Comme l’a rappelé Yolande Esquirol (Toulouse), les troubles musculosquelettiques (TMS) du membre supérieur d’origine professionnelle demeurent une problématique prédominante dans les entreprises. La fréquence, mais également la complexité des facteurs étiologiques contribuent aux difficultés de mise en place de mesures de prévention efficaces. Pour autant, l’évaluation des risques à l’origine de ces TMS est déterminante dans l’élaboration d’une démarche de prévention.
Aussi, devant l’hétérogénéité des pratiques professionnelles dans ce domaine, il est apparu utile d’élaborer un guide de bonnes pratiques pour le médecin du travail dans l’évaluation des facteurs de risque à l’origine des TMS du membre supérieur au plan collectif et au plan individuel. Pour faire ce travail, la profession s’est fondée sur le consensus européen Saltsa, émanant du « Coronel Institute of Occupational Health d’Amsterdam », et sur des expériences pilotes menées dans différentes régions (notamment dans les Pays-de-Loire à l’initiative de l’Institut de veille sanitaire).
L’utilisation du consensus Saltsa a permis de disposer d’une évaluation de l’état de santé musculosquelettique des salariés, selon une méthodologie qui pourrait être commune à d’autres pays de l’Union européenne. C’est une avancée importante dans la connaissance épidémiologique des TMS. La mise en évidence de l’implication de certains facteurs comme les contraintes biomécaniques, psychosociales et organisationnelles montre la nécessité d’une approche globale de la prévention et de la mobilisation de l’ensemble des acteurs de la prévention des risques professionnels (entreprises, partenaires sociaux, pouvoirs publics).
Ainsi, treize recommandations ont été faites afin de répondre aux principales questions qui se posent pour l’évaluation et la prévention des TMS. Le repérage est fait sur des critères cliniques (11 entités syndromiques, spécifiques ou non sont définies dans Saltsa), sur la présence de facteurs de risque (postures inconfortables, mouvements contraints, pauses insuffisantes et certaines caractéristiques de l’organisation du travail, risques psychosociaux), et sur des indicateurs d’exposition établis à partir de questionnaires. Il est tenu compte du niveau de risque supposé (a priori) de la population étudiée.
Le guide propose des stratégies d’action en fonction de ces indicateurs. Face à des symptômes de TMS sans facteur de risque connu, une démarche préventive individuelle est privilégiée.
Face à des facteurs de risque connus sans pathologie TMS avérée, une démarche préventive collective est mise en place.
En présence de facteurs de risque et de symptômes de TMS, une double approche collective et individuelle de la prévention est justifiée.
Enfin, il est nécessaire d’évaluer l’impact de ces stratégies, non seulement au plan de l’entreprise mais aussi au plan national. Les résultats de cette évaluation permettent d’adapter les indicateurs et de communiquer sur les actions à entreprendre.
La publication de ce guide pratique, après validation par la Société Française de Médecine du Travail, constituera un point d’accord entre professionnels sur ce qu’il convient de faire face au problème croissant des TMS.
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