Afin de repérer les stratégies de manutention observées
lors des collectes d’ordures, une étude a
été menée sur 13 éboueurs répartis en trois
groupes selon leur ancienneté (moins de 2 ans,
de 3 à 10 ans et plus de 10 ans). L’étude a été
menée par un ergonome (expérimenté en matière
d’observation d’activités de manutention)
qui a effectué les observations en trois temps :
en fonction des caractéristiques des conditions
de manutention, en fonction des stratégies globales
de manutention et en fonction des modes
opératoires. Les conditions de manutention sont
éminemment variables mais dans un tiers des
cas, la chaussée est glissante, la trémie n’est pas
orientée vers les ordures ménagères ou en est éloignée. La majorité des ordures se présente
sous forme de sacs, et un sur 10 est une charge
lourde. Les incidents les plus fréquents sont les
lancers manqués qui manquent la cible, les sacs
qui se déchirent et les pertes d’équilibre. En ce
qui concerne la stratégie globale de manutention,
l’observation montre qu’il n’y a pas de manière
de faire uniforme. Il apparaît que les plus
expérimentés lancent plus les sacs q’ils ne les
transportent par rapport aux moins expérimentés
qui portent plus souvent les sacs. Il existe
aussi diverses manières de lancer le sac. C’est « le
lancer revers effectué à deux mains » qui est le
plus courant. L’observateur constate que les
éboueurs utilisent rarement la méthode sécuritaire
enseignée dans les formations traditionnelles,
notamment les plus expérimentés parce
que les techniques sont alors trop statiques. Naturellement,
les éboueurs utilisent une technique
plus dynamique qui leur assure un passage harmonieux
entre la phase de prise et de soulèvement
sans trop d’interruption. Le lancer leur
semble la voie la plus facile (économie de pas,
donc moins de fatigue et moins de risque de se
cogner et/ou de trébucher sur des obstacles environnants,
réduction de la durée des efforts) tout
en restant très efficient. Cette technique leur
permet de maintenir le rythme qui concilie préservation
de soi et enjeu de production. Il
semble donc qu’il n’existe pas « une » bonne
technique et les formations actuelles qui enseignent
des techniques issues d’études effectuées
en laboratoire, dans des situations exemptes
d’imprévus, d’incidents et de fatigue ne sont
donc pas appropriées. Il paraît plus judicieux
« d’apprendre aux nouveaux éboueurs à analyser
leur environnement » et à adapter leurs façons
de manipuler les charges en fonction de la situation.
(publié le 5 février 2009)
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