La santé des salariés voyageurs

(Phase 2)

Résultats

Durant la période d’inclusion, les 24 médecins participant à l’enquête ont reçu en consultation 12 409 salariés dont 675 (5 %) effectuaient des voyages professionnels.

Ils ont inclus les 280 salariés (2,2 %) qui séjournaient ou prévoyaient de séjourner plus de 30 jours dans l’année hors de France métropolitaine.

Trois salariés ont refusé, ce qui a porté à 277, le nombre de questionnaires exploités (phase 1).

Les résultats de cette 1ère phase ont été publiés dans les Cahiers de médecine interprofessionnelle - CAMIP 2008-3 - et ont fait l’objet d’une communication affichée au congrès de l’ADELF (Association des Epidémiologistes de Langue Française) en 2008.

Un an après, 105 salariés ont été retrouvés et 99 ont accepté de répondre (phase 2).

La comparaison des salariés recrutés dans la 1ère phase, selon qu’ils ont été retrouvés ou perdus de vue ne montre pas de différence significative sauf pour :

  • la durée cumulée des séjours professionnels en moyenne ou prévus (89 vs 109 jours, respectivement, p=0,02),
  • le nombre de personnes et d’enfants à charge (1,16 et 1,74 vs 1,55 et 1,27 respectivement, p<0,05).

Les deux cas de grossesse ou post-partum inclus dans la phase 1 n’ont pas été retrouvés en phase 2.

Les caractéristiques personnelles des salariés retrouvés, apparaissent dans le tableau I.

Caractéristiques personnelles des salariés effectuant des voyages professionnels de plus de 30 jours cumulés dans l’année.

En cas de différence significative entre les réponses aux questions posées aux deux phases, les valeurs des phases 1 et 2 sont indiquées

Les salariés inclus dans l’enquête sont principalement des hommes (85 %), d’âge moyen 43 ans (de 21 à 63 ans) dont 28 % vivent seul(e)s. Les salariés déclarent faire du sport au moins une heure par semaine (68,4 %), être non fumeurs (74,5 %) et ne pas boire d’alcool (57,6 %).

Ils sont 84,8 % à avoir des informations sur le pays de destination.

Ils ont bénéficié pour 40,4 % d’entre eux d’un bilan de santé en vue de ces voyages.

Des variations significatives apparaissent pour les scores de stress (diminution de 4,53 à 3,95, p<0,01) ; les scores de sommeil et santé ne varient pas.

La proportion de sujets présentant un stress élevé (score à 6 et plus) diminue également entre les phases 1 et 2 (38,8 % vs 28,6 %, p<0,001).

Les caractéristiques professionnelles des salariés retrouvés apparaissent dans le tableau II.

Caractéristiques professionnels des salariés effectuant des voyages professionnels de plus de 30 jours cumulés dans l’année.

En cas de différence significative entre les réponses aux questions posées aux deux phases, les valeurs des phases 1 et 2 sont indiquées.

Le code NAF (Nomenclature d’Activités Française) a permis de regrouper les entreprises par secteurs d’activité.

Par ordre décroissant d’effectifs de salariés, nous avons trouvé : le commerce de gros et intermédiaires du commerce (alimentaire), les services fournis aux entreprises (ingénierie, études techniques), les activités informatiques (traitement de données), les industries alimentaires (production de boissons rafraîchissantes), la fabrication de matériels de transport autres que automobiles (bateaux, matériel militaire), la fabrication d’instruments médicaux, d’optique, de précision et d’horlogerie, l’industrie chimique, la santé et l’action sociale, les activités récréatives, culturelles et sportives, la construction.

Les salariés ont en moyenne 11 années d’ancienneté professionnelle (de 0 à 42 ans) dont 9,6 années d’ancienneté dans les voyages professionnels (de 0 à 35 ans).Les 2/3 des salariés concernés sont en CDI.

Plus des ¾ sont des cadres.

Les postes de travail les plus représentés se situent dans les secteurs de la production et des travaux (31,3 %) et du commerce et de la vente (24,2 %).

Les caractéristiques des voyages professionnels des salariés retrouvés apparaissent dans le tableau III.

Caractéristiques des voyages professionnels des salariés effectuant des voyages professionnels de plus de 30 jours cumulés dans l’année.

En cas de différence significative entre les réponses aux questions posées aux deux phases, les valeurs des phases 1 et 2 sont indiquées.

Le nombre de séjours professionnels effectués est en moyenne de 14 (de 1 à 100).

La durée cumulée de ces séjours est en moyenne de 113 jours (de 30 à 365), supérieure aux 89 jours prévus lors de l’inclusion (p<0,05).

Les deux tiers des voyageurs sont logés à l’hôtel, en milieu urbain.

La majorité travaillait en équipe locale ou avec des collègues de l’entreprise, 17 % étaient isolés.

Six pour cent étaient parfois accompagnés de leur famille et 18 % ont déclaré que leurs voyages avaient eu un retentissement sur leur vie familiale.

Pays de destination

Les destinations de ces salariés ont été : les pays d’Europe (85 fois ), l’Asie (42), les Amériques (37), l’Afrique (33 ) et l’Australie (2).Vingt sept salariés ont eu un seul continent pour destination (27,6 %), 44 deux continents différents (44,9 %), 24 trois continents (24,5 %) et 3 quatre continents différents (3,1 %).

Plus précisément, les effectifs de salariés ayant signalé des voyages figurent selon les destinations dans les tableaux IV (a, b, c, d.)

Évènements de santé signalés par les salariés retrouvés (n = 99)

Parmi les salariés retrouvés, 51 personnes dont 5 femmes, ont signalé 81 problèmes de santé (dont 8 à l’étranger) ayant motivé 114 consultations. Celles-ci ont entraîné 64 jours d’arrêt avec 8 jours d’hospitalisation. Aucune de ces consultations n’a eu pour conséquence le rapatriement ou le retour prématuré du salarié.

Les évènements de santé.

Accidents

Il y a eu 5 victimes d’accidents (4 hommes, 1 femme) :

  • 4 accidents non professionnels en France sans arrêt de travail,
  • 1 accident non professionnel à l’étranger avec un jour d’arrêt et un jour d’hospitalisation,
  • 1 accident du travail sans arrêt de travail.

Maladies infectieuses

8 personnes (7 hommes, 1 femme) ont consulté pour maladie infectieuse (16 consultations) :

  • 1 consultation à l’étranger sans arrêt de travail,
  • 5 consultations en France, dont une suivie d’un arrêt de travail de cinq jours et deux suivies d’un arrêt de travail d’un jour.

Problèmes hématologiques ou immunitaires

  • 1 femme a présenté 4 fois des problèmes hématologiques ou immunitaires (3 en France, 1 à l’étranger) qui ont motivé huit consultations et cinq jours d’arrêt de travail.
  • 1 homme a présenté un problème hématologique ou immunitaire à l’étranger, ayant justifié une consultation.

Endocrinologie

  • 4 hommes ont eu des problèmes d’endocrinologie et ont effectué 19 consultations (respectivement 9, 4, 3 et 3 ) Troubles mentaux ou du comportement
  • 1 femme a déclaré un état de stress.
  • 1 homme , un état dépressif.

Ce qui a motivé pour chacun, quatre consultations en France.

Maladies du système nerveux

Il n’y pas eu de signalement de maladies du système nerveux.

Problèmes ophtalmologiques

  • 17 personnes ont présenté des problèmes ophtalmologiques (15 hommes, 2 femmes).
  • 15 d’entre eux portaient une correction visuelle.
  • 14 consultations en France ont été signalées dont une consultation suivie de trois jours d’arrêt.

Problèmes ORL

  • 10 hommes et 1 femme ont présenté des problèmes ORL, motivant vingt deux consultations.
  • 1 femme a consulté huit fois pour trois problèmes en France et un problème à l’étranger, entraînant cinq jours d’arrêt.
  • 1 homme a consulté trois fois à l’étranger et a été arrêté douze jours.
  • En France ,1 homme a consulté trois fois et les huit autres ont consulté une seule fois.

Problèmes cardiologiques

  • 7 hommes ont présenté des problèmes cardiologiques, motivant douze consultations en France. Un d’entre eux a consulté quatre fois et a eu quinze jours d’arrêt et une journée d’hospitalisation.

Problèmes respiratoires

  • 3 hommes ont présenté en France des problèmes respiratoires.
  • Parmi eux, 2 ont consulté quatre fois et 1 a consulté une fois et a eu 3 jours d’arrêt de travail.

Problèmes digestifs

9 personnes (8 hommes, 1 femme) ont présenté des problèmes digestifs (7 en France, 2 à l’étranger). Parmi eux :

  • 1 homme a consulté trois fois avec un jour d’arrêt de travail et un jour d’hospitalisation.
  • 1 homme a consulté une fois et a eu deux jours d’arrêt de travail.
  • 1 femme n’a pas consulté mais signale un problème chronique.

Problèmes dermatologiques

  • 4 hommes ont présenté en France des problèmes dermatologiques.
  • 1 a consulté dix fois et 3 ont consulté une fois.

Problèmes rhumatologiques

  • 4 personnes (3 hommes, 1 femme) ont présenté en France des problèmes rhumatologiques.
  • 1 personne a consulté deux fois.
  • 2 personnes ont consulté une fois.
  • 1 personne n’a pas consulté mais signale un problème chronique.

Problèmes génitaux-urinaires

  • 5 personnes (3 hommes et 2 femmes) ont présenté en France des problèmes génitaux-urinaires.
  • 1 homme a consulté dix fois , a eu dix jours d’arrêt et quatre jours d’hospitalisation.
  • 1 homme a consulté trois fois, a eu un jour d’arrêt et un jour d’hospitalisation.
  • 1 femme a consulté trois fois.
  • 2 personnes (un homme et une femme) ont consulté deux fois.

Cancérologie

Aucun cancer n’a été signalé.

Analyse

Comparaison des moyennes de scores d’auto-évaluation de santé, de sommeil et de stress à la phase 2.

Le score moyen de santé est moins élevé :

  • pour les personnes vivant seules (score moyen 7,10 vs 7,80, p<0,05),
  • pour les personnes ayant voyagé sur plusieurs continents (p<0,05), comme indiqué dans le tableau V.

Score moyen de santé selon que les salariés ont signalé des voyages sur un ou plusieurs continents différents :

Il n’a pas été mis en évidence de différence significative pour les scores moyens de santé, entre : les femmes et les hommes, les personnes accompagnées ou pas, les modes d’hébergement, les catégories socioprofessionnelles, les types de contrat, le fait de travailler isolé ou non, ou les métiers exercés.

Le score moyen de stress en phase 2 est plus élevé pour les salariés qui ont effectué moins de voyages que prévu (4,39 vs 3,41, p<0,05) et pour ceux qui ont séjourné hors de France moins longtemps que prévu (4,64 vs 3,31, p<0,01).

Étude des corrélations entre les variables quantitatives à la phase 2.

Le score de santé est corrélé positivement avec :

  • la qualité du sommeil (r = 0,356, p<0,001).

Le score de stress est corrélé positivement avec :

  • l’ancienneté dans l’entreprise (r = 0,213, p< 0,05),
  • le nombre de séjours professionnels réalisés (r = 0,261, p<0,001).

Le score de stress est corrélé négativement avec :

  • la durée cumulée des séjours réalisés (r = -0,288, p<0,001),
  • la durée moyenne des séjours réalisés (r = -0,381, p<0,001),
  • l’auto-évaluation de la santé (r = -0,288, p<0,001),
  • l’auto-évaluation du sommeil (r = -0,292, p<0,01),
  • la durée cumulée des séjours réalisés (r = -0,288, p<0,001),
  • la durée moyenne des séjours réalisés (r = -0,381, p<0,001),
  • l’auto-évaluation de la santé (r = -0,288, p<0,001),
  • l’auto-évaluation du sommeil (r = -0,292, p<0,01).

Il n’a pas été trouvé d’association entre le fait d’avoir eu un retentissement sur la vie familiale et aucun des paramètres étudiés.