L’Asie du Sud-Est « au fil du Mékong »

Colloque du CIMED Paris La Défense, 17 mai 2011

Compte rendu : docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS

Les arboviroses dans les pays du Mékong

F. Rodhain, Professeur honoraire à l’Institut Pasteur

Trois arboviroses dominent cette région : la dengue, l’encéphalite japonaise et l’infection à virus Chikungunya.

La dengue

Tous les pays du Mékong sont concernés par cette maladie notamment la Thaïlande et le Sud du Vietnam où la dengue constitue l’un des plus sérieux problèmes de santé publique pédiatriques. C’est en effet l’une des premières causes d’hospitalisation et de décès chez les enfants de moins de 15 ans vivant en milieu urbain.
Le réservoir naturel est constitué par les populations urbanisées de l’Asie tropicale en raison du caractère anarchique du développement urbain (entassement des hommes et pullulation des moustiques par stockage d’eau, égouts obstrués ou objets abandonnés susceptibles de se remplir d’eau et donc de devenir lieux de reproduction des moustiques). La dissémination du virus est assurée par les déplacements des hommes.
Les principaux vecteurs sont des Aedes domestiques ou semi-domestiques en particulier A. aegypti et A. albopictus. Quatre sérotypes de Flavivirus existent, proches les uns des autres mais insuffisamment toutefois, pour permettre une protection croisée efficace et durable.
On distingue des zones purement épidémiques (rurales) où un seul sérotype circule et de façon temporaire, des zones endémo-épidémiques où coexistent plusieurs sérotypes avec généralement une recrudescence en saison des pluies (de mai à septembre) et des zones hyper-endémiques où co-circulent les quatre sérotypes et où surviennent principalement les formes sévères hémorragiques.
Un certain nombre d’affections reste totalement asymptomatique mais la forme clinique classique comporte un syndrome aigu fébrile, algique, éventuellement éruptif. Le traitement est symptomatique. Des formes hémorragiques surviennent dans 1 à 5% des infections cliniques, susceptibles d’entraîner le décès dans 20% des cas.
La prévention repose sur la sensibilisation des populations et l’éducation sanitaire.
Un vaccin fait l’objet de travaux de recherches et pourrait être disponible d’ici cinq ans.

L’encéphalite japonaise

Cette maladie est transmise par des moustiques du genre Culex, liés aux marais et aux rizières. Les oiseaux sont les hôtes habituels mais les porcs domestiques constituent des hôtes amplificateurs.
En moyenne une infection sur 300 est cliniquement exprimée. Les encéphalites sont donc l’exception avec de 45 000 à 50 000 cas annuels signalés dans le Monde, mais il est probable que le nombre réel de cas soit plus proche de 150 000 à 175 000.
Les populations de moustiques varient avec les rythmes de la riziculture (acmé de juillet à septembre) immédiatement après la récolte et lors du repiquage du riz.
Les zones sub-tropicales à climat de mousson (nord de la Thaïlande et du Vietnam, Laos) sont le siège d’une transmission permanente et de faible intensité mais voient survenir des épidémies souvent sévères liées aux variations des précipitations et donc aux dynamiques des populations des vecteurs. C’est généralement quatre à cinq semaines avant l’épidémie que les densités de moustiques augmentent et le début de l’épidémie coïncide avec le maximum de densité des Culex avec une acmé qui correspond à une population de moustiques constituée d’individus âgés et donc à haut niveau d’infectivité.
Dans la zone au sud du 15e parallèle, c’est à dire au sud de la Thaïlande et du Vietnam et au Cambodge, la maladie sévit constamment mais les cas cliniques sont assez peu nombreux en lien avec une augmentation régulière de la prévalence des anticorps en avançant en âge.
La prévention repose sur la surveillance du virus, la surveillance des populations de vecteurs, la lutte anti-vectorielle et la vaccination des populations autochtones mais aussi des voyageurs européens. Chez ces derniers, il convient d’apprécier le risque réel encouru, d’intégrer la notion que la maladie est essentiellement rurale et saisonnière, que l’infection n’est cliniquement exprimée qu’une fois sur 300 et que le vecteur pique surtout la nuit. Les cas sont rares chez le voyageur (24 cas concernant des touristes originaires de pays occidentaux entre 1981 et 2007).

L’infection par le virus Chikungunya

Les moustiques vecteurs sont les Aedes domestiques et péridomestiques (Aedes aegypti et Aedes albopictus) qui sévissent préférentiellement en milieu urbain. L’affection rappelle la dengue bien qu’il s’agisse d’un Alphavirus.
Toute l’Asie du Sud-Est est touchée et les épidémies s’étendent. Le sud de la Thaïlande a été le siège d’une importante épidémie en 2009 notamment dans la région touristique de Phuket.
La prévention repose sur le contrôle des Aedes domestiques.

Autres arboviroses

D’autres virus ont été isolés dans cette région du Mékong :

  • au Vietnam : les virus Me Tri, Nam Dinh, Banna
  • en Thaïlande, les virus Langat, Nyamanini ou Pathum Thani

D’autres virus sont susceptibles de circuler : le Bebaru, le Ross River, le West Nile, le Zika, le Kunjin, le SFTS (severe fever with thrombocytopenia syndrome) transmis par les tiques ou le virus de la fièvre de Kyasanur (fièvre hémorragique) transmis également par les tiques.
Et pourquoi pas le virus de la fièvre jaune ?