Que reste-t-il des pneumoconioses ?

A.B. TONNEL La Revue du Praticien, Médecine générale. - 2007. - Tome 21. - Nos 791/792. - Pages 1217 - 1219. - Bibliographie.
Les derniers puits du bassin houiller du Nord- Pas-de-Calais étant fermés et l’amiante banni, on pourrait penser que les pneumoconioses sont des « maladies du passé ». Or, sont encore recensés 8 à 10 000 anciens mineurs indemnisés pour la pneumoconiose liée au charbon et qui sont toujours à risque de complications. Mais audelà de nos frontières et sur une très grande échelle (Chine, Inde, Sud-Est asiatique...), persiste le risque du mineur de charbon. En ce qui concerne l’exposition à l’amiante, les cancers et les mésothéliomes se multiplient et l’épidémie devrait encore se prolonger pendant 20 à 30 ans. Les dépenses d’indemnisation des victimes ou de leurs ayants droit devraient dépasser pour 2008, 450 millions d’euros. Mais de nouvelles pneumoconioses risquent d’apparaître : les pneumoconioses de surcharge dont la sidérose (mines de fer) exposant au risque de lésions emphysémateuses et de cancer bronchique ou la talcose (talc) ou la kaolinose, les pneumoconioses par exposition aux métaux lourds (cobalt, tungstène, molybdène, titane, chrome) survenant dans certaines industries ou chez les prothésistes dentaires. D’autres activités en plein développement sont à risque : le vieillissement des jeans se pratique par sablage du tissu et est réalisé par des ouvriers peu protégés et exposés alors à de graves pneumoconioses. Aux Etats- Unis, et au Canada, un argile fibreux destiné à l’isolation des maisons est contaminé par des fibres d’amiante. Les progrès technologiques incessants conduisent à l’utilisation de nouveaux produits : ainsi les fibres minérales artificielles siliceuses vitreuses semblent devoir être classées parmi les cancérogènes potentiels (catégorie 2B). Quant aux nanofibres et nanoparticules, elles semblent engendrer chez la souris, des lésions de fibrose, voire de granulome avec un niveau d’agressivité supérieur à une quantité similaire de particules fines de silice ou de carbone. On mesure encore mal à l’heure actuelle la réalité de ce risque chez les travailleurs exposés. La vigilance est de mise.
(publié le 22 septembre 2008)