L’Asie du Sud-Est « au fil du Mékong »

Colloque du CIMED Paris La Défense, 17 mai 2011

Compte rendu : docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS

Les parasitoses de la péninsule Indochinoise

Docteur Patrice BOUREE, Unité des maladies tropicales, CHU Bicêtre, Université Paris-IX

Le paludisme

Parmi les pays du Mékong, c’est le Cambodge qui est le plus concerné par le paludisme.
Il se rencontre généralement dans les régions forestières à la frontière de la Thaïlande, ainsi que dans les plantations de caoutchouc à l’Est et au Nord-Ouest du pays. Les zones urbaines et les régions côtières ne sont affectées que de manière modérée.

Au Vietnam, le paludisme est présent toute l’année dans tout le pays, à l’exclusion des centres urbains, du delta du Fleuve Rouge (delta du Nord) et des plaines côtières du centre Vietnam. Les zones à plus haut risque se situent au centre du pays et au Sud. La baie d’Halong est exempte de paludisme.

Le Laos héberge du paludisme sauf à Vientiane.

En Thaïlande, le paludisme a été éradiqué dans les zones touristiques et les grandes villes (Bangkok, Chang Maï ou Pattaya) ; mais il sévit en zones rurales notamment dans les forêts et les zones montagneuses.

Le tableau clinique du paludisme est fait d’épisodes de frissons, fièvre et sueurs.
Le diagnostic biologique utilise les techniques microscopiques conventionnelles : frottis mince, goutte épaisse qui demeurent la référence.
Des tests de détection rapide existent. Simples d’utilisation, ils sont intéressants en situation isolée mais il faut connaître leur limites (faux négatifs ou faux positifs).
La sérologie du paludisme n’a aucun intérêt en urgence ; elle est intéressante pour un diagnostic rétrospectif, pour les donneurs de sang et lors d’enquêtes épidémiologiques.
L’artémisinine (utilisée pour le traitement) devient moins efficace en Asie du Sud-Est du fait d’une posologie incorrecte, et notamment d’une utilisation en monothérapie, de son coût élevé, de contrefaçons et de son inadaptation à un usage prophylactique. Le traitement classique reste l’association atovaquone + proguanil (Malarone®) et la prévention est celle des piqûres de moustique.

La bilharziose

La contamination se fait par voie transcutanée lors de bains en eau douce (10 minutes suffisent pour contracter la maladie) à la faveur de la pénétration de furocercaires présentes dans l’eau contaminée.
Schistosoma Japonicum et Schistosoma mekongi sont responsables de bilharzioses intestinales dans les pays du Mékong. Schistosoma mekongi est une espèce très pathogène et atteint dans certains endroits plus de 90% de la population.
Le cycle suppose une élimination des œufs par les selles ; leur éclosion libère un « miracidium » qui pénètre un mollusque et donne naissance à deux générations de sporocytes qui vont se transformer en larves infectantes libérées dans le milieu extérieur et susceptibles d’infester l’homme. Le porc et le chien sont des réservoirs locaux.
La phase d’invasion peut être silencieuse ou marquée par un syndrome infectieux.
A la phase d’état apparaissent hépatosplénomégalie, ictère, hypertension portale avec circulation collatérale.
L’hémogramme montre une hyperéosinophilie et une hyperleucocytose.
Le traitement passe par le praziquantel (Biltricide®) mais peut imposer une dérivation porto-cave.
La prévention repose sur le dépistage de tous les sujets infectés, la destruction des mollusques.
Les traitements de masse par le praziquantel ont permis de faire diminuer la prévalence de la maladie.

Les helminthoses

Trichinoses, anguillulose, ankylostomose, ascaridiose sont liées à l’ingestion de crudités mal lavées.
La clinique est marquée par un syndrome de Loeffler suivi de douleurs abdominales.
Les complications sont des occlusions du grêle.
Les vermifuges sont contre-indiqués et il faut privilégier les vermicides, type Fluvermal®.

Les distomatoses

L’ingestion de cresson est responsable de la distomatose à Fasciola hepatica et F. Gigantica.
L’ingestion de poisson d’eau douce insuffisamment cuit est responsable d’une infestation par Opisthorchis viverrini, douve asiatique qui se loge dans les voies biliaires hépatiques et provoque une angiocholite pouvant évoluer vers le cholangio-carcinome.
On trouve également des douves intestinales et une douve du poumon secondaire à l’ingestion de crustacés insuffisamment cuits, pouvant évoquer une tuberculose pulmonaire.

Autres parasitoses

On trouve également dans ces régions, des filaires lymphatiques, la capillariose (responsable d’un syndrome de malabsorption intestinale), l’angiostrongylose (responsable d’une méningite à éosinophiles, d’évolution généralement bénigne) ou encore la gnathostomose (à l’origine d’un syndrome de larva migrans cutanée et/ou viscéral).
Une autre pathologie spécifique à cette région est une mycose pulmonaire due à Penicillium marneffei, germe découvert chez le rat de bambou qui provoque chez les sujets immuno-déprimés, des symptômes évoquant une tuberculose pulmonaire.