (chlorure de cadmium)
  • Arsenic
  • Bromures (bromure de sodium, bromure de potassium)
  • Hydrocarbures halogénés (hexachlorobenzène, hexabromocyclododécane, tetrabromobisphénol A., polychlorobiphényle)