Comment construire ensemble un Projet de Service pour répondre aux besoins en Santé au travail ?

48e journées Santé-Travail du CISME* Paris, 18-19 octobre 2011

Compte rendu : docteur Brigitte BIARDEAU, ACMS

*Centre Interservices de Santé et de Médecine du travail en Entreprise

L’horizon pour penser le changement

Eugénie VEGLERIS, Philosophe et Consultante en philosophie du conseil, Paris

Selon Bergson, auquel l’oratrice a souvent fait référence au cours de sa communication, exister consiste à changer, à mûrir, à se construire soi–même, à parvenir à surmonter les difficultés qui font obstacle.
La liberté est le fruit de notre confiance en l’énergie de la vie.
Il faut sortir de l’enclos de la crainte et s’inscrire dans l’élan du changement.

C’est ce que vivent actuellement les services de santé au travail : mutation du métier de médecin du travail, sollicitations plus nombreuses et plus complexes des adhérents, coopération nécessaire avec l’équipe pluridisciplinaire où chacun n’a pas encore bien assimilé son identité et son rôle sans compter avec les spécificités de chaque service (tailles et localisations différentes, configurations variées des entreprises adhérentes, multiplicité des problèmes rencontrés).

Le Projet de Service a pour mission la prévention des risques professionnels. Cette perspective suscite des inquiétudes de la part des médecins, qui doivent dorénavant inscrire leur action dans une approche collective de la santé et manager une équipe pluridisciplinaire.
Le grand avantage de ce projet est de clarifier le rôle des différents acteurs et d’élaborer les meilleures voies de changement pour une meilleure préservation de la santé au travail.

Il faut bien considérer que chacun préfère les changements dont il est l’auteur (il faut dès lors éviter les projets imposés ou collectifs). Celui qui ne dispose pas de projet personnel a tendance à s’accrocher à ses habitudes (il finit par croire que cela peut durer toujours) et à résister au changement (ce qui lui donne une fausse impression de liberté).

Nous vivons dans un monde de contradiction : en effet, les progrès de plus en plus importants entraînent de fait, des menaces qui conduisent à un sentiment d’insécurité. Le confort matériel fait craindre les dangers potentiels. La société vit alors dans la peur, ce qui induit le développement d’assurances de tous types. Surgissent de partout des réglementations imposant prévention, indemnisations. Il s’ensuit une « désindividualisation » de la société qui n’a plus qu’une vision négative du risque. La liberté est paralysée du fait de la multiplication des lois visant à enrayer les menaces.
Le cadre sociopolitique a d’ailleurs modifié le regard de la médecine sur elle-même : d’un art, elle est devenue un espionnage quasi psychologique visant à traquer les prémices de la maladie ; vient s’ajouter le principe de précaution qui peut devenir paralysant.Il faut dorénavant un projet pensé sur un plan d’action.

Un projet dynamique regarde vers le futur et n’est pas lié aux contraintes d’un programme ; il ne faut pas plier l’échine devant un certain nombre de mesures absurdes, ne pas confondre complexité et complications et s’engager à transformer ce qui fait obstacle.
Rappelons que « l’être humain a en lui quelque chose d’intemporel, de transhistorique, qui le constitue (qui le fait homme) : sa capacité d’exercer sa liberté en prenant des risques, afin d’anticiper, à partir d’un diagnostic lucide, les menaces possibles et probables susceptibles de réduire justement sa liberté ». Quant au principal facteur de l’usure mentale au travail, il « est bien dans la réduction de notre champ de liberté que déterminent conjointement une société conformiste, une organisation qui privilégie le process à la créativité et une attitude personnelle défaitiste ».