L’analyse comparative des conditions de travail selon
les formes d’organisation du travail est fondée
sur une exploitation statistique secondaire de l’enquête
européenne sur les conditions de travail menée
par la Fondation européenne pour l’amélioration
des conditions de vie et de travail en 2000.
L’échantillon étudié compte 8081 individus représentatifs
d’une population de près de 85 millions de
salariés. Les conditions de travail ne sont pas des
variables qui s’imposent à l’observateur mais des
constructions qui conduisent à détacher du travail
certains de ses aspects, tout particulièrement
lorsqu’ils soulèvent des problèmes de pénibilité ou
d’atteintes à la santé. Les variables retenues dans
l’analyse portent sur plusieurs aspects des conditions
physiques de travail : les pénibilités physiques,
les nuisances et les risques toxiques. Elles
prennent aussi en compte le cadre temporel d’exercice
de l’activité de travail sous deux angles, d’une
part celui des conditions horaires du travail, dans
leurs dimensions de durées de travail longues, d’horaires
atypiques et d’horaires flexibles, et d’autre
part celui des pressions temporelles dans le travail
en termes d’intensité du travail. En revanche, la
question de la charge mentale du travail n’est pas
abordée, faute de données disponibles sur ce thème
dans la source statistique utilisée. Parmi les quatre
formes d’organisation du travail présentées : la
classe des organisation apprenantes (forte autono
mie dans le travail, autocontrôle de la qualité du
travail, rencontre fréquente des situations d’apprentissage
et de résolution des problèmes imprévus,
tâches complexes, non monotones et non répétitives,
peu de contraintes de rythme), la classe des
organisations en lean production (travail en
groupe, polyvalence, qualité totale et flux tendus,
autonomie contrôlée), celle des organisations tayloriennes
(faible autonomie procédurale, faible
contenu cognitif, peu d’autocontrôle de la qualité)
ou celle des organisations de structure simple (travail
peu contraint dans les rythmes et peu répétitif,
relativement monotone, à faible contenu cognitif,
mode de contrôle par supervision directe), c’est
l’organisation apprenante qui est sur la plupart des
critères, l’organisation associée aux meilleures
conditions de travail. Dans les années 1970, les innovations
organisationnelles visant à dépasser les
limites économiques et sociales du modèle taylorien
ont été conçues dans une double perspective
d’amélioration des performances économiques et
productives des entreprises et des conditions de travail
de la main-d’oeuvre. La montée et l’ampleur
des problèmes d’emploi ont rendu moins prioritaires
les préoccupations de qualité de vie au travail.
Les innovations organisationnelles qui se sont
diffusées depuis la fin des années 1980 ne s’accompagnent
plus nécessairement d’une amélioration
des conditions de travail ; il convient dès lors de
rester vigilant vis-à-vis d’une question qui n’a rien
perdu de son actualité et de son urgence.
(publié le 23 septembre 2008)
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