Effets des violences externes sur les troubles musculosquelettiques chez des hôtes et hôtesses de caisse

dans la distribution à prédominance alimentaire en Île-de-France

J. ALCOUFFE*, H. BOUCHET*, C. CHANEY*, J. LE PACHE*, P. MANILLIER*, P.Y. MONTÉLÉON**

* médecin du travail ACMS
** conseiller technique du Comité d’Études Épidémiologiques de l’ACMS

Résumé

Dans la continuité d’une série d’études sur les troubles musculosquelettiques (TMS) chez les hôtes et hôtesses de caisse, la présente étude a pour objectifs de décrire, d’évaluer le retentissement de la violence externe sur les TMS et de rechercher les facteurs susceptibles de réduire ce retentissement.

Une enquête épidémiologique transversale a été réalisée, en 2006, en entreprise et au cabinet médical, par 45 médecins du travail, auprès d’hôtes et hôtesses de caisse de la distribution à prédominance alimentaire en Île-de-France, au moyen d’un questionnaire anonyme standardisé.

Un total de 818 questionnaires ont pu être recueillis dans 111 magasins employant 7 590 salariés dont 2 425 hôtes et hôtesses de caisse (32 % du personnel). La majorité des hôtes et hôtesses enquêtés sont des femmes (86,4 %) qui travaillaient dans des supermarchés (42,2 %), des hypermarchés (39,7 %) et des magasins de moins de 400 m2 (18,1 %).

Les hôtesses de caisse travaillaient en moyenne 30 heures et demie par semaine et leur temps de travail en caisse était en moyenne de 22 heures et demie. Le travail exclusif en caisse concernait 53,2 % des hôtesses. La majorité des hôtesses déclarait n’avoir pas de soucis (71,3 %) et être assez satisfaite de leur travail (51,3 %) voire très satisfaite (27,4 %). Des hôtesses déclaraient ne recevoir de soutien ni de la part de leurs collègues, ni de la part de leur hiérarchie (8,9 %).

Pratiquement toutes les hôtesses ont signalé avoir un TMS (95,5 %). On a observé des corrélations entre les différentes localisations de TMS et le score de fréquence de confrontation à des clients désagréables voire violents ainsi qu’avec le score de perturbation ressentie.

Par ailleurs, le score de perturbation ressentie est corrélé de manière hautement significative au score de fréquence de confrontation à des clients désagréables voire violents (r = 0,48, p < 0,0001).

Les différentes régressions logistiques montrent que le stress est probablement un des facteurs de troubles musculosquelettiques. Néanmoins la violence externe joue un rôle non négligeable dans la genèse de ces affections.

Cette étude ouvre deux pistes d’actions de prévention : d’une part, informer la clientèle de l’effet délétère de ses comportements agressifs et du manque de respect ; et, d’autre part, rechercher à diminuer les autres facteurs de stress et d’insatisfaction au travail.