Vibrations corps entier chez les conducteurs d’engins de manutention :
exemple d’une démarche de prévention proposée par l’équipe de santé au travail dans le secteur de la logistique

Mathieu Chauvet(1)*, Régine Codron(2), Sylvie Fouchy(3), Laurence Magnol(1)(†), Victoria Mora (2), Julie Rayer(3), Patrice Vincent(4)

1) Technicien Hygiène Sécurité Environnement
2) Médecin du travail
3) Assistant technique en Santé au Travail
4) Infirmier en Santé au Travail

Association interprofessionnelle des Centres Médicaux et Sociaux de santé au travail de la région Île-de-France (ACMS), 55 rue Rouget de Lisle - 92158 Suresnes Cedex, France

*auteur correspondant : mathieu.chauvet@acms.asso.fr

Cet article a fait l’objet d’une communication orale lors du 35e Congrès national de Médecine et Santé au Travail, Marseille, 5-8 juin 2018.

Résumé

Un conducteur d’engin de manutention est exposé à des vibrations transmises au corps entier (VCE), par le siège ou la plate-forme sur lequel il est installé, pouvant être à l’origine d’effets sur la santé.
Dans 15 entrepôts logistiques, l’évaluation métrologique des VCE par l’équipe pluridisciplinaire d’un service de santé au travail interentreprises (SSTI) a conduit à la co-construction avec l’employeur d’une démarche de prévention des risques professionnels.

De 2012 à 2016, des mesures de VCE sont réalisées sur 72 engins de manutention : chariots frontaux et transpalettes à conducteur porté. La moitié des mesures dépassent 0,5 m/s², valeur seuil déclenchant l’action de prévention.
Nos recommandations se sont portées sur 4 axes : actions sur le matériel, sur l’environnement de travail, l’organisation du travail et l’attitude du conducteur.
Résultats et préconisations ont été commentés dans l’entreprise.

En 2017, l’Equipe Santé Travail (EST) s’est rendue dans les mêmes entrepôts (3 ayant déménagé) pour suivre la gestion du risque VCE au moyen d’auto-questionnaires salariés anonymes et d’un questionnaire employeur.
La centaine d’auto-questionnaires salariés montre que si les salariés savent comment signaler les anomalies de matériel, ils connaissent mal les conséquences des VCE sur leur santé.
Quant aux questionnaires employeurs, ils rapportent qu’en général des actions sont menées : remplacement des équipements désuets, maintenance préventive et réduction de vitesse des engins. L’entretien des sols, des quais et de l’éclairage est suivi. Cependant des efforts d’organisation du travail et de sensibilisation aux VCE restent à déployer.
L’analyse des questionnaires est restituée aux employeurs et aux salariés. Elle conduit à l’élaboration d’un nouveau plan d’action de prévention avec mise à jour du document unique d’évaluation des risques professionnels.
Pour répondre au besoin de l’employeur en information/formation de son personnel, l’EST a construit un module de prévention spécifique à destination des salariés. Il comprend une partie théorique et des ateliers pratiques : réglage de siège, conduite adaptée, prise en compte de l’environnement de travail.
Cette démarche pilotée par le SSTI est bien acceptée, car non vécue par l’employeur comme un contrôle de son action ou par les salariés comme un rappel de consignes.
L’EST, qui connaît les lieux de travail et a l’expertise pour une approche globale des VCE en entreprise, contribue à l’appropriation par l’employeur et par les salariés d’une culture de prévention. Le module spécifique permet à chacun de devenir acteur de sa santé et de sa sécurité.
Cette démarche a vocation à être déployée dans d’autres secteurs d’activité et pour d’autres risques professionnels.