Un nouveau mode de collecte des ordures ménagères sans ripeur

Étude pluridisciplinaire ACMS

Résultats

1 - Observation du poste de BCL

Présentation de l’entreprise

L’entreprise, située dans le sud de l’Île-de-France, emploie 170 agents dont 15 conducteurs de BCL titulaires et 14 conducteurs remplaçants. Les salariés relèvent de deux statuts : le secteur privé pour un tiers d’entre eux et la Fonction Publique Territoriale pour les deux autres tiers.
Le parc des véhicules de collecte comprend 38 bennes de collecte dont 19 BCL (figure 1).

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Figure 1 : benne à chargement latéral.

La collecte des ordures ménagères, des emballages et des produits végétaux est réalisée dans15 communes situées sur 3 départements franciliens. Le nombre total de conteneurs en service est de 138 195 répartis en trois modèles selon leur volume : 180, 240 et 360 litres.

La collecte

Un seul conducteur effectue l’ensemble des manœuvres de collecte en restant à son poste de conduite.
Il s’arrête devant chaque conteneur, enclenche la prise et le vidage du conteneur par le bras articulé grâce à un joystick comportant huit fonctions.
La prise d’informations visuelles pour la conduite du bras articulé se fait par l’intermédiaire des cinq rétroviseurs, d’un écran de contrôle avec trois sélecteurs de vue et de la lunette arrière.
Le gyrophare, le fouloir et la porte de la trémie sont commandés à partir d’un boîtier d’interrupteurs.Lorsque la benne est pleine, le conducteur va la vider dans la halle de déchargement de la société puis repart faire un second tour (une tournée comporte généralement deux tours).
En fin de poste, le conducteur nettoie son véhicule dans la station de lavage de l’établissement, le gare sur le parking et donne son bordereau de tournée au bureau, avant de quitter la société.

Organisation des tournées

Les conducteurs prennent leur poste à 5h 30 et travaillent « à la quitte » : c’est-à-dire, qu’ils partent dès qu’ils ont fini leur tournée.
Chaque conducteur titulaire est affecté à un secteur géographique sur lequel il organise lui même son circuit pour éviter les manœuvres et pics de circulation (horaires d’ouverture des écoles, livraisons des commerces, connaissances des aléas du trafic routier local). Il utilise toujours le même véhicule.

Les tournées peuvent être très différentes selon les secteurs. Le temps de conduite entre le centre de traitement des déchets et le lieu de collecte varie de quelques minutes à plus d’une demi-heure.

La nature de l’agglomération conditionne la tournée qui s’effectue différemment en zone pavillonnaire, zone urbaine ou en habitat collectif. Ainsi, en zone urbaine, les arrêts sont répétés tous les 5 à 20 mètres, les véhicules en stationnement peuvent gêner la prise des conteneurs et obérer la visibilité des piétons imprévisibles, en particulier les enfants et les chiens non tenus en laisse.

L’état de la voirie : « nids de poule », l’existence de travaux, l’étroitesse de certaines rues, les chicanes, les feux tricolores, les ralentisseurs, les petits rond-points, les voies de circulation réservées à d’autres usagers influent sur la fluidité de la tournée.

Les obstacles liés au mobilier urbain gênent la manœuvre du bras de collecte : abribus, bancs publics, arbres, lampadaires, notamment ceux munis de bacs à fleurs suspendus au dessus du trottoir.

Les conteneurs varient sur les différents secteurs selon leur nombre, leur taille, la qualité de leur matière plastique et leur positionnement sur la voie publique, ce qui complique également la manœuvre du bras articulé de la BCL par le conducteur.
La qualité de la BCL qui varie selon son année de mise en service (1990 pour les plus anciennes), l’existence de dysfonctionnements, le confort de la cabine (niveau sonore, ambiance thermique, suspension du siège…) influent sur la fatigue des conducteurs.

2- Analyse du vécu des conditions de travail (résultats du questionnaire)

Vingt questionnaires ont été distribués à tous les conducteurs de BCL, 16 ont répondu : 8 agents fonctionnaires et 8 agents du secteur privé.
Les conducteurs avaient une moyenne d’âge de 47,6 ans et les agents du secteur privé étaient 10 ans plus âgés que leurs collègues fonctionnaires avec une ancienneté dans la société et le poste plus élevée (respectivement 29,5 ans vs 6,8 et 17,8 vs 4,2).

Les douleurs ressenties pendant et après la conduite étaient par fréquence décroissante de signalement : le cou (81%), les épaules et le bras droit (75%), le rachis entier (69%), le poignet droit (69%), la main droite (63%), la tête et la hanche droite (50%).
L’intensité des douleurs évaluée par l’échelle de BORG (de 0 à 10) était cotée par les conducteurs à 7,5 (très dur) pour la nuque, 6 (dur) pour la colonne lombaire et les jambes, 4,5 et 4 (un peu dur) pour respectivement l’épaule droite et le poignet droit.

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Figure 2 : poste de conduite

L’appréciation par les conducteurs de l’ergonomie de leurs postes portait sur la cabine, le bras articulé, le joystick et la prise d’informations visuelles (figure 2).

Le confort de la cabine

Son accès a été jugé facile par la quasi-totalité des conducteurs, le siège a été jugé confortable du fait des réglages possibles de l’assise et du dossier mais la cabine a été jugée majoritairement bruyante avec une perception nette des vibrations, et peu spacieuse.

Le bras articulé

Pour pratiquement tous les conducteurs, le bras articulé ne pose pas de problèmes dans un environnement de travail non encombré, tant concernant ses dimensions que ses déplacements.
Cependant, la moitié des conducteurs signalent des difficultés d’utilisation de la pince et des dysfonctionnements liés à certaines boites de vitesse automatiques de leurs bennes qui compliquent la manœuvre.

Le joystick
Il donne satisfaction ; son emplacement au niveau du tableau de bord est jugé bon, il permet de rester adossé au siège avec le bras droit fléchi et sa prise en main est confortable.

La prise d’informations visuelles
Le réglage de l’écran de contrôle en hauteur, en profondeur, contraste et luminosité ne satisfait qu’un conducteur sur deux. Rappelons que l’écran ne fait que 14 cm de diagonale et est situé à 75 cm des yeux du chauffeur.
Les caméras et les rétroviseurs sont estimés en nombre suffisant et jugés bien placés mais la majorité des conducteurs ont signalé des reflets gênants surtout au lever du jour (figure 3). La vitre arrière est jugée indispensable par la totalité des conducteurs même si tous ne l’utilisent pas pour toutes les manœuvres.


Figure 3 : reflets gênants

3 - Étude des vibrations Quand un corps humain est soumis à des vibrations, l’énergie le pénètre et fait vibrer les membres, le torse, la tête à des fréquences différentes.
Pour les vibrations mécaniques transmises au reste du corps, c’est le siège qui transmet l’énergie.

L’évaluation des vibrations a été faite selon trois axes : de la valeur d’exposition journalière aux vibrations. Pour les vibrations corps entier, nous avons utilisé un accéléromètre triaxial placé sur le siège du chauffeur et un accéléromètre monoaxial placé sur le châssis à proximité du siège.

Le parcours a été choisi pour être le plus représentatif des contraintes habituelles d’une collecte. La durée de l’enregistrement a été de plus de deux heures, pour une durée de conduite évaluée à six heures par jour par les responsables du site.
Pour les vibrations, le seuil déclenchant l’action de prévention (0,5 m/s2) n’est pas atteint au bout d’une journée de travail ; il faudrait conduire plus de 9 heures pour l’atteindre. L’axe principal est le l’axe Y (horizontal/latéral) pour les vibrations dans notre étude.

Cependant, les conducteurs se plaignent d’une sensation de roulis droite/gauche notamment lors du vidage du conteneur dans la trémie, ce que confirme l’observation. Cela n’apparaît pas dans les mesures qui prennent en compte les accélérations à cycle rapide mais pas les mouvements de balancement à cycle plus lent.

4 - Étude avec la plate-forme d’utilisation des données Captiv® L’appareillage permet une étude des forces musculaires et des angles articulaires mis en oeuvre lors de la réalisation des gestes professionnels.
Nous avons utilisé six capteurs EMG pour enregistrer l’activité musculaire, un goniomètre lombaire pour mesurer les angles de la colonne vertébrale et un enregistrement vidéo synchronisé avec les capteurs.

Deux enregistrements ont été réalisés avec deux salariés volontaires sur deux jours différents et des communes différentes

  • La première observation portait sur un circuit effectué surtout en ville et en habitat collectif (qui a des zones dédiées pour la dépose des conteneurs appelées « point de collecte »).
  • La seconde a été effectuée sur un circuit en lotissement pavillonnaire et en ville (arrêts tous les 5 à 20 mètres avec des conteneurs déposés par les résidents d’une manière moins systématisée).

Le traitement des vidéos avec la plate-forme d’acquisition de données « Captiv  » a été effectué en trois étapes :

  • une pré-observation des vidéos pour choisir une grille de classement de l’activité du conducteur,
  • la réalisation d’un relevé d’observation avec cette grille de classement,
  • l’analyse des données par croisement des classements et des valeurs enregistrées au moyen des capteurs. L’observation des tâches nous a amenés à les classer en sept rubriques :
  • l’activité générale de collecte (conduite en marche avant, conduite en marche arrière et manœuvre du bras latéral articulé),
  • l’activité du bras droit (le bras droit déplace le joystick, le bras droit est appuyé, le bras droit est en déplacement),
  • l’activité du bras gauche (la main gauche tient le volant, la main gauche est en attente),

Figure 4 : Activité des bras droit et gauche.

  • le classement de la zone de travail (effectue la manipulation dans la rue, effectue la manipulation dans une résidence, en déplacement),
  • le classement des postures de la nuque (confortable, en rotation droite, en rotation gauche),
  • le classement des déplacements du regard (vers l’écran de contrôle, la vitre avant, le rétroviseur du coté gauche, les rétroviseurs du coté droit, la vitre arrière),
  • le classement de l’activité lors de la manipulation (replie le bras articulé, déplace la benne pour positionner le bras articulé, déplace le bras articulé vers le conteneur plein, pince un conteneur plein avec le bras articulé, lève le bras articulé avec un conteneur plein, replie le bras articulé avec le conteneur vidé, baisse le bras articulé avec un conteneur vide, pose le conteneur vide sur le trottoir).

Les niveaux de contraction musculaire ne dépassent pas la limite recommandée (30% de la Force Maximale Volontaire) pour les muscles étudiés au niveau du membre supérieur et du dos.
Dans l’activité générale de collecte, 58% du temps est consacré à la manipulation du joystick pour la manœuvre du bras articulé. Le déplacement du véhicule représente les 42% restants (36% en marche avant et 6% en marche arrière).

L’analyse de la conduite globale et de la direction du regard met en évidence que :

  • le contrôle de la circulation représente 36% du temps de travail (regard vers le pare-brise et le rétroviseur gauche),
  • le contrôle direct du bras articulé occupe 40% du temps de travail (regard vers la vitre arrière et le rétroviseur droit),
  • le contrôle indirect du bras articulé occupe 24% du temps de travail (regard vers l’écran de contrôle). Le regard vers la vitre arrière est essentiel pour le contrôle direct du bras articulé, ce qui explique les contraintes de la nuque. Les conducteurs ont une position inconfortable de la nuque pendant 48% de leur temps de travail. C’est un chiffre moyen susceptible de variations importantes en fonction des zones de collecte et de l’expérience du conducteur.
    Même en marche avant, le conducteur passe plus de 50% du temps à regarder ses rétroviseurs : à gauche pour voir arriver d’autres véhicules et à droite pour voir les conteneurs.
    L’analyse de la conduite du bras articulé apparaît sur le tableau 1.

Tableau 1 : Analyse de la conduite du bras articulé (moyenne de 10 cycles).

Ce tableau montre la complexité des tâches à effectuer sur un rythme très rapide : la durée moyenne d’un cycle est de moins de 11 secondes, la phase la plus longue dure moins de 3 secondes et la moitié des phases dure moins de 1 seconde.
Le conducteur tourne la tête vers la droite pour surveiller le mouvement du bras articulé durant toutes les phases du cycle de manipulation. La rotation droite inconfortable de la nuque qui en résulte est observée durant 62 à 85% du temps de conduite du bras articulé.
Le conducteur prend des informations visuelles : essentiellement de manière indirecte en regardant l’écran de contrôle (plus de 50% du temps durant 5 phases sur 9) ; il les confirme de façon directe en regardant par la vitre arrière (durant 10 à 25 % du temps de travail) même en situation normale sans obstacle.
En fonction du lieu de collecte, les contraintes de la nuque et les mouvements du regard diffèrent. Le conducteur a la nuque en rotation droite (82% du temps) lorsqu’il travaille dans une résidence ; il y a moins de surveillance des voies de circulation et plus de conteneurs.
Les collectes dans la rue permettent le maintien de postures de la nuque plus confortables (46% du temps). Le rétroviseur gauche et le pare-brise sont plus utilisés dans la rue, où la manipulation du bras articulé nécessite de maintenir une attention plus importante à l’environnement (piétons et circulation).