Cordonnier d’hier et d’aujourd’hui

Au XVIIe siècle

A partir de 1650, les hommes comme les femmes portaient de fins souliers sans talons, fermés sur le coup de pied mais dont la fragilité imposait le port de patins de bois, les protégeant ainsi des souillures de la rue. Les paysans quant à eux portaient des heuses de toile et des souliers grossiers. Les heuses, jambières sans pied ou bottes dans certains cas, formaient avec les brogues, semelles de cuir lacées autour de la jambe, un élément essentiel du costume paysan.

La botte, souci particulier des élégants, avait des formes gracieuses, comme en rapportaient des anecdotes piquantes. Par ailleurs elle a inspiré des vers, des contes, comme en témoignent les souvenirs attendris de notre enfance où l’on nous contait cette histoire du Petit Poucet avec celle du Chat Botté et de Cendrillon.

Nous pourrions ainsi, montrer la place capitale du pied et de sa parure dans la légende, l’histoire, la littérature, les proverbes et multiplier à l’infini les citations où il était question de bottes, souliers, chaussures (vivre sur un grand pied, mettre sur un piédestal, trouver chaussure à son pied, va-nu-pieds, marcher à grands pas, ogre aux bottes de sept lieux...). Des poètes comme VILLON n’avaient-ils pas chanté la botte ? Le pied ne fut-il pas longtemps le système de mesure  ?

Dès les premières années du règne d’Henri IV, les fragiles « eschappins » de la Renaissance disparaissent. Ils sont remplacés par de solides souliers dont le dessus dépasse légèrement la semelle. La grande nouveauté de ce soulier résidait dans l’apport du talon qui fit incliner le pied et qui, jusque-là, était strictement réservé à la botte de cheval. L’absolutisme royal parut même un jour s’incarner dans une paire de bottes, car ce fut en bottes de chasse et le fouet à la main que Louis XIV vint signifier ses volontés au Parlement de Paris. Les souliers, quant à eux, eurent toujours une apparence plus pacifique et plus mondaine. Ceux qui étaient portés à la Cour de France sous l’ancienne monarchie étaient de véritables chefs-d’oeuvre. Louis XIV honora-t-il ainsi le mérite de la corporation des cordonniers en nommant l’un d’entre eux, le sieur LESTAGE établi à Bordeaux à l’enseigne du loup botté, au rang de cordonnier royal et lui donna des armes parlantes : d’azur à la botte d’or couronnée avec une fleur de lys de chaque côté.

Les cordonniers étaient placés sous les confréries des glorieux Saint Crespin et Saint Crespinie, dont les statuts et règlements remontaient au 15e siècle, et firent l’objet de notables modifications. Ainsi, pour être reçu à la maîtrise, on devait avoir été apprenti chez les maîtres de ville et avoir fait publiquement le « chef-d’oeuvre » (à l’exception des fils de maître qui n’étaient pas tenus à des obligations aussi strictes). Le compagnon étranger qui épousait la fille ou la veuve d’un maître gagnait la franchise par cinq années de service et pouvait être admis à l’épreuve du chef-d’oeuvre, chaque maître ne pouvait avoir plus d’une boutique et un apprenti dans la ville et ses faubourgs. Telles étaient les principales clauses des statuts applicables à tous les cordonniers de la capitale, sauf pour une compagnie religieuse de frères cordonniers venus s’établir à Paris vers le milieu du siècle et placée sous la protection spéciale du clergé... Suite à ces dispositions, au sein même de la corporation des cordonniers, comme celles d’autres métiers, il se forma peu à peu une sorte d’aristocratie à Paris comme en Province.