Le risque cutané dans le BTP

32es Journées nationales de santé au travail dans le BTP
Lille, 28-30 mai 2013

Communications des services

Allergies cutanées aux vêtements de travail

Jean-Pierre BAUD, BTP Santé au travail, Lyon

Des dermatites érythémato-prurigineuses des membres inférieurs, observées chez trois maçons d’entreprises différentes portant des pantalons en polycoton (65% coton et 35% polyester) de couleur foncée et importés de Chine ont fait évoquer une allergie cutanée à un colorant azoïque (un maçon ayant eu un résultat positif au test « Disperse Blue 106 », qui est le meilleur marqueur d’allergie aux colorants Disperse azoïques).
Le traitement a consisté en application locale de dermocorticoïdes ; la guérison a été obtenue après éviction de l’allergène (remplacement des pantalons en matière synthétique par des vêtements en coton) ; les colorants azoïques étant utilisés pour colorer les fibres synthétiques, mais jamais pour colorer les fibres naturelles.
Ces colorants azoïques représentent les principaux allergènes de contacts répertoriés, notamment ceux qui sont destinés à colorer en sombre (noir, vert et bleu).
Dans le cas où la substitution s’avère impossible, il faut choisir des vêtements de couleur claire (blanc ou beige).

Une dermatose invalidante mais facile à diagnostiquer et à soigner

Isabelle LARTIGAU-SEZARY, Service de Dermatologie, CHRU Lille

Face à un salarié qui s’excuse d’avoir transpiré et d’avoir les pieds qui sentent mauvais, il faut lui demander d’enlever ses chaussettes et regarder de près les plantes des pieds et les espaces inter orteils. Sur les zones d’appui avant pied et talon, on découvrira de petits puits (« pits »), un aspect macéré, une couche cornée découpée en « cartes de géographie », mais pas de fissures (contrairement aux infections fongiques).
Cela suffit à faire le diagnostic de kératolyse ponctuée, engendrée par une corynébactérie (Corynebacterium keratoliticum) et dont le développement est favorisé par le confinement dans les chaussures qui sont portées tous les jours de la semaine et qui restent souvent humides.
Cette affection est facile à soigner : antibiothérapie locale biquotidienne (érythromycine ou acide fusidique), associée à une poudre imidazolée le matin et le tout pendant un mois.

Une perception erronée du risque fait négliger la prévention

Nathalie JUDON, INRS Lorraine, Département HT, Laboratoire EPAP

Un travail de collaboration entre l’INRS et différents partenaires sensibilisés aux expositions au bitume a eu pour objectif de construire un outil d’analyse des situations d’exposition cutanée au bitume et de comprendre la perception du risque par les opérateurs. La démarche ergonomique mise en œuvre basée sur l’analyse de l’activité a conduit à la construction d’une grille de caractérisation du contact cutané. Ensuite, des entretiens collectifs ont permis de comprendre la perception du risque par les intéressés. On note une méconnaissance du risque : le seul risque évoqué est la brûlure. Aucun salarié ne cite un contact direct avec le bitume. Les opérateurs font un amalgame entre un produit débituminant bio (respectueux de l’environnement) et son innocuité pour la santé. De même ils se fient à leur odorat (une odeur forte étant pour eux, un indicateur de dangerosité).
Il s’ensuit une protection insuffisante : les gants ne sont perçus que comme une parade contre la brûlure. De fait, 2/3 des opérateurs n’en portent pas (car gênant la dextérité, la sensibilité et tenant trop chaud).

Une substitution quelque peu inadéquate !

Virginie DIEU, Pôle Santé Travail Métropole Nord, Lille

L’acide borique utilisé dans la ouate de cellulose à visée d’isolation thermique a été substitué du fait de son risque pour la fertilité et le développement fœtal, par le sulfate d’ammonium.
Quelques mois après les travaux d’isolation, des particuliers se sont plaints d’odeur d’ammoniac dans leur logement et une entreprise du Nord de la France a décidé de retirer la ouate en cause.
Sur les premiers chantiers de retrait, les salariés portaient comme équipements de protection individuelle un masque anti-poussières, un pantalon en coton et un T-shirt à manches longues.
Les opérateurs ont présenté des éruptions érythémato-prurigineuses des membres inférieurs, une irritation oculaire, une baisse de l’acuité visuelle de loin pendant plusieurs semaines, une irritation des muqueuses trachéo-bronchiques, une irritation ORL (épistaxis), des céphalées, des vomissements répétés…
L’analyse d’un échantillon de ouate par le laboratoire de la CARSAT Nord-Picardie a confirmé à température ambiante, la présence d’ammoniac à une concentration supérieure à 30 ppm.
Des préconisations ont été faites à l’employeur : retrait de la ouate par aspiration sur les chantiers (proscrire balai et soufflette), évacuation de la ouate dans des contenants fermés hermétiquement, port de combinaison jetable, de masque ABEK P2 et de gants pour le personnel.
Selon l’ECIMA (European Cellulose Insulation Manufacturers Association), l’Association des fabricants de ouate de cellulose, 20 000 logements ont bénéficié de l’isolation par la ouate de cellulose à base de sels d’ammonium ! Les instances compétentes travaillent sur le sujet.
Pour une utilisation en sécurité, il convient de s’assurer des conditions d’utilisation des substituts.

Le risque plomb toujours sous-estimé

Boris MARC, SAN. T. BTP, Blois

L’augmentation des plombémies de deux salariés travaillant à la restauration du beffroi d’Orléans (pour lequel ils réalisaient des abat-sons constitués d’un panneau de bois recouvert de plomb neuf) a attiré l’attention du médecin du travail.
Un IPRP chimiste du service a été diligenté pour faire le point sur la réalité des conditions de travail. Il est apparu que les vêtements de travail étaient en contact avec le plomb et que la manipulation des tables de plomb se faisait parfois à mains nues (des gants étaient néanmoins à disposition) et que le personnel prenait ses repas dans un brasserie voisine sans quitter ses vêtements de travail et qui plus est, l’un des deux fumait sur le chantier.
Les métrologies réalisées ont montré que les mains étaient contaminées par le plomb et que des poussières de plomb étaient transportées dans le véhicule (volant et assise contaminés) via les vêtements de travail et les mains.
Information et sensibilisation de l’employeur et des salariés ont été rapidement effectuées.

Les données de la fiche de sécurité parfois insuffisantes.

Emmanuelle DUPUIS Pôle Santé Travail Métropole Nord, Lille

L’analyse des fiches de données de sécurité a permis de faire le point sur un lubrifiant glisse-fil, utilisé pour faciliter le passage des fils et câbles dans les gaines.
La fiche mentionnait morpholine (amine secondaire) et nitrite de sodium (agent nitrosant) sans étiquetage particulier quant à un éventuel effet mutagène ou toxique pour la reproduction.
Mais médecins du travail et IPRP en toxicologie industrielle ont tout de suite compris que l’association de ces deux produits en solution engendrait l’apparition de N-Nitrosomorpholine (une nitrosamine), pouvant être cancérogène pour l’homme. Une confirmation a été demandée au laboratoire de Chimie analytique de l’INRS qui a confirmé la présence de ce produit en forte concentration dans le liquide. Les nitrosamines sont de puissants cancérogènes responsables chez l’homme de cancers de la vessie et probablement d’autres organes.
Une alerte a été faite à l’employeur qui a retiré immédiatement le produit et fait appel à des produits de substitution. Un produit apparemment banal peut donc être cancérogène.