Dermatoses chez le voyageur

Journée de printemps – Société de Médecine des Voyages
Saint-Raphaël, 25 mars 2011

Compte rendu : docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS

Les envenimations marines

Jean Paul POIRIER – Saint-Laurent-du-Var

Les dangers d’une envenimation

L’envenimation correspond à l’inoculation du venin, produit toxique, mélange de protéines, (plus de 1 000) dont certaines sont photosensibles. Il s’agit d’un amalgame de substances de haut poids moléculaire constitué de toxines, d’amines vasoactives et d’enzymes protéolytiques.
Le venin peut avoir une activité inflammatoire ou antigénique, entraîner une dénaturation des membranes cellulaires, une libération par les cellules de substances toxiques, une hémolyse, des troubles de la coagulation, une altération du système nerveux.

Les critères de gravité sont fonction de l’espèce, des antécédents de contact, du mode d’inoculation de l’activité, du site d’inoculation, des antécédents personnels, de l’âge et de la rapidité du traitement.

Les envenimations par contact

Les cnidaires sont des invertébrés marins comportant une cavité centrale en forme de sac, qui est leur tube digestif et d’où sortent des tentacules armés de cellules urticantes.
En font partie, méduses, anémones, coraux.

Les méduses

Elles comportent 9 000 espèces ubiquitaires. Parmi elles, 100 sont venimeuses dont 10 en zone tempérée.

  • Les vélelles, cousines lointaines des méduses s’échouent par bancs sur les plages dès le printemps. Elles ont des tentacules urticants.
  • Présente en Méditerranée, la méduse Pelagie (Pelagia noctiluca) présente des tentacules comportant des cellules très urticantes. La douleur vive lors de la piqûre va croissant pendant 30 à 40 minutes. Survient un érythème léger augmentant en quatre heures et reproduisant le tentacule. L’évolution se fait sur une semaine. Paresthésies ou réaction vagale sont rares. Les réactions retardées sont inhabituelles, mais des réactivations périodiques existent après un temps de latence qui se compte en mois, voire en années.

Conduite à tenir en cas de piqûre de méduse :

  • sortir de l’eau,
  • agglomérer avec du sable sec et racler sans frotter,
  • retirer les tentacules,
  • rincer à l’eau de mer (jamais à l’eau douce),
  • désinfecter, appliquer des dermocorticoïdes,
  • prescrire anti-inflammatoire et vaccination anti-tétanique.

Les méthodes dites traditionnelles, variables selon le pays et la région, telles que aspersion d’urine, d’alcool, de vinaigre, sont discutées.

  • Dans les mers chaudes, notamment aux Antilles, on trouve la physalie (qui n’est pas à proprement parler une méduse malgré son apparence). Elle se présente sous la forme d’une baudruche remplie de gaz d’où s’échappent des tentacules de 20 m de long. Une crête sur le flotteur joue le rôle de voile et lui permet de se déplacer au gré du vent et des marées.
    Cette physalie produit une douleur syncopale associée à de fréquentes manifestations articulaires et musculaires ; le syndrome général peut être discret mais quelques fois grave, voire mortel. Le traitement est la chaleur mais en cas d’échec, on a recours au pack réfrigérant.
  • On trouve dans les eaux tropicales un étrange animal « glaucus atlanticus » qui concentre à l’extrémité de ses cerata (processus situé sur le dos de certains mollusques dépourvus de coquille), les venins des physalies dont il se nourrit, ce qui lui confère un fort pouvoir urticant.
  • Les cuboméduses, sont cubiques, avec un tentacule sur chaque arête. Parmi elles, la Chironex est une espèce très venimeuse. On l’appelle aussi guêpe de mer. Elle vit dans les eaux du littoral australien et du Sud-Est asiatique.
    Transparente et de petite taille, elle est difficile à voir. Elle n’est pas de nature agressive et les accidents qui sont survenus semblent liés à l’imprudence des nageurs. La piqûre est atroce et la gravité est fonction du nombre de tentacules qui entrent en contact avec la peau. Le décès peut survenir en 3 ou 4 minutes. La mortalité est d’environ 5%. Si peu de tentacules ont touché la peau, la conduite à tenir est l’aspersion de vinaigre, l’ablation des tentacules, éventuellement un bandage compressif et une évacuation rapide vers l’hôpital en moins de 30 minutes pour l’administration d’un sérum antivenimeux anti-Chironex, disponible exclusivement en Australie. La prévention repose sur l’utilisation de combinaison en lycra pour les plongeurs.

Les anémones de mer

Elles disposent de tentacules qui déclenchent chez l’homme des réactions urticariennes.
Sous les Tropiques, le contact avec les anémones de mer crée des lésions ulcéro-nécrotiques parfois mortelles.

La dermatite du baigneur est due à la pénétration de larves de méduses ou d’anémones de mer et survient de mars à août lors de la ponte, à la faveur d’une baignade en eau salée en Floride ou aux Antilles. Le prurit est intense et atteint uniquement les zones couvertes par le maillot de bain.
Il faut alors se changer, ne pas frotter, rincer à l’eau.
En prévention, il faut utiliser un maillot serré ou une tenue en lycra ne permettant pas le passage des larves ou se baigner nu.

Les éponges sont le plus souvent inoffensives mais produisent parfois une dermatite irritative.
La maladie des pêcheurs d’éponges de la région méditerranéenne est provoquée par les tentacules d’un petit cœlentéré (Sagartia rosea), parasite de l’éponge.

Les vers de feu présents dans certaines eaux tropicales mais aussi en Méditerranée ont le corps couvert de soies extrêmes urticantes, entraînant prurit et brûlures.

Les coraux

Ce sont sont des animaux de petite taille qui se regroupent pour former des colonies. Les coraux sont inoffensifs sous nos climats. Mais il existe aux Antilles et en mer Rouge des « coraux de feu » qui occasionnent brûlures, urticaire et parfois lésions bullo-nécrotiques.

Les envenimations par piqûres

Les vives

Ce sont en France, les poissons les plus souvent incriminés dans les accidents survenant aux personnes marchant le long des côtes en eau peu profonde (plages de Méditerranée et de l’océan Atlantique).
Enfouies dans le sable et se sentant attaquées, les vives dressent leurs aiguillons siégeant sur le dos et la tête qui délivrent un venin puissant, responsable d’une douleur vive (d’où le nom du poisson) et d’une brûlure avec paresthésies du membre atteint.
Le venin étant thermosensible, une source de chaleur soulagera la victime.

Les raies

Elles possèdent un dard effilé à la base de la queue.
Les plus dangereuses sont les raies pastenagues (dont certaines vivent en Méditerranée et en Atlantique) ; leur queue est armée d’un aiguillon dentelé en scie des deux cotés. Elles occasionnent une plaie très délabrante qui risque de se surinfecter.
Le venin produit une douleur très vive qui atteint son maximum en 60 minutes et dure jusqu’à deux jours.

Conduite à tenir en cas d’accident :

  • enlever le dard (sauf pour les raies armées), désinfecter,
  • le venin étant thermolabile, il faut immerger la zone atteinte dans de l’eau supérieure à 45° pendant 30 minutes au moins ou approcher l’extrémité d’une cigarette incandescente de la plaie.

Les rascasses

Elles ont des rayons épineux sur les nageoires ; la piqûre est atroce mais en règle bénigne.
Conduite à tenir : enlever l’épine, le venin étant thermolabile à une température de 50°, l’usage de la cigarette incandescente à proximité de la lésion est conseillé.

Le poisson–pierre

C’est le poisson le plus venimeux du monde. Il est doté d’épines dorsales reliées à des glandes à venin. La piqûre extrêmement douloureuse induit rapidement un œdème inflammatoire avec nécrose ; la douleur syncopale peut entraîner la noyade. Les complications sont immédiates et systémiques ; une hyperesthésie peut durer jusqu’à 6 mois.
Le venin est thermolabile et la chaleur le dénature.
Il existe un sérum antivenimeux spécifique fabriqué en Australie, efficace s’il est injecté rapidement.

Les oursins

Ils occasionnent une brûlure immédiate et une inflammation locale créant impotence et malaise.

Les étoiles de mer

Elles sont d’ordinaire inoffensives mais attention à Acanthaster planci, une étoile de mer pourvue de piquants qui vit dans les massifs coralliens des régions tropicales et dont la piqûre occasionne érythème et œdème.

Les cônes

Ils sont pourvus d’une dent qui se termine par un harpon, ce qui les rend redoutables.
Beaucoup de cônes sont venimeux même si tous ne sont pas dangereux pour l’homme.
La piqûre en trou d’aiguille est très douloureuse ; elle produit un œdème volumineux, une paralysie musculaire, des troubles de la vue, de l’élocution, un état de choc qui peut être mortel en 1 h.

Les envenimations par morsures

Les murènes

Elles n’attaquent pas spontanément mais n’aiment pas être dérangées.
Les espèces rencontrées en France (surtout sur le littoral méditerranéen) sont peu venimeuses mais le risque d’infection microbienne est important du fait des bactéries provenant de la gueule des poissons.
Les plus venimeuses fréquentent les eaux tropicales.

Les poulpes

La morsure se produit lorsque le poulpe est manipulé.
Elle provoque une ulcération cutanée inflammatoire et douloureuse avec des paresthésies. Le risque létal est rare sauf avec le poulpe à anneaux bleus qui vit en Australie.

Les serpents de mer

Ils vivent dans les océans Pacifique et Indien.
Ils ne sont pas agressifs mais s’ils se sentent en danger, il mordent et leur venin est très toxique.
La morsure produit douleurs musculaires, convulsions et contractures suivies de paralysies. Son traitement nécessite une évacuation d’urgence vers l’hôpital.