L’Asie du Sud-Est « au fil du Mékong »

Colloque du CIMED Paris La Défense, 17 mai 2011

Compte rendu : docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS

Les enjeux politiques et économiques pour la France

Charles-Henri Brosseau, Sous-Directeur d’Asie du Sud-Est à la direction d’Asie et Océanie du ministère des Affaires étrangères et européennes

Les pays du Mékong constituent une région stratégique pour la France

Les enjeux de cette région sont importants du fait de la grande dynamique économique de la région (Chine). La crise économique y a été peu ressentie et on note l’importance croissante du yen dans les échanges. Néanmoins, de nombreuses tensions historiques et culturelles n’ont pas encore été résolues (conflits armés entre Cambodge et Thaïlande autour de la démarcation de la frontière et de la souveraineté sur plusieurs temples khmers anciens), ou accrochages militaires (en mer de Chine méridionale).

L’ASEAN (Association of South-East Asian Nations)

Cette association a été créée en 1967 dans le contexte de la guerre du Vietnam pour endiguer la poussée du communisme dans le Sud-Est asiatique mais sa logique actuelle est différente ; son objectif est de favoriser par une dynamique régionale, le développement économique des États membres. En 2008, une charte a été élaborée pour donner un cadre institutionnel à l’association et fixer des règles dont notamment le principe de non–ingérence dans la politique des États membres.
En 2015, l’abolition des barrières douanières deviendra un moyen d’insertion dans l’environnement international et le moyen de tisser des liens avec ses grands voisins. L’Union Européenne frappe à la porte de cette architecture régionale mais n’est pas perçue comme un interlocuteur intéressant par rapport aux USA et à l’Union Soviétique.

Pourtant, des liens historiques ont été tissés avec la France depuis Louis XIV (Royaume de Siam) et la présence de la colonisation française en Indochine en fait un partenaire ancien et privilégié.
La présence diplomatique française est remarquable avec un représentant dans chacun des pays de l’ASEAN (sauf au Timor), ce qui induit un dialogue riche avec ses interlocuteurs. La France est le seul état de l’Union Européenne à adhérer au traité d’amitié et de coopération de l’ASEAN.
L’ASEAN est un facteur de stabilité politique (renforcement de la gouvernance démocratique) et une aide au développement pour plusieurs pays de la région mais l’essentiel de la relation repose sur la dimension économique. Ses principaux partenaires commerciaux sont Singapour, la Thaïlande et la Malaisie.
Nos exportations restent faibles malgré la signature de grands contrats concernant l’aéronautique, la défense et la vente de produits pharmaceutiques.

La France entretient une coopération auprès de différents pays avec une tradition d’aide au développement

Cette coopération s’exerce dans les domaines

  • de l’enseignement et de la recherche : la France est la 6e destination des étudiants de cette zone géographique (plus de 8 000 étudiants en 2010 dont la majorité vient du Vietnam),
  • de la coopération culturelle (17 « Alliances françaises ») : la francophonie reste un facteur d’influence ; les études médicales sont dispensées en français au Vietnam et au Cambodge.
    Il existe également des partenariats entre les musées avec des manifestations culturelles (mécénat local) et des actions en faveur du patrimoine (la France s’est engagée dans un vaste programme de coopération visant à la sauvegarde et à la mise en valeur du site des temples d’Angkor), mais aussi au Laos (Luang Prabang) et au Vietnam.

L’enjeu pour la France est de faire évoluer sa contribution en adaptant la forme de son assistance à l’évolution économique. Il faudrait une logique de partenariat qui soit plus productive dans les domaines du soutien à la gouvernance (droits de l’homme), de la politique de santé (partenariats hospitaliers et de recherche), de la lutte contre les trafics de stupéfiants, des problématiques environnementales (déforestation) ou de coopération anti-terroriste.

L’Agence Française pour le Développement (AFD) est le pivot de cette coopération. Elle joue un rôle pilote dans la coordination d’aide publique au développement international.
L’AFD va se tourner vers l’Indonésie et travailler sur une logique de prêts (et non plus de subventions) notamment vis-à-vis des Philippines.

Les autres aspects concernent l’augmentation des communautés françaises (touristes et résidents, en 2010 : un million de touristes français dans cette zone et 35 000 Français résidents en Asie du Sud–Est).

Il faudra dans l’avenir tenir compte des réalités économiques et des échanges croissants (développement de partenariats de libre–échange ?).
Un accord de bloc à bloc serait trop difficile à organiser mais l’Union Européenne a déjà négocié des accords avec certains pays, notamment avec Singapour, le Vietnam et la Malaisie.
Mais il faut dès lors intégrer que la langue française est en perte de vitesse et que l’anglais prend une part croissante dans les pratiques administratives. La langue officielle de l’ASEAN n’est-elle pas l’anglais ?