Les pneumopathies d’hypersensibilité en milieu professionnel.

I. THAON, G. REBOUX, S. MOULONGUET, J.C. DALPHIN Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement. - 2007. - Vol. 68. - Nos 5-6. - Pages 518-540. - Bibliographie
Les pneumopathies d’hypersensibilité (PHS) sont des pneumopathies de mécanisme immunoallergique dues à l’inhalation chronique d’antigènes organiques ou chimiques auxquels le sujet a été préalablement sensibilisé. Les antigènes le plus souvent impliqués dans les PHS sont des micro-organismes bactériens et fongiques, mais des substances protéiques animales, des agents chimiques ou des métaux peuvent également être en cause. Les PHS sont actuellement décrites dans des nouvelles circonstances : des PHS liées au méthyl-méthacrylate chez des prothésistes dentaires et des PHS en milieu agricole où l’évolution des techniques a modifié la flore microbienne des produits agricoles et des fourrages, ce qui conduit à suspecter de nouvelles substances antigéniques. La prévalence des PHS se situe généralement entre 0,2 % et 1,5 % lorsque les critères diagnostiques associent les questionnaires sur les sites cliniques et l’exposition, sérologies et explorations fonctionnelles respiratoires ou radiologiques. Parmi les sujets exposés à des quantités élevées d’antigènes, seulement 5 à 10 % développent la maladie. En revanche, 50 % développent des réactions immunologiques humorales et cellulaires ; il existe probablement des facteurs de « promotion » et de « protection » qui influencent les réponses individuelles aux agents inhalés. La PHS survient plus fréquemment chez les non-fumeurs que chez les fumeurs. Le sexe et l’âge n’influencent pas le risque d’apparition de la maladie qui peut survenir à tout âge. Des formes familiales de PHS ont été rapportées. La forme aiguë des PHS se manifeste par un syndrome pseudo-grippal et des râles crépitants constants. La forme subaiguë se caractérise par une dyspnée avec toux et altération de l’état général avec persistance des râles crépitants. La forme chronique est marquée par une fibrose interstitielle diffuse ou par une bronchopneumopathie chronique obstructive. Le diagnostic est confirmé par la radiologie qui montre un syndrome interstitiel micronodulaire et des opacités en verre dépoli entrecoupées d’hyperclartés (aspect en mosaïque très évocateur). Le lavage broncho-alvéolaire très sensible montre une alvéolite lymphocytaire, des macrophages spumeux et souvent des mastocytes et des plasmocytes. La présence de précipitines est évocatrice du diagnostic. Le diagnostic différentiel se pose avec les infections, les fièvres d’inhalation, les autres granulomatoses pulmonaires, les maladies systémiques et les pneumopathies interstitielles fibrosantes. L’évolution se fait vers une fibrose ou un emphysème en fonction du type de PHS et du mode d’exposition. Le traitement nécessite l’éviction ou la réduction de l’exposition et la corticothérapie. La prévention collective repose sur l’amélioration de l’environnement professionnel. Si le reclassement du salarié malade est impossible, la poursuite de l’activité professionnelle est possible sous réserve d’aménagement des conditions de travail et du port du masque de protection respiratoire. Plusieurs tableaux de maladies professionnelles font mention des PHS, mais le libellé des tableaux est hétérogène en ce qui concerne la liste des principaux travaux susceptibles de provoquer les maladies. La reconnaissance est également possible dans le système complémentaire selon expertise du Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP). L’évaluation du taux d’IPP est mal adaptée selon les auteurs, car il ne prend en compte que la fibrose pulmonaire secondaire et non la DLCO (Index des capacités d’échanges gazeux pulmonaires et en particulier de l’oxygène).
(publié le 22 septembre 2008)