La lutte anti-vectorielle
L’importance croissante des maladies émergentes est observée en santé animale et en santé publique.
Les zones les plus à risque sont les zones les plus développées.
Les facteurs d’émergence sont les changements globaux dont le réchauffement climatique, les mouvements commerciaux, le changement des pratiques agricoles, la péri-urbanisation, l’hygiène dégradée, etc. De nombreux défis à relever pour les scientifiques !
Nombreux sont les exemples de maladies à transmission vectorielle qui ont concerné la France (métropole et régions ultra-marines) : la fièvre catarrhale ovine (transmise par des Culicoïdes), la dengue et le Chikungunya (transmises par des Aedes), la fièvre à virus West Nile (transmise par les Culex), la fièvre de la vallée du Rift transmise par des moustiques, un certain nombre de viroses, bactérioses et parasitoses transmises par les tiques ainsi que l’expansion d’Aedes albopictus.
La réponse opérationnelle (face à ces épidémies, foyers, cas isolés, ou simple menace) bien qu’ayant mobilisé les services des ministères de l’agriculture, de la santé, de l’environnement, de la recherche et de l’intérieur a été jugée insuffisante et a généré une expertise collective qui a abouti à des recommandations pour améliorer la politique de la lutte anti-vectorielle (LAV), notamment en termes de stratégie d’intervention, de soutien de la recherche, de développement de la communication et du déploiement de la formation avec deux priorités : la création d’un centre national d’expertise sur les vecteurs, et la redéfinition du cadre juridique et de la gouvernance.
Dans ce contexte, la Société de Médecine des Voyages et la Société française de Parasitologie, associées à 11 autres sociétés savantes ou institutions, ont proposé une réflexion globale sur la protection personnelle anti-vectorielle. Cette réflexion a pris la forme de recommandations pour la pratique clinique à partir de la lecture de la bibliographie et la confrontation pluridisciplinaire, aboutissant à une position consensuelle argumentée. Ces 31 recommandations concernent les voyageurs et les résidents des zones à risque de transmission de maladies vectorielles. Ce travail collégial actuellement soumis à labellisation par la Haute Autorité de Santé, sera rendu public.
La veille internationale
La veille internationale a pour finalité la détection des menaces susceptibles d’avoir un impact sanitaire sur la population présente sur le sol français, métropole et territoires ultra-marins, et les Français à l’étranger. Elle ne vise pas à identifier toutes les alertes internationales mais se concentre sur les zones géographiques et les pathologies qui représentent les plus grands risques. Dans ce cadre, la dengue et le chikungunya font l’objet d’une attention particulière.
La dengue est l’arbovirose la plus répandue dans le monde et celle qui progresse le plus vite : (doublement du nombre de cas notifiés pendant chaque décennie ente 1970 et 2000, puis doublement sur la période 2000-2005).
L’OMS estime à plus de 50 millions le nombre de cas annuels et à 2,5 milliards le nombre de personnes exposées au risque. La dengue est endémo-épidémique dans plus de 100 pays et des épidémies sont régulièrement déclarées sur de nouveaux territoires. C’est ainsi qu’une épidémie s’est déclarée aux Comores depuis le début de l’année 2010. Elle est suivie avec attention par l’InVs en raison du risque qu’elle représente pour Mayotte et dans une moindre mesure pour l’île de la Réunion.
Le chikungunya a déjà provoqué des épidémies durant les années 2005-2006 à la Réunion et à Mayotte. En 2006, la maladie a touché l’Inde avec plus de1,4 millions de cas. En 2007, la région de Ravenne en Italie identifie 205 cas. Le cas index présumé a été importé d’Inde. En décembre 2009, une épidémie survient à Madagascar. Les nombreux échanges entre Madagascar et l’Ile de la Réunion incitent à une sérieuse surveillance. Parallèlement, la persistance d’épidémies en Asie du Sud-Est et dans le sous continent indien, est suivie avec attention pendant la période d’activité du moustique en métropole en raison de l’importance du flux des voyageurs vers ces destinations.
Le « tigre » est en France
L’Aedes albopictus communément appelé « moustique tigre » est en expansion mondiale. Venu d’Asie du Sud-est par les transports internationaux (commerce des pneus usagés), il colonise progressivement les pays d’Europe (l’Italie est actuellement le pays européen le plus contaminé).
Il s’est installé en France métropolitaine empruntant les transports locaux. Il s’est définitivement établi dans les Alpes maritimes depuis 2004, en Haute-Corse depuis 2006, en Corse du Sud et dans le Var depuis 2007. Le département des Bouches-du-Rhône est devenu depuis 2009, une zone d’endémie. On retrouve ce « tigre » à Marseille, en périphérie de Montpellier, de Lyon et de Chambéry.
Ce moustique pique le jour préférentiellement à l’extérieur des habitations avec un regain d’activité vers 16 h mais s’arrête dès qu’il fait nuit.
La prévention impose de tuer les larves et de neutraliser les micro foyers que l’on trouve à profusion près des habitations (gouttières et canalisations bouchées, buses de sol, pneus, soucoupes sous les pots de fleurs, récipients divers abandonnés au fond du jardin, flaques d’eau créées par les arrosages automatiques).
Les Aedes qui se limitaient au 1er étage continuent leur ascension par l’intermédiaire des jardinières des balcons et des terrasses.
Une épidémie dans les zones endémiques est une certitude. La surveillance des premiers cas permettra de contrôler au plus vite l’épidémie.
Le CHU de Nice, premier CHU de métropole implanté en zone d’Aedes albopictus s’investit au quotidien afin de protéger les patients hospitalisés contre un risque d’infection nosocomiale.
Depuis avril 2008, ce CHU a mis en application toute une série de mesures préventives : protection des patients en salle d’attente aux urgences et dans les services d’infectiologie, mise en place de pièges lumineux électriques 24h/24.
Après consultation, un cas suspect de dengue ou de chikungunya est mis en isolement.
Répulsifs antimoustiques, diffuseurs insecticides, pièges lumineux électriques, sont en stock dans les services. Parallèlement, ont été mis en place une information pour tout le personnel hospitalier, une étude entomologique pour mettre en évidence les gîtes existants ou potentiels de moustiques, une surveillance d’Aedes albopictus de juin à décembre, une adaptation du Plan Blanc, une documentation institutionnalisée.
A ce jour, aucun cas autochtone d’arboviroses tropicales n’est à déplorer au CHU de Nice qui hospitalise des patients virémiques de dengue ou de chikungunya.
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