Le risque cutané dans le BTP

32es Journées nationales de santé au travail dans le BTP
Lille, 28-30 mai 2013

Etat des lieux

Enquête nationale 2012-2013

Paul FRIMAT, PU/PH CHRU Université Lille 2

Le congrès a débuté par un état des lieux et la présentation des résultats d’une enquête nationale menée entre mars 2012 et mars 2013 qui a permis de recueillir 1 566 questionnaires « salariés » (renseignés par les médecins du travail volontaires) et 1 239 questionnaires « chantier » (renseignés par les préventeurs réalisant des visites de chantiers).

La prévalence des dermatoses cutanées des mains dans l’échantillon est de 12,7%. Elle atteint 18% chez les maçons, 16,4% chez les ouvriers zingueurs, 9% chez les menuisiers et 6,4% chez les peintres. L’index et le pouce sont les localisations les plus fréquentes et l’atteinte prédomine à droite. La prévalence augmente avec l’ancienneté dans le métier (variant de 10,2 à 18%).

Les chantiers disposent pour la plupart d’un cantonnement et de moyens d’hygiène.
Gants et vêtements de protection en bon état sont mis à disposition des salariés respectivement dans 81% et 87,3% des cas.

Les conséquences humaines et professionnelles des dermatoses sont lourdes (16,1% des sujets atteints ont eu besoin d’un traitement, 4% ont eu un arrêt-maladie, 2% ont été déclarés en maladie professionnelle, 4% ont nécessité un reclassement et 1,5% ont été déclarés inaptes). Les causes principales de ces dermatoses étant la protection inadaptée, les conditions climatiques (travail en milieu humide), l’utilisation de produits irritants (ciment particulièrement), les traumatismes ; il convient de favoriser la prévention collective, complétée par le port des équipements de protection individuelle (bien que ceux-ci puissent être à leur tour, source de pathologies). L’hygiène cutanée est primordiale, complétée par l’utilisation de crèmes avant ou après le travail.

Données issues du réseau RNV3P

Linda BENSEFA, PH, Service de pathologie professionnelle, AP-HP HôpitalCochin, Paris

Bien que les dermatoses professionnelles soient une des principales causes de maladie professionnelle en Europe, leurs tendances sont peu documentées. Le Réseau National de Vigilance et de Prévention des Pathologies Professionnelles (RNV3P) recense le suivi des problèmes de santé liés au travail (PST) sur l’ensemble du territoire, en centralisant les informations recueillies dans chacun de ses 32 centres de consultations de pathologies professionnelles (CCPP) et de 10 services de Santé au Travail (SST), au sein d’une base de données nationale. Il s’agit du seul réseau de suivi sanitaire spécifique aux pathologies professionnelles.

La population étudiée concerne les années 2001 à 2010.
127 685 PST ont été enregistrés dont 69 779 pathologies en relation avec le travail. 7 782 PST sont retrouvés dans le secteur de la construction. Les maladies de peau signalées sont 346 dermatites allergiques de contact (DAC), 104 dermatites d’irritation, 8 urticaires de contact.

Concernant les DAC, les maçons sont les plus concernés (lien avec le ciment et le chrome hexavalent), suivis par les poseurs de revêtements de sol et les carreleurs (lien avec les résines époxy le chrome, les colles, les caoutchoucs, les biocides), les peintres et les poseurs de papier peint (résines époxy, peintures, colles).Il est noté une tendance à la hausse des DAC (dermatites allergiques de contact) dans le BTP entre 2001 et 2010, significative pour les résines époxy (en lien avec les durcisseurs) et une tendance à la baisse des DAC pour le ciment (diminution de sa concentration en chrome hexavalent).

Pour les dermatites irritatives, il n’existe pas de tendance claire. Celles liées au ciment tendraient à la hausse mais les résultats sont non significatifs (en lien avec le ciment humide alcalin, le nickel, le cobalt ou d’autres substances sensibilisantes ou le mélange sable-ciment très abrasif).
Elles surviennent à un âge moyen de 36,5 ans et concernent essentiellement les maçons, les peintres en bâtiments, les poseurs de revêtements de sols. Les nuisances sont essentiellement le ciment, et à un moindre degré, les solvants, les diluants et les métaux.

Les urticaires de contact sont trop peu nombreux pour qu’une tendance puisse se dégager.

Baromètre hygiène et conditions de vie 2013

Jean-Pierre BAUD, Médecin Conseil OPPBTP, Lyon

Afin de connaître l’organisation, l’installation, les matériels et équipements mis à disposition des salariés pour protéger leur état de santé au travail, l’Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Publics (OPPBTP) a mis en place un questionnaire rempli par chaque conseil en prévention œuvrant au sein des 18 agences de cet organisme entre janvier et février 2013. 12 080 chantiers et ateliers ont été investigués.

30 questions étaient proposées :

  • 10 concernaient l’organisation du chantier (5 pour l’hygiène, 5 pour l’organisation pratique),
  • 10 concernaient la technique (base vie, conditions climatiques, eau à disposition, vêtements de travail adaptés, etc...),
  • 10 étaient relatives à l’humain (5 concernaient la santé, 5 le bien-être).

Les résultats montrent des inégalités selon :

  • le secteur géographique (importantes disparités régionales),
  • le nombre de salariés (les meilleurs résultats concernent les entreprises de plus de 41 salariés),
  • la durée du chantier (les réponses sont particulièrement négatives pour les chantiers de courte durée - moins de 2 jours - et intermédiaires pour les chantiers de 2 jours à 2 semaines),
  • le corps d’état,
  • le type du lieu de travail (les performances sont les meilleures en ce qui concerne les ateliers, les ouvrages d’art et les travaux neufs).

Il faut donc lutter contre les différences de mentalité et les carences d’informations et cibler les champs d’actions prioritaires (notamment les chantiers de courte durée).

Les conditions sur chantier se sont-elles améliorées entre 2008 et 2013 ?

Christophe GRUN, Ingénieur de Prévention, OPPBTP, Agence Île-de-France, Grande Couronne

L’OPPBTP a comparé les résultats de l’enquête 2013 aux données recueillies en 2008.

Les bases–vie sont encore insuffisantes mais elles sont aujourd’hui mieux équipées

  • 20% des chantiers n’ont toujours pas de base-vie,
  • aucun entretien n’est prévu pour 1/3 des bases vie installées,
  • uniquement 15% des chantiers intègrent la mixité dans les installations d’hygiène.
  • Mais aujourd’hui les bases vie disposent d’un meilleur équipement (en termes de WC, douches, vestiaires, équipements pour la restauration).
  • Point négatif : la présence d’un lot spécifique « bases-vie » dans le Plan Général de Coordination (PGC) recule de 13%.

L’hygiène sur les chantiers s’est globalement améliorée

  • Si les vêtements de travail sont fournis dans 85 % des cas, l’entretien reste encore à 80% à la charge des salariés.
  • Les salariés se soucient plus de leur hygiène alimentaire (ils étaient 60% à s’en désintéresser en 2008 contre 11% en 2013) ; les achats sur place pour le repas de midi ont diminué de moitié et l’utilisation des solvants pour se laver les mains ne représente plus que 1% des cas contre 7% en 2008.

Le transport et la circulation des personnes sur les chantiers n’ont guère progressé, voire se sont aggravés

  • Si le ramassage des salariés reste la solution majoritaire à 40%, 40% des entreprises n’organisent pas le transport de leur personnel sur chantier et 27% des chantiers ne mettent pas à disposition des salariés, des emplacements pour le stationnement de leur véhicule (cette opportunité a même diminué de 10%).
  • L’organisation des flux véhicules/piétons sur chantier est en chute de 13%, soit plus d’un chantier sur cinq.

Les résultats montrent de plus en plus de différences entre petits chantiers et grands chantiers.