Evaluation du risque routier

chez les salariés qui conduisent sur la voie publique un véhicule (VL ou PL) pour leur activité professionnelle Jacques ALCOUFFE , Bernadette CHAUDRON, Pierre-Yves MONTÉLÉON, Françoise ROUX, Caroline WARGON, médecin du travail ACMS

Résumé

Le but de cette étude était d’évaluer le risque routier professionnel et ses relations avec l’organisation du travail dans les petites et moyennes entreprises d’Île-de-France, tout en prenant en compte la mesure de la vigilance.

Objectifs :

  1. Repérer les entreprises et les salariés dont l’activité professionnelle amène à conduire sur la voie publique un véhicule léger ou un poids-lourd.
  2. Décrire les conditions de travail prescrites et vécues des conducteurs.
  3. Évaluer leur vigilance.
  4. Répertorier les accidents routiers professionnels sur les 12 derniers mois.
  5. Décrire les moyens de prévention du risque routier.

Méthode : Deux enquêtes parallèles anonymes l’une en entreprise, l’autre au cabinet médical sur des échantillons tirés au sort, réalisées entre le 17 mai 2005 et le 13 juillet 2005, au moyen de questionnaires standardisés. Le questionnaire au cabinet médical incluait l’échelle de vigilance d’Epworth.

Résultats : 37 médecins du travail de l’ACMS, volontaires, ont participé à cette double enquête.

Enquête en entreprise : sur les 1 136 entreprises présumées avoir de la conduite professionnelle, 268 ont répondu au questionnaire. Elles appartenaient principalement aux secteurs d’activité (a) de l’immobilier, de location et services aux entreprises, (b) du commerce, réparations d’automobiles et d’articles domestiques et (c) des transports et communications. Parmi les 20 450 salariés des 268 entreprises interrogées, 40 % des salariés conduisaient (26 %, tous les jours, 14 % occasionnellement), des véhicules légers (96 %), dans le cadre de missions planifiées (90 %), comportant des contraintes de temps (61 %), principalement en Île-de-France (56 %) et pouvant se dérouler la nuit (30 %). Au cours des 12 derniers mois, il a été déclaré 82 accidents routiers de travail (1 %) dont 25 avec arrêt. Des consignes écrites encadrant la conduite professionnelle sont présentes dans 40 % des entreprises et 1/3 a mis en place des actions de prévention : séances de sensibilisation et stages de conduite.

Enquête au cabinet médical : Sur les 12 478 salariés, tout venant, examinés, 12 % conduisaient pour leur activité professionnelle. Il s’agissait d’hommes (84 %) d’un âge moyen de 38,5 ans, travaillant dans les mêmes secteurs d’activité et avec les mêmes caractéristiques de conduite que dans l’enquête en entreprise. Seulement 12 % des conducteurs avaient une vigilance perturbée qui n’était pas associée avec les 126 accidents dénombrés au cours des 12 derniers mois pour un total de 370 jours d’arrêt. Les mêmes actions de prévention étaient rapportées par 27 % des conducteurs et liées à une diminution du nombre des accidents routiers du travail.

Conclusion : Le risque routier est ubiquitaire dans les différents secteurs d’activité et n’est pas l’apanage des seules entreprises de transport. Nous n’avons pas trouvé d’association entre une vigilance altérée et un taux d’accidents plus important, malgré tout, ce cumul de risques mérite une attention particulière. Le peu d’accidents professionnels liés à la route est à rapprocher de la diminution de la vitesse, tant par l’application plus rigoureuse du Code de la route que par la particularité régionale d’un réseau urbain très chargé.