Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) constituent une classe de plusieurs centaines de molécules générées lors de la pyrolyse ou de la combustion incomplète des matières organiques. En dehors de sources naturelles (volcan, feu de forêt), la présence ubiquitaire des HAP résulte principalement des activités humaines. Les populations sont exposées à un mélange de ces substances en proportion variable selon les sources et les situations.
Ainsi certains secteurs d’activité sont concernés par de fortes expositions aux HAP : cokéfaction, production de l’aluminium par électrolyse, fabrication d’électrodes de carbone, fonderie et métallurgie. D’autres secteurs sont concernés par des expositions plus faibles : utilisation d’huiles minérales lors de l’usinage, lubrification ou refroidissement des métaux, revêtements routiers, étanchéité de toitures, exposition aux gaz d’échappement, incinération.
Même si des efforts ont été faits pour réduire les expositions professionnelles aux HAP, le risque n’a pas disparu, pas plus que la question du suivi post-professionnel.
Or les HAP sont potentiellement toxiques. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a revu récemment la classification de certaines de ces molécules ou des travaux exposant aux HAP. Selon les cas, ils appartiennent aux groupes 1, 2A, 2B ou 3.
La relation entre HAP et cancers cutanés est établie depuis fort longtemps. Les HAP sont également responsables de cancers bronchopulmonaires et de cancers de la vessie. Leur responsabilité dans la survenue de cancers du rein, du pancréas, du larynx, de la prostate et du côlon est suspectée et doit encore être confirmée.
En dehors des effets cancérogènes, les HAP (lors de l’exposition aux brais, bitumes et créosotes) sont responsables de dermites irritatives et de lucites.
Certaines molécules ont révélé un potentiel immunotoxique chez l’animal. D’autres seraient responsables d’une baisse de la fertilité masculine et d’un retard de développement foetal chez les mères exposées.
D’où la nécessité de repérer, mesurer et tracer l’exposition aux HAP tout au long de la carrière. Comme l’a indiqué Claude Trela (Castres), il est possible de recourir à différents types d’outils, tels que la métrologie atmosphérique et la biométrologie.
Le dosage des différents HAP gazeux et particulaires permet de caractériser la composition du mélange et d’identifier les sources d’émission. Le calcul du rapport benzo(a)pyrène (BaP) / pyrène en fonction des sources et des secteurs est un élément clé pour l’élaboration de valeurs limites des indicateurs biologiques d’exposition.
Seul le BaP dispose d’une valeur limite d’exposition professionnelle qui varie toutefois d’un pays à l’autre (0,15 μg/m3 en France et 5 μg/m3 au Canada). Etant donné le risque cancérogène, les niveaux doivent être les plus bas possible, proches de ceux de l’environnement général (de l’ordre du ng/m3).
Concernant la surveillance biométrologique, le dosage urinaire du 1-hydroxypyrène (1-OHP), métabolite du pyrène, est l’indicateur le plus utilisé. Les échantillons sont recueillis en fin de semaine fin de poste pour prendre en compte l’accumulation tout au long de la semaine de travail. Ils le sont aussi en début de semaine pour évaluer « le bruit de fond ». En France, il n’existe pas de valeur limite pour cet indicateur. Dans la population générale cet indicateur est inférieur à 0,5 µmol/mol de créatinine chez les fumeurs et inférieur à 0,15µ/mol de créatinine chez les non fumeurs.Le dosage du 3-hydroxybenzo(a)pyrène (3-OHBaP) est également utilisé. Le niveau de cet indicateur est 1 000 à 10 000 fois plus bas que celui du 1-OHP.
Le dosage est réalisé en fin de semaine début de poste et début de semaine début de poste. Une valeur guide de 0,40 nmol/mol de créatinine a été proposée en fin de semaine début de poste par l’INRS, correspondant à une exposition journalière en BaP de 150 ng/m3.
Parmi des perspectives de progrès dans le domaine de la prévention de l’exposition aux HAP, Claude Tréla a souligné l’intérêt des travaux portant sur la modélisation toxicocinétique. Il sera ainsi possible de prédire les voies d’exposition principales d’un travailleur à partir du profil d’excrétion urinaire au cours de la journée de travail.
Autre piste de recherche prometteuse, l’élaboration de biomarqueurs de bonne valeur prédictive et de marqueurs de susceptibilité (ces derniers pouvant toutefois poser des problèmes éthiques quant à leur utilisation).
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