Avec près de 20 000 cas reconnus en 2000, les TMS constituent la première cause de maladies professionnelles en France comme dans la plupart des pays européens. Ils sont en progression dans beaucoup d’entreprises. Face à l’ampleur de ce phénomène, l’ANACT a réalisé avec l’institut CSA un sondage auprès de 1 000 salariés français sur leur perception des troubles musculosquelettiques.
Comme pour chacune des sessions annuelles de la semaine pour la qualité de vie au travail, les premières questions du sondage portant sur un thème spécifique concernaient le ressenti des Français sur leurs conditions de travail en général.
Les Français globalement satisfaits de leurs conditions de travail
De manière assez stable par rapport aux données barométriques des années précédentes, une large majorité des salariés se déclare satisfaite. Les déterminants importants de la motivation au travail restent, comme en 2009, marqués par le niveau de rémunération (46%) et les conditions de travail (42%). L’intérêt du métier arrive en 3ème position (36%).
Les salariés sont globalement satisfaits de leur situation professionnelle. Les relations avec les collègues, contribuant à l’ambiance de travail, sont encore en 2010 le sujet de satisfaction numéro un, avec 90% de satisfaits (92% en 2009). Le taux de satisfaction en matière de sécurité sur les lieux de travail reste stable avec 89%. L’autonomie et les responsabilités sont citées à 88% (comme en 2009).
Les relations avec la hiérarchie (78% contre 80% en 2009) et avec les clients (78%) bénéficient également de bons scores.
Certains éléments de satisfaction en recul sont à rapprocher du contexte de morosité économique : le climat social (70%, -3 points), la reconnaissance de l’investissement dans le travail (64%, -3 points) et les possibilités d’évolution personnelle (58%, -3 points).
Les TMS, une réalité quotidienne au travail
Le reste du questionnaire portait plus spécifiquement sur les connaissances et le ressenti des salariés dans le domaine des TMS.
Premier enseignement de ce sondage, le terme de « troubles musculosquelettiques » est connu de la majorité (55%), pourtant 35% seulement savent exactement ce que celui-ci recouvre.
Deuxième enseignement, les salariés semblent être fortement exposés aux TMS, puisque 7 personnes interrogées sur 10 déclarent ressentir au moins une douleur relative aux TMS.
Les principales localisations sont : le dos (50%), l’épaule et la nuque (45%), le poignet (25%), le genou (17%) et le coude (16%).
Tous les secteurs d’activités et toutes les catégories socio professionnelles sont concernés ; mais les plus touchés sont les ouvriers, les salariés des secteurs du BTP et de l’industrie/énergie, et les salariés avec plus de 20 ans d’ancienneté. 0
Concernant l’intensité de la douleur et la gêne engendrée, 22% déclarent ces douleurs fortes ou insupportables et 65% disent être gênés (un peu ou beaucoup).
De nombreux facteurs de risques professionnels
Plus de 3 salariés sur 4 attribuent les TMS à l’exercice de leur métier (25% en totalité et 52% en partie). Les ouvriers, les salariés de PME et les salariés ayant plus de 20 ans d’ancienneté attribuent davantage les TMS à leur activité professionnelle que les autres.
Susceptibles de favoriser la survenue de ces TMS, les facteurs de risques professionnels ne manquent pas puisque 96% des salariés sont exposés à au moins une contrainte organisationnelle ou biomécanique : travail dans l’urgence (74%), sentiment d’être débordé (58%), confrontation à des aléas, incidents et dysfonctionnements (50%) pour les contraintes organisationnelles ; et position statique (40%), gestes répétitifs (39%), gestes minutieux (33%), efforts physiques (32%), postures inconfortables (31%) pour les contraintes biomécaniques.
Toutefois, ce sondage montre également qu’une majorité de salariés a le sentiment de bénéficier de facteurs protecteurs vis-à-vis des TMS, comme l’autonomie dans l’organisation du travail, le soutien des collègues (moins souvent celui de la hiérarchie), une bonne formation ou une certaine liberté de mouvement.
De lourdes conséquences
Le questionnaire met par ailleurs en évidence la difficulté d’aborder le sujet des TMS dans la sphère professionnelle. Peut-être parce qu’il constitue un aveu de faiblesse de la part du salarié, celui-ci est peu enclin à évoquer son problème avec son supérieur hiérarchique (30%), les représentants du personnel (19%) ou les responsables des ressources humaines (14%). Le salarié choisit d’abord son médecin traitant pour en discuter (81%) et, dans une moindre mesure, le médecin du travail (62%) et les collègues (62%), ces derniers assurant avant tout un rôle d’écoute.
Enfin, les TMS ne sont pas sans conséquences pour les salariés, puisque 32% ont des arrêts de travail pour cette raison, 6% quittent leur emploi, 8% engagent une reconversion professionnelle, 17% bénéficient d’un poste aménagé et 15% d’une organisation de travail modifiée.
Des actions de prévention trop rares
La dernière partie du sondage explorait le ressenti des salariés sur les actions de prévention pouvant être mises en oeuvre dans les entreprises, celles-ci restant minoritaires (43%). Un salarié sur 10 seulement estime ces actions très efficaces et 57% assez efficaces. Les actions les plus souvent évoquées par les salariés sont la formation, la sensibilisation et le changement d’organisation.
Enfin, les personnes interrogées expriment d’autres attentes en décalage avec les pratiques des entreprises, comme : « faire participer les salariés à l’analyse et à la recherche de solutions pour prévenir les TMS », « renforcer les équipes en cas de surcharge de travail », « résoudre rapidement les problèmes de fonctionnement » ou « faire appel à des experts de la question ».
RSS