ÂGE ET TRAVAIL DE NUIT
Etude Alliages* au centre médico-social ACMS de Paris Ballu

Docteurs N. BENAÏCH, P. FAU-PRUDHOMOT, M-H. GARANCHER, C. JOUINOT, K. MAMOU, N. MULLENDER, F. MUQA, M-L. SANCHEZ, médecins du travail ACMS

Résumé

* Le projet Alliages ("Alliance à tous les âges") a pour objectif la valorisation de la diversité à tous les âges. Il s’insère dans le cadre du programme d’initiative communautaire Equal, financé par le Fonds social européen pour lutter contre toute forme de discrimination dans le monde du travail et de l’emploi.

Enquête épidémiologique descriptive transversale menée dans le cadre du projet européen Alliages et conduite auprès des salariés travaillant de nuit dans des petites et moyennes entreprises d’un secteur géographique de Paris.

Objectifs : Décrire les salariés, leurs motivations, leur vécu, les données de l’examen médical et étudier les facteurs de meilleure tolérance au travail de nuit.

Matériel et méthodes : Questionnaire anonyme standardisé appliqué par les médecins du travail pendant la visite médicale. Les données ont été saisies sur tableur Excel et traitées avec le logiciel SPSS®. Le test du Khi 2 de Pearson a été utilisé pour l’analyse univariée et l’ANOVA (ANalysis Of VAriances) pour la comparaison des moyennes. Un calcul de corrélations partielles a été pratiqué pour les variables quantitatives liées. L’analyse multivariée a été effectuée par régression logistique.

Résultats : Ont été recueillis 286 questionnaires exploitables. L’échantillon est presque entièrement masculin (92,3%). Un salarié sur cinq est âgé de 50 ans ou plus (senior) (21,3%), et plus d’un tiers exerce un travail de nuit depuis plus de 10 ans (35,8%). Plus de la moitié des salariés interrogés vit en couple (60%). Près de huit sur dix occupent un poste en horaires fixes (78,4%). Parmi les caractéristiques professionnelles, le travail isolé et la manutention sont représentés à hauteur d’un tiers, et le travail de sécurité à près de 60%. La quasi-totalité des personnes interrogées s’estime en bonne santé (90,8%) mais une sur cinq pense avoir un problème de santé provoqué par le travail de nuit (20,1%), un quart signale des troubles fréquents du sommeil (25,7%), une perturbation de l’alimentation (25,4%) et près d’un sur deux déclare avoir augmenté sa consommation de tabac, sucreries, alcool, ou médicaments (42,7%). Les perturbations de la vie familiale et de la vie sociale sont à hauteur de 40%. Près de 30% pensent ne pas continuer à travailler de nuit. Les seniors sont plus nombreux que les plus jeunes à travailler de nuit parce qu’ils n’ont pas trouvé d’autre emploi (48,3% vs 33,3%) et déclarent deux fois plus de problèmes de santé rapportés au travail de nuit (35% vs 16,1%). Les horaires alternés sont très liés à l’auto-appréciation péjorative des critères de satisfaction et de santé. Les facteurs de moindre tolérance au travail de nuit évalués par rapport au fait de s’estimer en bonne santé sont un travail en horaires alternés (OR 5,2, IC [2,2-11,8]) et le fait de ne pas avoir choisi le travail de nuit (OR 3,4, IC [1,4-8,3]).

Conclusion : malgré le caractère transversal de notre étude et "l’effet travailleur sain", de nombreuses plaintes sont rapportées au travail de nuit dans notre échantillon. Si l’on tient compte des facteurs de mauvaise tolérance au travail de nuit (horaires alternés et le fait de ne pas pouvoir choisir sa voie professionnelle), la progression en âge n’apparaît plus comme un facteur intrinsèquement péjoratif. Une grille de surveillance comme outil de suivi médical des salariés exposés au travail de nuit est en cours d’évaluation.

Abstract 

Night work

The "Alliages" study in the Paris Ballu medical and social centre ACMS

A cross-sectional epidemiological study of night workers in small and medium-sized companies in four districts of Paris, within the framework of "Alliages" European project .

Objectives : The aim of this study was to describe individual characteristics, whether subjects chose their profession, their feelings about their work, and medical examination data, and to highlight factors promoting tolerance to working at night.

Design and methods : We used a standardised anonymous questionnaire for each night-time employee, which was filled in during an occupational health medical examination. Data were entered into Excel and analysed with SPSS software. For univariate analysis, we used a Chi-square test with a significance threshold of 5% and ANOVA for comparison of means. We used logistic regressions were performed using a backward stepwise method for multivariate analysis.

Results : We collected 286 questionnaires eligible for analysis. The sample consisted almost entirely of men (92.3%) : 21.3% of subjects were 50 years of age or older (senior) ; 35.8% had worked at night for over ten years ; 60% lived with a partner, and 78.4% had a permanent night-shift job. The nature of work involved working in isolation or handling heavy items for a third of subjects, and was related to security for 60% of workers. Almost all subjects studied (90.8%) considered themselves to be in good health. However, 20.1% of subjects complained of health problems related to working nights, a quarter reported frequent trouble sleeping or a disrupted diet (25.7% and 25.4%, respectively). Disruption of private or social life was reported by up to 40% of subjects. Nearly 30% considered that they will not be able to continue working at nights. More seniors than young people reported that they worked at night-time because they could not find alternative work (48.3% vs 33.3%). Twice as many seniors than young subjects reported health complaints linked to night work (35% vs 16.1%). Factors linked to a lower tolerance of working at nights included shift work (in two or three teams : 2X8 or 3X8) and not having chosen to work nights (OR 5.2, CI [2.2-11.8] and OR 3.4, CI [1.4-8.3], respectively).

Conclusion : Despite the cross-sectional study design and the "healthy worker effect", many subjects from our study sample reported problems related to night work. Ageing no longer appeared as a factor promoting poorer tolerance when we took confounding factors into account (logistic regression). The use of a medical assessment grid is currently being evaluated.