Pied d’athlète

Pied d’athlète et port de chaussures de sécurité
Étude à la Sénégalaise des Eaux (SDE) de Dakar, Sénégal.

Ndiaye M.*, Kandji M.**, Sow ML.*

(*) Service de Médecine du Travail, Faculté de Médecine, de Pharmacie et d’Odontologie, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
(**) Service de Médecine du Travail SDE de Dakar

Résumé

Objectifs : Déterminer la prévalence, les caractéristiques cliniques, mycologiques et préventives des pieds d’athlète observés parmi les travailleurs de la Sénégalaise Des Eaux (SDE) de Dakar assujettis au port de chaussures de sécurité.

Matériel et méthodologie : Il s’agit d’une étude transversale descriptive menée durant le mois de décembre 2008, période de la visite médicale annuelle et qui avait concerné les 120 travailleurs assujettis au port de chaussures de sécurité. Les instruments d’étude étaient les données anamnestiques, cliniques, mycologiques et un questionnaire auto-administré.

Résultats : Sur les 90 travailleurs ayant effectué la visite médicale annuelle, le pied d’athlète était noté dans 32,2 % (n = 29). Les travailleurs atteints étaient tous de sexe masculin et de confession musulmane dans 89,6 % (n = 26). Les plombiers étaient les plus atteints avec 68,9 % (n = 20) suivis des releveurs avec 17,3 % (n = 5) et des dispatchers avec 13,8 % (n = 4). Ils jugeaient leurs conditions de travail mauvaises dans 68,9 % (n = 20), pénibles dans 65,5 % (n = 19) et sources des stress dans 31,1 % (n = 9). Les chaussures de sécurité étaient en plastique dans 68,9 % (n = 20), en cuir dans 31,1 % (n = 9) et portées avec des chaussettes dans 89,6 % (n = 26). Sur le plan clinique les lésions étaient humides, macérées et associées à une desquamation cutanée. On notait également un ulcère cutané dans 17,2 % des cas (n = 5), une onychomycose dans 20,6 % (n = 6), des cloques dans 13,8 % (n = 4), une cellulite bactérienne dans 10,3 % (n = 3) et une dissémination aux organes génitaux et aisselles dans 6,9 % (n = 2). L’atteinte était localisée au niveau de l’espace entre le 4ème et 5ème orteil dans 58,6 % (n = 17) et de l’espace entre le 3ème et 4ème orteil dans 51,7 % (n = 12). Les facteurs de risque identifiés étaient une mauvaise hygiène des pieds, l’humidité des pieds liée aux ablutions et à l’environnement de travail et à la nature des chaussures de sécurité dans tous les cas, aux chaussures serrées dans 20,6 % (n = 6), à la marche pieds nus sur le plancher mouillé des vestiaires dans 17,2 % (n = 5), au diabète dans 13,8 % (n = 4) et à l’hyperhidrose dans 6,9 % (n = 2). Les agents fongiques isolés après culture, étaient selon l’ordre d’importance Trichophyton rubrum, Trichophyton mentagrophytes et Epidermophyton floccosum. Une récidive était notée dans 34,5 % (n = 10) malgré le traitement antifongique et les mesures de prévention destinées à rendre les pieds propres et secs.

Conclusion : Le pied d’athlète est une affection fréquente parmi les travailleurs de la SDE de Dakar assujettis au port des chaussures de sécurité. La récidive notée dans le tiers des cas malgré le traitement antifongique et les mesures préventives adoptées, montre la nécessité d’assurer un suivi et des séances de sensibilisation réguliers pour espérer un changement durable des habitudes sources des risques.

Abstract 

Objectives : To determine the prevalence and the clinical, mycological and preventive characteristics of athlete’s foot observed among Sénégalaise Des Eaux (SDE) workers in Dakar who are required to use protective footwear.

Materials and method: This is a descriptive cross-sectional study conducted in December 2008 during the annual medical examinations of the 120 workers required to use protective footwear. The study instruments included anamnestic, clinical, mycological information as well as a self-administered questionnaire.

Results : Athlete’s foot was observed in 32.2% (n = 29) of the 90 workers who underwent the annual medical examination. Workers affected were all male and Muslims in 89.6% of cases (n = 26). Plumbers were the most affected making up 68.9% of cases (n = 20), followed by meter readers with 17.3% (n = 5) and dispatchers with 13.8% (n = 4). 68.9% (n = 20) considered their working conditions as poor, 65.5% (n = 19) as harsh and a source of stress for 31.1% (n = 9). Protective shoes were plastic in 68.9% of cases (n = 20), leather in 31.1% (n = 9) and worn with socks in 89.6% of cases (n = 26). At the clinical level, lesions were wet, macerated and associated with cutaneous desquamation. Skin ulcer was also observed in 17.2% of cases (n = 5), onychomycosis in 20.6% (n = 6), blisters in 13.8% (n = 4), bacterial cellulitis in 10.3% (n = 3), and a spread to the genitals and armpits in 6.9% of cases (n = 2). Outbreaks occurred in the space between the 4th and 5th toe in 58.6% of cases (n = 17) and between the 3rd and 4th toe in 51.7% (n = 12). Identified risk factors included poor foot hygiene, wet feet as a result of ablutions and the work environment, as well as the type of protective footwear in all cases, tight shoes in 20.6% of cases (n = 6), walking barefoot on the wet floor of the locker room in 17.2% (n = 5), diabetes in 13.8% (n = 4) and hyperhidrosis in 6.9% (n = 2). The fungal agents isolated after culture were, in order of importance, Trichophyton rubrum, Trichophyton mentagrophytes and Epidermophyton floccosum. Recurrence was noted in 34.5% of cases (n = 10) despite antifungal treatment and preventive measures taken to keep feet clean and dry.

Conclusion : Athlete’s foot is a common ailment among SDE workers in Dakar who are required to use protective footwear. The recurrence observed in one third of cases despite the antifungal treatment and preventive measures adopted, reveals the need for monitoring and the organisation of awareness-raising sessions for a lasting behavioural change in relation to the risk factors.