L’Asie du Sud-Est « au fil du Mékong »

Colloque du CIMED Paris La Défense, 17 mai 2011

Compte rendu : docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS

Thaïlande, Laos, Vietnam, Cambodge : situation géographique, points communs et particularités

Olivier Sevin, Professeur de géographie de l’Asie et du Pacifique à l’université de la Sorbonne

Le Mékong est l’un des plus longs fleuves du monde (plus de 4 200 km).
C’est un fleuve international dont le bassin versant s’étend sur la Chine (province du Yunnan), le Myanmar, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam.

Le fleuve des illusions et des espoirs brisés

Au 19e siècle, les Français avaient fondé beaucoup d’espoirs dans le contrôle du Mékong et espéraient pouvoir disposer d’une grande artère pour commercer avec la Chine. Or le fleuve est haché de rapides et son régime est peu favorable à la navigation en raison d’un niveau variable en lien avec la mousson.
La découverte d’Angkor avait laissé imaginer une civilisation brillante. Or, il n’y a pas de civilisation du Mékong  : le Laos est une création coloniale et un état très hétérogène peuplé à 52% par les Lao aux côtés de multiples minorités, le Cambodge est un « royaume Khmer » que la France a ressuscité et dont Phnom Penh devient en 1866, siège permanent du gouvernement, le Vietnam est peuplé essentiellement de Kinhs, et la Thaïlande est le seul pays à n’avoir jamais été colonisé (ancien Siam).
Les Sociétés ont toutefois été modelées par le bouddhisme qui est leur seul trait d’union.

Un fleuve qui n’a guère uni les peuples

En effet, les populations du Mékong sont dissemblables et leurs niveaux de vie sont très contrastés. Le Laos et le Cambodge accusent de sérieux retards en matière de développement face aux deux « tigres » que sont le Vietnam et la Thaïlande.
Le Laos peu peuplé, à dominante rurale, fournit de l’énergie et des matières premières au Cambodge et à la Thaïlande.
Le « Cambodge éternel » présente toujours des paysages de rizières et de palmiers à sucre. S’il a surmonté le traumatisme du génocide par les Khmers rouges, la condition des réfugiés et des déplacés reste précaire et Phnom Penh capte l’essentiel des investissements ; les disparités sociales sont accusées.
La région la plus dynamique est le delta du Mékong au Vietnam (grenier à riz).

La Thaïlande a beaucoup modernisé son agriculture depuis ces dernières années et a établi un vaste réseau de communications à travers la péninsule indochinoise. Bangkok est une capitale en mutation.

Le Mékong n’est pas la colonne vertébrale

Des recompositions territoriales s’effectuent selon des axes Est-Ouest plutôt que selon les axes méridiens (Nord-Sud).

Les tentatives d’unification

Elles sont récentes avec le Comité du Mékong (en 1957) ou la Commission du Mékong créée en 1995 qui vise « à assurer un usage raisonnable et équitable des ressources du Mékong ». Son programme concerne huit secteurs d’activité : transports, télécommunications, énergie et eau, tourisme, environnement et gestion des ressources naturelles, développement des ressources humaines, commerce et investissements.
Si des réalisations concrètes ont vu le jour : infrastructures routières et coopération énergétique (nombreux barrages), le développement reste très inégal.