Pénibilité de la manutention manuelle des conteneurs d’ordures sur les sites d’un gestionnaire de logements en Île-de-France

Martine LEVERT*, Patrick BRUNETEAU*, Estelle LE CORRE**, Jacques ALCOUFFE*, Pierre-Yves MONTELEON***

* médecin du travail, ACMS
** assistante en santé au travail, ACMS
*** conseiller technique du comité d’études épidémiologiques de l’ACMS.
Correspondance : martine.levert-amphoux@acms.asso.fr

Résumé

Objectif : L’entreprise gère en Île-de-France, 28 000 logements et emploie 231 gardiens d’immeuble. En 2006, sur 29 accidents, 9 étaient en rapport avec la manipulation de conteneurs (228 jours d’arrêt de travail). Nous avons proposé de réaliser une enquête sur les lieux de travail avec pour objectifs de :

  • dresser un inventaire des situations de travail dans les sites,
  • fournir des éléments objectifs permettant de caractériser la pénibilité en fonction des sites,
  • créer un outil d’évaluation généralisable à cette activité.

Méthode :
Parallèlement :

  • Une étude ergonomique expérimentale recourant à la cardiofréquencemétrie et à l’observation des situations de travail par un enregistrement vidéo permettant de caractériser la pénibilité par des données objectives (CAPTIV) et subjectives (l’échelle CR10 de Borg).
  • Une enquête épidémiologique transversale réalisée sur les lieux de travail au moyen d’un questionnaire standardisé rempli par le médecin du travail. Un score de "pénibilité" a été élaboré à partir du questionnaire.

Au cours de l’enquête, une sélection de sites a été effectuée à partir des questionnaires déjà saisis : un site présumé difficile, un site présumé sans difficulté particulière et deux sites supposés intermédiaires.

Pour chacun des sites retenus, trois études ergonomiques ont été effectuées. Une première étude avec le salarié du site, suivie le même jour de deux études avec les deux expérimentateurs ACMS volontaires de sexe et d’âge différents. Les conteneurs utilisés ont été tarés avec la même cargaison. Ainsi nous avons comparé les résultats des mesures effectuées, sur un même site et entre les sites.

Puis nous avons comparé les résultats de l’enquête et ceux de l’étude ergonomique.

Résultats : Du 17 septembre au 28 décembre 2007, les 29 médecins volontaires ont saisi 309 questionnaires exploitables. Chaque questionnaire représente la description du trajet de la sortie des conteneurs d’un local à poubelles vers le point de collecte de 73 des 410 sites de l’entreprise. Un score de pénibilité a été calculé en fonction du volume manipulé dans la semaine, de la distance local-poubelle vers le lieu de collecte, du nombre d’obstacles et du nombre de matériels défectueux. Les scores allaient de 1,44 à 25 197,12 et leur répartition rendait difficile leur utilisation par l’entreprise. L’étude ergonomique a validé la pertinence des paramètres pris en compte tout en montrant que le poids des différents facteurs du calcul du score devait être pondéré. Un nouveau score allant de 0 à 12 est proposé ; il est basé sur un questionnaire simplifié issu du précédent et semble validé par l’étude ergonomique. Cette dernière va être prolongée pour confirmer la pertinence du nouveau score.

Conclusion : Le score de pénibilité que nous avons élaboré a pu être validé grâce à l’étude ergonomique comparée aux résultats de l’enquête épidémiologique descriptive des conditions de travail. Il nous reste, par la confrontation avec de nouvelles études ergonomiques, à déterminer les seuils comparables avec l’échelle de Borg. La généralisation de cette méthode à toutes les situations de sortie de conteneurs d’ordures est d’ores et déjà possible.

Summary 

Study of the difficulty of working conditions associated with the heavy lifting of waste containers at housing sites in the Ile-de-France region

Objective : We studied 410 sites of work of 231 concierges in the Ile-de-France region. In 2006, nine incidents related to the handling of containers were reported (228 days of sick leave). We carried out a survey to characterise these work situations, making it possible to assess the difficulty of working conditions and creating an evaluation tool for this activity.

Method :

  • A transverse epidemiological survey of work places based on a standardised questionnaire.
  • Based on the responses to this questionnaire, we selected four sites for an experimental ergonomic study based on measurements of heart rate and video recordings : one site presumed to impose difficult work conditions, one site presumed not to be difficult and two sites considered intermediate.

For each of the sites selected, three studies were carried out : one with the site employee, followed, on the same day, by another two studies with voluntary ACMS investigators of different sexes and ages (the same investigators were studied at each site). We compared results of the measurements taken at the same site and between different sites, to generate a score corresponding to the level of difficulty imposed by the working conditions.

Results : Questionnaires were completed and collected during the last three months of 2007, for each of the sites studied. Data analysis is currently underway and concerns the type of rubbish, the nature, number and state of containers and the frequency of collection, the distance covered with empty and full containers, the state and the slope of the ground and any obstacles encountered.

Conclusion : The score corresponding to difficulty of work conditions generated could be validated by comparison of the ergonomic study with the descriptive epidemiological survey on work conditions.