Le risque cutané dans le BTP

32es Journées nationales de santé au travail dans le BTP
Lille, 28-30 mai 2013

Les aspects cliniques

La main du travailleur du BTP

M-Bernadette CLEENEWERCK, Dermatologue, Médecin du Travail, Pôle santé Travail, Lille

Pathologie liée au ciment

Dans les dermatoses du travailleur du BTP, le ciment reste toujours d’actualité, responsable de brûlures : « cement burns » ulcérations plus ou moins profondes à l’emporte-pièce, uniques ou multiples, nécrotiques et évolutives siégeant le plus souvent aux doigts mais aussi aux avant-bras, genoux, jambes, chevilles, à la faveur d‘une position agenouillée dans le ciment frais, ou du port de vêtements souillés par le ciment ou de coulées de ciment à l’intérieur des bottes.
Ces brûlures souvent asymptotiques dans les premières heures peuvent se compliquer de surinfections ou évoluer vers des escarres nécessitant le débridement, voire un traitement chirurgical avec greffe de peau.
Cette pathologie se voit essentiellement chez les sujets insuffisamment informés du risque (apprentis oui intérimaires) ou les personnes négligentes.

Les formes chroniques sont des pulpites d’usure, desquamatives avec aspect émoussé ou disparition des empreintes digitales, des lésions nummulaires ou des onychodystrophies séquellaires des doigts.
Ces formes chroniques sont la résultante de facteurs climatiques, de microtraumatismes lors de la manutention, du lavage des mains avec des produits inadaptés.

Les eczémas de contact allergiques sont des eczémas de contact aigus, vésiculo-suintants ou chroniques, plutôt secs, kératosiques et fissurés, siégeant sur la face dorsale des mains mais pouvant s’étendre aux poignets, aux avant-bras voire au visage, et dus à une sensibilisation cutanée aux chromes hexavalents des ciments ou au cobalt.
S’y ajoutent les dermatites de contact aéroportées (par les poussières de ciment dans l’environnement de travail).

Autres dermatoses

D’autres dermatoses ont été décrites :

  • des réactions de photosensibilisation cutanée de contact au cobalt et au chrome hexavalent, aux bitumes et goudrons, sur les zones découvertes,
  • des allergies de contact aux produits manipulés, aux composants des gants, aux produits de lavage, aux crèmes de protection des mains,
  • des onychopathies en lien avec des produits alcalins ou acides, des solvants, des détergents…,
  • des kératoses actiniques en lien avec les expositions chroniques aux UV solaires lors du travail en extérieur.

Le pied du travailleur du BTP

Gilbert JELEN, Dermatologue (67) Saverne

Les dermatoses professionnelles siégeant aux pieds relèvent de causes multiples (mécaniques, chimiques, électriques, thermiques, biologiques, rayonnements).
Les risques spécifiques de cette catégorie de travailleurs sont les risques traumatiques, les brûlures par les ciments à prise rapide, les allergies par le chrome du ciment.
Le pied est soumis à des irritations chroniques.
Le froid produit des engelures en hiver.
La chaleur et la macération entraînent hyperhydrose, kératose ponctuée… dermatite d’irritation qui peut se compliquer de surinfection mycosique ou microbienne.
La dyshydrose est d’étiologie multifactorielle (facteurs endogènes et exogènes) et est aggravée par le café, l’alcool, le tabac et l’atopie.

Les équipements de protection individuelle (EPI) peuvent être responsables d’eczéma siégeant sur le dos des pieds et des orteils, de manière bilatérale. La saison chaude favorise une pénétration des allergènes et le déclenchement de la dermatite. Une allergie spécifique aux chaussures de sécurité peut être liée au cuir (en raison du chrome ou des biocides dont l’isothiazolinone), aux résines formaldéhyde, aux colorants, au caoutchouc, aux matières plastiques, aux doublures non tissées, aux biocides, aux colles... , aux embouts métalliques.
Les chaussettes peuvent être en cause du fait de leurs composants (colorants azoïques) ou de leur composition (laine irritante).

Bien que les EPI puissent être impliqués dans la pathologie du pied du travailleur du BTP, le risque d’intolérance est faible et les chaussures de sécurité gardent toute leur utilité ; leur choix mérite si nécessaire, que soient prises en compte les spécificités et les allergies de chacun.