Le voyage aérien

Réunion d’automne de la Société de Médecine des Voyages
Paris, 27 octobre 2011
Compte rendu : docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS

Les passagers à problèmes

Le transport des malades en avion, rôle du médecin traitant

Vincent FEUILLIE, Adjoint du médecin Conseil d’Air France

Les premières hôtesses sont apparues sur les vols Air France en 1930 et en 1964 est créé le concept d’assistance sur vol de ligne.
Il est indéniable que les conditions de vol contre-indiquent le voyage aérien de certains malades. Le médecin traitant qui connaît le mieux son patient semble être le plus à même de le conseiller, et éventuellement de lui contre-indiquer le voyage en avion.
Un certain nombre de facteurs sont à prendre en compte afin d’aider à la décision de s’embarquer : tout à la fois la réglementation stricte pour des raisons de sûreté et de sécurité dans les avions, l’environnement de la cabine (différence de pression entraînant hypoxie et expansion des gaz, sécheresse de l’air), le mal des transports et les turbulences durant le vol, l’immobilité, facteur de troubles circulatoires et de thrombose veineuse profonde, le décalage horaire et la prise de traitement, les maladies infectieuses transmissibles, l’aspect psychologique du confinement de la cabine.
Les Compagnies aériennes ont le droit de refuser des passagers ayant des problèmes qui risquent de s’aggraver ou d’avoir de graves conséquences durant le vol.
Elles peuvent demander un accord médical dans certaines circonstances.
En pratique, l’accord médical est exigé pour les transports en civières ou couveuses, les demandes d’oxygène à bord, et si l’état du passager à l’embarquement présente un risque pour lui ou son entourage.
Enfin, il existe un certain nombre d’états pathologiques ou non qui contre-indiquent le voyage aérien :

  • un infarctus du myocarde, des pontages aortocoronariens, un AVC, un pneumothorax, une intervention chirurgicale, un crise d’épilepsie type grand mal, une crise de falciformation drépanocytaire dans la mesure où ils sont de survenue récente,
  • un angor instable, une insuffisance cardiaque décompensée, des troubles du rythme non contrôlés, un épanchement pleural, une épilepsie non maîtrisée,
  • une grossesse à partir d’un certain stade ou une grossesse compliquée et un bébé avant la fin de sa première semaine de vie.
  • une plongée 24 h avant le vol, en raison du risque majeur lié à la décompression des gaz et à la nécessité de laisser l’azote se dissoudre lentement dans l’organisme. Les passagers à mobilité réduite ne doivent pas souffrir de discrimination mais doivent signaler leur besoin d’assistance au moins 48 h avant le départ et vérifier la nécessité de voyager avec un accompagnateur, enfin vérifier la nécessité d’un accord médical.
    De même, les passagers peuvent voyager avec leur chien d’assistance psychologique ou psychiatrique dès lors que l’attestation médicale a été fournie.

Les personnes qui ont peur de l’avion peuvent bénéficier d’une session de 7h environ au Centre antistress aéronautique d’Air France, intitulée ’Apprivoiser l’avion’. Sécurité, formation du personnel, problèmes techniques : tout est passé en revue pour soulager les craintes des voyageurs. L’atelier comprend un entretien personnalisé pour détecter les appréhensions du stagiaire, un ’module de familiarisation à l’environnement aéronautique’, avec des cours théoriques et pratiques dans un simulateur Airbus A300.

Grossesse et voyages aériens

Dominique LUTON, Professeur, Service Gynécologie-Obstétrique, Hôpital Bichat, Paris

A priori, il n’y a pas de risque pour la femme enceinte sauf en cas de pathologie surajoutée.

Les risques liés à la cabine

Une dépressurisation brutale est à risque pour le fœtus.
L’expansion des gaz due à la diminution de la pression partielle d’oxygène favorise les crampes abdominales.
L’augmentation du risque thromboembolique justifie le port de bas de contention et éventuellement l’administration d’une héparine de bas poids moléculaire.
Les radiations cosmiques posent un véritable questionnement quant aux éventuels cancers induits.
Un vol Paris–New York correspond à une dose de 0,06 mSv. Air France a développé un système interne permettant de prendre en compte la trajectoire des vols et les effets des éruptions solaires. Ainsi, il est possible de déterminer pour chaque membre du personnel navigant, la dose efficace reçue sur une période donnée.

Les risques infectieux

Le fait de voyager en milieu clos entraîne globalement peu de risques. En cas de pandémie, le risque est majoré chez la femme enceinte.
Attention à la listériose , à la rupture de la chaîne du froid, à la toxoplasmose (peu fréquente en France).
Tenir compte des risques inhérents au pays de destination, (fièvre jaune, paludisme..), du décalage horaire et de la privation de sommeil (défavorable en cas de diabète, d’hypertension artérielle) ou pourvoyeurs de stress.
Les femmes enceintes s’assureront que leur contrat d’assistance ne comporte pas une clause d’exclusion et que le pays de destination comporte des équipements médicaux suffisants pour parer à tout problème de santé susceptible de survenir pendant le voyage.
Attention à certains médicaments (antipaludiques), répulsifs et certains vaccins déconseillés voire contre-indiqués pendant la grossesse.

Autres risques

Le risque de turbulence oblige à garder toujours la ceinture attachée. Attention, une décélération peut entraîner un décollement placentaire.
Toute complication de la grossesse et toute grossesse de plus de 36 semaines (de 32 semaines pour les grossesses multiples) contre indiquent le vol en avion.Les contre-indications sont variables selon le terme de la grossesse.
Sont à prendre en compte

  • lors du premier trimestre : une grossesse non localisée (éventuelle grossesse extra utérine), des métrorragies, des antécédents de fausses couches spontanées (à répétition), des vomissements incoercibles ;
  • au second trimestre : des modifications du col, des antécédents de fausse couche, un placenta recouvrant, une grossesse multiple ou tout autre élément intercurrent qui relèverait d’un arrêt de travail ;
  • au troisième trimestre, idem que lors du 2e trimestre mais à l’approche du terme, il convient d’être prudent. La limite des 36 semaines est valable en dehors de toute complication (antécédent d’accouchement prématuré, diabète déséquilibré, hypertension, drépanocytose).

Le personnel navigant commercial est déclaré inapte à partir du moment où il déclare sa grossesse.
Une femme pilote enceinte peut poursuivre son activité sur la base du volontariat jusqu’à la 26e semaine mais doit s’astreindre à une surveillance mensuelle.