31e Congrès national de médecine et santé au travail

1er-4 juin 2010 - Toulouse
Compte rendu effectué par les Docteurs Denise Caro et Brigitte Biardeau, ACMS

La prévention des risques psychosociaux et les actions sur l’organisation du travail

Très fortement médiatisés, les risques psychosociaux (RPS) sont devenus un enjeu pour les pouvoirs publics qui ont sommé les partenaires sociaux et en premier lieu les entreprises de négocier et de mettre en place des stratégies de prévention.
A la suite du rapport Légeron-Nasse, trois catégories d’action sont envisagées :

  • la prévention primaire vise l’élimination ou le contrôle des facteurs de risque en agissant sur l’organisation et les conditions de travail ;
  • la prévention secondaire doit aider les salariés à mieux gérer les contraintes (gestion du stress et des conflits),
  • la prévention tertiaire correspond à la prise en charge médicale et/ou psychologique de ceux qui sont « mis à mal » par le travail.

Comme l’a indiqué Dominique Chouanière (Lausanne-Suisse), chargée de dégager les principaux messages des très nombreuses communications portant sur ce thème, la question du risque psychosocial est de plus en plus présente dans les consultations du médecin du travail, et cela quelles que soient les entreprises. Les acteurs de la santé au travail doivent être en capacité de repérer ces risques, d’alerter puis de conseiller sur la façon de les analyser et de les traiter.

Cinq principaux messages ont émané des données très riches présentées à Toulouse.

  • Le nécessaire recentrage de la question sur le travail  ; en effet, celui-ci doit être au coeur de l’analyse de la souffrance.
  • La nécessité de passer de l’individuel au collectif. Face à la souffrance d’un salarié, il faut non seulement donner l’alerte, mais aussi considérer cette souffrance individuelle dans le cadre plus large d’un problème de la collectivité de travail. Trop souvent encore les problèmes de santé mentale au travail sont niés ou renvoyés dans la sphère privée par les employeurs. Bien souvent également, ils sont ramenés à un problème de compétence individuelle à gérer les difficultés, attitude de dépréciation qui renforce la souffrance du salarié.
  • L’apport indispensable d’une approche pluridisciplinaire de la question. Pour preuve, les nombreuses présentations à deux voix, faites à ce congrès. Encore faut-il, comme cela a été rappelé à plusieurs reprises, identifier les bons partenaires (médecins du travail, psychosociologues, ergonomes, gestionnaires des ressources humaines, etc) et définir la place de chacun d’eux et leur mode de collaboration. Le médecin du travail doit pouvoir jouer un rôle de coordination des différents intervenants en prévention des risques professionnels.
  • La diversité des méthodes de travail a également été soulignée. Le recours à une « démarche projet » est de plus en plus fréquent. Il s’agit de mettre en place des indicateurs pour l’alerte, un diagnostic collectif organisé, un plan d’action puis une évaluation de l’opération.
  • L’utilité d’une approche qualitative du RPS a également été soulignée. Une clinique de l’activité (analyse de l’activité du salarié) peut être utilisée comme discipline d’intervention au niveau individuel mais aussi au niveau de l’entreprise. Il est souhaitable d’articuler l’activité clinique avec l’action en milieu de travail. La fiche d’entreprise rédigée suite à une visite des lieux de travail peut servir d’outil d’alerte.
  • Toutefois approche qualitative et quantitative ne semblent plus devoir être opposées ; elles sont désormais complémentaires.
  • La volonté des médecins du travail d’élaborer « des bonnes pratiques » et de s’améliorer dans tous les domaines de la prévention tant au plan individuel (comment replacer le travail au coeur de la souffrance ? comment donner l’alerte ? quels indicateurs adopter ?) que collectif (comment faire l’évaluation ? quel plan d’action choisir ? comment agir en pluridisciplinarité ?).

Au total, même si on est encore à une phase d’expérimentation et d’élaboration des méthodes, on observe un changement important dans la perception, la prise en compte et la prévention des risques psychosociaux qui sont devenus l’un des enjeux importants de la santé au travail. Pour preuve la communication à ce congrès, d’un chef d’entreprise venu présenter la démarche de prévention du stress mise en place dans sa société.