La santé des salariés voyageurs

(Phase 2) Marie-Claire Fournet*, Yves Jarzuel*, Patrice Manillier*, Monick Martin*, Pierre-Yves Montéléon ** * médecin du travail, ACMS ** conseiller technique du Comité d’Etudes Epidémiologiques de l’ACMS

Résumé

La phase 1 peut être retrouvée sur le site www.camip.info, page d’accueil, cliquer sur numéros précédents, puis 2008-3. : « La santé des salariés effectuant des séjours professionnels hors de France métropolitaine ».

Cette étude a fait l’objet d’une communication affichée lors du 31e Congrès National de Médecine et de Santé au Travail de Toulouse ( 1- 4 juin 2010).

Objectifs

  • Décrire les salariés qui passent au moins 30 jours par an hors de France métropolitaine ainsi que les caractéristiques de leurs séjours professionnels.
  • Décrire et analyser les événements ou problèmes de santé pendant leur séjour.

Méthode

Enquête longitudinale descriptive réalisée entre le 01/02/07 et le 30/06/07, avec recueil des données un an plus tard.

Résultats

Vingt-quatre médecins ont recueilli 277 questionnaires. Un an après, 105 salariés ont été retrouvés, 99 ont accepté de répondre.

La comparaison des salariés recrutés dans la 1ère phase, selon qu’ils ont été retrouvés ou perdus de vue montre peu de différences.Il s’agit principalement d’hommes (85 %), d’âge moyen 43 ans, dont 28 % vivent seuls(e)s, ayant en moyenne 11 années d’ancienneté professionnelle, dont 9,6 années d’ancienneté dans les voyages professionnels.

Ils effectuent en moyenne 14 séjours professionnels (de 1 à 100), d’une durée cumulée moyenne de 113 jours (de 30 à 365).6% étaient parfois accompagnés de leur famille et 18% ont déclaré que leurs voyages avaient eu un retentissement sur leur vie familiale.

La destination a concerné un seul continent pour 27 salariés, deux continents pour 44 personnes, trois continents pour 24 voyageurs et quatre continents pour 3 sujets enquêtés.

Parmi les salariés retrouvés, 51 ont signalé 81 problèmes de santé qui ont occasionné 64 jours d’arrêt et huit jours d’hospitalisation. Il n’y a pas eu de rapatriement ou de retour prématuré.

La plupart des consultations médicales ont eu lieu en France.

Le score moyen de santé est moins élevé pour les salariés vivant seuls et ceux ayant voyagé vers plusieurs continents (p<0,05).

Le score de stress est corrélé positivement avec l’ancienneté dans l’entreprise (p< 0,05) et le nombre de séjours réalisés (p<0.001).

Le score de stress est corrélé négativement avec la durée cumulée des séjours et la durée moyenne des séjours réalisés (p<0,001).

Les voyages professionnels peuvent avoir un retentissement sur la vie familiale mais nous n’avons pas mis en évidence de lien entre ce retentissement et les caractéristiques des voyages.

Conclusion

Effectuer un grand nombre de déplacements et notamment sur plusieurs continents peut être un facteur de stress. Une étude complémentaire portant sur le rythme, la durée et la planification des voyages professionnels serait une suite logique à notre travail.

Des éléments n’ont pu être mis en évidence dans notre étude du fait de son manque de puissance ; il en est ainsi des facteurs qui seraient liés à un retentissement des voyages sur la vie familiale.Une étude rétrospective aurait peut-être permis d’étudier de plus nombreux salariés.

Abstract  

Objectives

  • To describe employees spending more than 30 days per year outside of mainland France and the characteristics of their professional voyages.
  • To describe and to analyse health events or problems occurring during these voyages.

Method

Longitudinal descriptive study carried out between February 1st 2007 and June 30th 2007, with further data collection one year later.

Results

Twenty-four doctors collected 277 completed questionnaires. One year later, 105 of the corresponding employees were seen again and 99 agreed to answer questions. A comparison of the employees recruited in the first phase who agreed to participate in the second phase and those lost to follow-up showed few differences between these two groups. Most of the travelling employees were men (85%), with a mean age of 43 years, and 28% lived alone. They had been in their job for a mean of 11 years, including a mean of 9.6 years in which they had to travel for work. They had taken a mean of 14 professional trips (from 1 to 100), with a mean cumulative duration of 113 days (from 30 to 365). Overall, 6% of the employees said that they were sometimes accompanied by their family, and 18% declared that their voyages had had repercussions for their family life.

The destination of these voyages was on one continent only for 27 employees, two continents for 44 employees, three continents for 24 employees and four continents for three of the employees questioned. Fifty-one of the subjects questioned for a second time, in phase 2, reported health problems, leading to a total of 64 days of sick leave and eight days in hospital. None of these subjects had had to be repatriated or had had to shorten their trip. Most of the consultations relating to these health problems took place in France. The mean health score was lower for employees living along and for those who had travelled to several continents than for the other subjects questioned (p<0.05). Stress score was positively correlated with the number of years for which the subject had worked for his or her company (p<0.05) and the number of trips (p<0.001). Stress score was negatively correlated with the cumulative duration of work trips and the mean duration of these trips (p<0.001). These professional voyages may have repercussions for family life, but we found no evidence for a link between these effects and the characteristics of the voyages.

Having to take a large number of trips for work may be stressful, particularly if these trips involve travel to several continents. A complementary study on the frequency, duration and planning of professional voyages would be a logical next step in this work. We were unable to identify some of the factors involved due to the lack of power of our study. This was the case, in particular, for factors linked to the effects of these voyages on family life. A retrospective study might have made it possible to study a larger number of employees.