Réussir la réforme de la médecine et de la santé au travail

Optimiser le suivi médical

Mettre l’accent sur la prévention primaire ne signifie pas abandonner le suivi individuel, mais il convient de mieux l’orienter pour en faire bénéficier préférentiellement les salariés exposés aux risques les plus importants et ceux qui se trouvent dans une situation de fragilité. Il est essentiel que tout salarié garde la possibilité de consulter, s’il l’estime nécessaire, un médecin spécialisé en santé au travail, seul à même de faire le lien entre son état de santé et ses expositions professionnelles. Il faut également que les médecins du travail puissent mettre en œuvre des outils puissants de traçabilité des parcours professionnels, partageables avec la médecine de soins et susceptibles de mémoriser les expositions professionnelles les plus dangereuses et les situations de pénibilité. Un travail en réseau associant médecins du travail, médecins traitants et médecins conseils de l’Assurance Maladie, facilitera le maintien dans l’emploi des salariés en voie de désinsertion professionnelle. Le partage du dossier médical personnel s’avérerait alors particulièrement utile.

Pour remplir l’ensemble de ces missions, il demeure indispensable de former un nombre suffisant de médecins du travail. Tôt ou tard, le « paradigme de l’aptitude », gros consommateur de temps médical, devra être remis en cause, puisqu’un avis d’aptitude ne reflète jamais qu’un constat fait à un moment donné, n’a aucun caractère prédictif et n’a jamais protégé un salarié contre le risque d’un accident ou d’une maladie en rapport avec le travail. Enfin, comme dans toutes les autres disciplines médicales, certaines activités du médecin du travail pourraient être déléguées soit à des infirmières soit à des assistantes en santé au travail. Il convient donc d’organiser les conditions de cette délégation.