Tatouages temporaires au henné : des effets indésirables parfois graves

N. KLUGER, N. RAISON-PEYRON, B. GUILLOT La Presse Médicale. - 2008. - Tome 37. - Nos 7- 8. - Pages 1138-1142. - Bibliographie

Dans les zones touristiques où le tatouage temporaire au henné est devenu très populaire, les artistes ajoutent au henné naturel (quasiment inoffensif) des ingrédients supplémentaires dont principalement la paraphénylènediamine (PPD) pour obtenir un tatouage plus noir, accélérer le processus de séchage (quelques minutes au lieu de deux heures) et augmenter la durée de vie du tatouage. La PPD est déjà utilisée dans les teintures capillaires (concentration maximale autorisée de 6 %), mais elle dépasserait parfois 16 % dans certains mélanges utilisés pour tatouer. « La PPD est un puissant sensibilisant du groupe des paraaminobenzènes, responsable de dermatites de contact allergiques et plus exceptionnellement de réactions d’hypersensibilité immédiate (urticaire, angio-oedème, choc anaphylactique) ».

La dermatite de contact se manifeste le plus souvent par une éruption cutanée papulovésiculeuse, plus ou moins prurigineuse, parfois douloureuse et invalidante, strictement localisée au site du tatouage. L’eczéma peut se généraliser. On estime entre 7 et 15 jours le délai de survenue d’une dermatite de contact. Le délai est raccourci à 48 h quand le sujet a déjà eu un contact préalable avec la PPD. Le traitement associe corticoïdes topiques ou par voie orale, parfois une antibiothérapie, des antihistaminiques. Le tatouage peut laisser des cicatrices hypertrophiques, chéloïdes et des troubles pigmentaires temporaires ou permanents (dessin en négatif du tatouage temporaire). Les explorations complémentaires consistent en la réalisation de patch tests à distance de l’état de l’épisode aigu pour évaluer l’état de sensibilisation mais ils doivent être réalisés à une dilution plus faible que celle habituellement utilisée (0,01 % au lieu de 1 % dans la vaseline), pour éviter les réactions « explosives  ». Il n’existe à ce jour aucune régulation de la pratique du tatouage au henné. La prévention passe par l’information du grand public, avant la période estivale.

(publié le 4 février 2009)