Nanomatériaux
Un nouveau type de dangers ?

H. Seillan, P. Brochard, J.F. Narbonne, N. Léca, D. Martin Préventique Sécurité, 2008, N°101, pages 14-29

Les nanomatériaux ont des dimensions de l’ordre de 10-9 par rapport au mètre. Certains sont issus des nanotechnologies, d’autres correspondent aux nanoparticules ultrafines de la pollution atmosphérique. La question du risque de ces nanoparticules n’a pas à ce jour reçu de réponse satisfaisante. Le problème est de savoir si « les nanomatériaux qui combinent des propriétés physiques, chimiques et biologiques, sont susceptibles de développer des potentialités dommageables pour l’homme et l’environnement, supérieures et peut-être différentes, à celles des matériaux de taille supérieure » ? L’on sait actuellement que plus la taille des particules diminue et plus la toxicité est élevée. L’on sait aussi que les mécanismes de toxicité cellulaire peuvent déclencher une réponse pro-inflammatoire, une transformation cancéreuse de la cellule ou sa mort programmée. Des lésions tissulaires irréversibles ont été observées chez l’animal lorsque la dose inhalée ou injectée dans les séreuses était suffisamment importante. Il n’existe encore que peu de données chez l’homme. Cette incertitude justifie l’application du principe de précaution à la fois dans la protection des professionnels et du public exposé aux nanoparticules. Il est néanmoins « évident que les objets nanoparticulaires auront un comportement qui ne pourra être déduit ou modélisé à partir des connaissances toxicologiques acquises sous forme macro ou micrométriques . Les paramètres des nanoparticules qui paraissent être pertinents en matière d’effets sur la santé sont la taille, la composition chimique et les caractéristiques de la surface, ainsi que la forme. Un nanotube aura une cinétique différente d’une structure en cage ». La toxicocinétique va jouer un rôle important et les mécanismes de défense habituels pourront ne pas être adéquats vis-à-vis de cette nanoparticule. Il faut dès lors engager d’énormes efforts de recherche fondamentale et forger les outils pour évaluer réellement les risques. Faut-il légiférer sur les nanomatériaux ? La Commission sur les produits chimiques considère que l’arsenal réglementaire existant suffit à réguler l’exploitation des nanomatériaux. Il semble cependant que l’absence de convention internationale à l’image de celle qui a été adoptée pour les produits chimiques constitue un réel problème. Deux grands principes devraient organiser la réflexion : la précaution et le développement durable.

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(publié le 28 janvier 2009)