Les conditions de travail des salariés dans l’union européenne à quinze selon les formes d’organisation

A. VALEYRE Travail et Emploi. - 2007. - N° 112. - Pages 35-47. - Bibliographie.
L’analyse comparative des conditions de travail selon les formes d’organisation du travail est fondée sur une exploitation statistique secondaire de l’enquête européenne sur les conditions de travail menée par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail en 2000. L’échantillon étudié compte 8081 individus représentatifs d’une population de près de 85 millions de salariés. Les conditions de travail ne sont pas des variables qui s’imposent à l’observateur mais des constructions qui conduisent à détacher du travail certains de ses aspects, tout particulièrement lorsqu’ils soulèvent des problèmes de pénibilité ou d’atteintes à la santé. Les variables retenues dans l’analyse portent sur plusieurs aspects des conditions physiques de travail : les pénibilités physiques, les nuisances et les risques toxiques. Elles prennent aussi en compte le cadre temporel d’exercice de l’activité de travail sous deux angles, d’une part celui des conditions horaires du travail, dans leurs dimensions de durées de travail longues, d’horaires atypiques et d’horaires flexibles, et d’autre part celui des pressions temporelles dans le travail en termes d’intensité du travail. En revanche, la question de la charge mentale du travail n’est pas abordée, faute de données disponibles sur ce thème dans la source statistique utilisée. Parmi les quatre formes d’organisation du travail présentées : la classe des organisation apprenantes (forte autono mie dans le travail, autocontrôle de la qualité du travail, rencontre fréquente des situations d’apprentissage et de résolution des problèmes imprévus, tâches complexes, non monotones et non répétitives, peu de contraintes de rythme), la classe des organisations en lean production (travail en groupe, polyvalence, qualité totale et flux tendus, autonomie contrôlée), celle des organisations tayloriennes (faible autonomie procédurale, faible contenu cognitif, peu d’autocontrôle de la qualité) ou celle des organisations de structure simple (travail peu contraint dans les rythmes et peu répétitif, relativement monotone, à faible contenu cognitif, mode de contrôle par supervision directe), c’est l’organisation apprenante qui est sur la plupart des critères, l’organisation associée aux meilleures conditions de travail. Dans les années 1970, les innovations organisationnelles visant à dépasser les limites économiques et sociales du modèle taylorien ont été conçues dans une double perspective d’amélioration des performances économiques et productives des entreprises et des conditions de travail de la main-d’oeuvre. La montée et l’ampleur des problèmes d’emploi ont rendu moins prioritaires les préoccupations de qualité de vie au travail. Les innovations organisationnelles qui se sont diffusées depuis la fin des années 1980 ne s’accompagnent plus nécessairement d’une amélioration des conditions de travail ; il convient dès lors de rester vigilant vis-à-vis d’une question qui n’a rien perdu de son actualité et de son urgence.
(publié le 23 septembre 2008)