Épidémiologie à l’ACMS : évolution des pratiques

Hélène Attali(1), Nisrine Chadili(2), Marina COLL-CABARRUS(2) Pascal-Pierre Fau-Prudhomot(3),
Pierre-Yves Montéléon(4), Victoria Mora(1), Magali Noyé(5), Marie-Laure Sanchez-Brechot6), Caroline Wargon (1)

(1) Médecin du travail
(2) Assistante de service social
(3) Médecin épidémiologiste
(4) Conseiller en épidémiologie
(5) Secrétaire du comité épidémiologique
(6) Médecin statisticien

ACMS, 55 rue Rouget de Lisle 92158 Suresnes Cedex
www.acms.asso.fr

Ce diaporama a fait l’objet d’une communication orale lors des 54èmes Journées Santé Travail du CISME « Partages de pratiques et consensus au sein des SSTI », Paris, 17-18 octobre 2017.

Résumé

Introduction

Le Comité d’Études Épidémiologiques (CEE) est né en 1993 pour pérenniser l’initiative de médecins du travail, auteurs d’études de terrain depuis 1981. Il est à l’origine d’enquêtes générales, locales ou pour une entreprise. Une centaine d’entre elles ont fait l’objet de publications ou de communications lors de congrès ou de manifestations scientifiques.
Réglementairement inscrite dans les missions du médecin du travail (articles R.241-58 et D.4624-50 du code du travail), l’épidémiologie au service des équipes de santé au travail apporte son expertise au bénéfice des entreprises et de leurs salariés.
Au regard des évolutions successives dans l’organisation des SSTI (Services de Santé au Travail Interentreprises), le CEE fait évoluer son fonctionnement en s’orientant vers un partage des pratiques.

Quels sont nos axes, objectifs, contexte et moyens ?

  • Nos études épidémiologiques servent à la fois à enrichir le champ des connaissances au sens d’une production scientifique et à intervenir concrètement en milieu de travail.
  • Elles s’intègrent dans le cadre de politiques publiques de santé (contractualisations, plan santé travail,…) et dans la coopération de réseaux (études en partenariat avec les équipes universitaires, les instituts de recherche, les unités hospitalières, les branches professionnelles).
  • Dans son fonctionnement actuel, le CEE est composé de médecins du travail ayant des compétences complémentaires (animation de groupes, recherche bibliographique, analyse statistique, compétence rédactionnelle et connaissance des bonnes pratiques), d’un conseiller en épidémiologie plus particulièrement orienté vers la gestion des interfaces informatiques, et d’une assistante médicale.
  • Le CEE s’ouvre au partage des pratiques dans une double direction : d’une part, en apportant une expertise à l’équipe pluridisciplinaire, d’autre part, en intégrant de nouveaux métiers.

En réponse à des problématiques de terrain, l’initiative des projets émane du CEE lui-même ou de collègues, médecins ou non, qui sont alors associés à la conduite de l’étude. La contribution d’experts internes ou externes à l’ACMS est souvent requise.

La démarche procède par étapes

  • détermination et délimitation du sujet d’étude,
  • constitution de l’équipe projet,
  • élaboration du protocole,
  • présentation de l’étude à l’ensemble des professionnels concernés,
  • accompagnement du déroulement,
  • analyse des résultats,
  • communication et publication.

Le CEE donne également son avis pour la participation de l’ACMS à des enquêtes émanant de sollicitations externes. Le recueil et le traitement statistique des données font appel à des logiciels spécialisés, respectivement LimeSurvey® et SPSS®.

Exemples d’enquêtes menées ces dernières années

Ces travaux illustrent les apports de l’épidémiologie aux pratiques professionnelles :

Certaines études peuvent infléchir nos représentations collectives. Ainsi, l’enquête médicale sur les « Troubles de la mémoire et difficultés de concentration » (2012) nous a appris que les plaintes exprimées dans la population active n’étaient pas corrélées à l’âge mais plutôt à l’insatisfaction professionnelle et à la pression instantanée du travail.

Pour l’enquête « Vie, travail, santé des salariés de la sous-traitance du nucléaire » (2013), seuls des médecins habilités en radioprotection pouvaient réaliser l’enquête. Le partenariat avec l’APST-BTP (Association Paritaire de Santé au Travail du Bâtiment et des Travaux Publics) a permis d’élargir le champ des activités professionnelles observées, de mettre en lumière la pénibilité de la vie des sous-traitants du nucléaire, ses conséquences sur la santé, et le moindre accès aux soins du fait du nomadisme.

L’étude « Activités occasionnelles de soudage en entreprise » (2014) a, quant à elle, réuni des médecins du travail, des assistantes en santé au travail, des techniciens HSE spécialisés en risque chimique. Cette intervention a permis d’identifier des activités occasionnelles de soudage là où on ne les attendait pas, de les caractériser, de permettre leur traçabilité dans le dossier médical de santé au travail.

L’enquête sur les « Risques psycho-sociaux chez les gardiens et employés d’immeubles » (2015) a permis de hiérarchiser les difficultés quotidiennes vécues par les gardiens à partir du recueil sur le terrain. L’analyse globale des données a priorisé des actions correctives proposées aux employeurs par l’équipe de santé au travail pour de petites entités se trouvant parfois loin des regards institutionnels. La psycho-sociologue du travail a apporté son concours notamment pour l’analyse des verbatim.

L’étude sur le « Retentissement de la situation d’aidants non professionnels sur le travail et la santé » (2016) a été bâtie sur une co-construction entre une enquête quantitative épidémiologique classique et un volet qualitatif au moyen d’entretiens semi-dirigés menés par les assistants de service social. Dans le sillage de ce travail, une réflexion conjointe de la direction des ressources humaines et des partenaires sociaux a permis la rédaction d’un accord d’entreprise dans notre propre service, soulignant les implications réflexives de l’épidémiologie. Nous avons souhaité que les entreprises adhérentes puissent se saisir de nos conclusions pour intégrer la notion de « handicap indirect ».

L’étude en cours « Maladie chronique et travail » mobilise les médecins et infirmier(e)s en santé au travail pour évaluer les étapes d’accompagnement des salariés en prévention de la désinsertion professionnelle. En parallèle, les assistants de service social qui reconstituent les parcours de vie ont déjà ciblé l’importance du collectif de travail dans le maintien dans l’emploi.

Dans le travail actuel concernant la pose de faux ongles, nous visons conjointement la sensibilisation aux risques et à la prévention des professionnels et notre auto-formation via un protocole didactique conçu par une équipe pluridisciplinaire composée de médecins, technicien HSE, chimiste, ergonome.

En illustration de la coopération et de la complémentarité entre les deux univers du soin et de la prévention secondaire et tertiaire en milieu de travail, une étude sur les conséquences professionnelles du lymphœdème après cancer du sein est actuellement menée en soutien du service de lymphologie de l’hôpital Cognacq-Jay, Paris.

Conclusion

Ces quelques exemples montrent que la démarche épidémiologique mobilise le travail de groupe, exige le partage d’expériences, permet l’amélioration de nos pratiques pour l’action en milieu de travail.
L’épidémiologie est par essence pluridisciplinaire encore faut-il en décliner les implications au quotidien. Les limites de la démarche résident dans les contraintes de temps et d’organisation mais les efforts sont récompensés par l’amélioration de l’action préventive au service de nos adhérents.