Le gardien d’immeuble

Gardien d’hier et d’aujourd’hui

L’historien Jean-Louis DEAUCOURT indique que le « concierge » également nommé « portier » ou « suisse » est apparu très tôt dans la littérature du Moyen-Age, indiquant ainsi sa présence dès cette époque, présence qui s’est perpétrée jusqu’à nos jours.

Du Xe au XIVe siècle, le Palais de la Cité, résidence des rois, disposait d’une conciergerie, dirigée par le Comte des cierges, un officier royal chargé de la sécurité du Palais. Le terme concierge vient peut être de cette appellation dérivée du latin « cerus, cerea, cire ». Le concierge est, en effet, celui qui détient la chandelle afin d’éclairer ses rondes de surveillance.

La fonction de ces officiers était de garder palais, châteaux ou hôtels particuliers. Ils occupaient des locaux (souvent un petit pavillon à l’entrée du château, près des grilles) appelés « conciergerie ». Au départ prestigieux, ce titre se dévalue ensuite jusqu’à désigner de simples gardes champêtres.

La littérature du XVIIe siècle nous offre davantage de précisions sur leur fonction : « les signes de leur présence se multiplient » et leur tâche est bien de « fermer et ouvrir les portes, empêcher les vols domestiques ».

Au XVIIIe siècle, la présence du gardien se banalise. C’est surtout à Paris que les concierges apparaissent. Les familles aisées qui habitent des maisons à portes cochères ont leur portier. On dénombre, alors, un gardien pour 90 habitants dans le secteur du Marais à Paris. A la fin du XVIIIe siècle, dans les hautes et étroites maisons à allée (elles disposent au rez-de-chaussée d’une allée ou d’un couloir qui permet d’accéder à l’escalier et/ou à la cour intérieure), composées de chambres, d’appartements, de boutiques, d’arrière-boutiques, et où se superposent les fonctions de logement et de production, les allées et venues se multiplient. Cela entraîne une certaine insécurité, et conduit les propriétaires à embaucher des « portiers » chargés de contrôler les mouvements de population et de faire respecter le règlement intérieur. Le concierge joue un rôle important pour régler les conflits qui éclatent entre locataires et propriétaires. Par ailleurs, il peut rendre de multiples services occasionnels ou permanents.

Avec le temps, la fonction se féminise. Assurant le nettoyage des parties communes, cela vaudra à la concierge, dans l’imagerie populaire, une représentation traditionnelle avec son balai.
Soumise au cordon à toute heure de la nuit, à partir de 22h, heure de fermeture de la porte, elle doit ouvrir la porte aux locataires en retard, au moins jusqu’à minuit, heure limite fixée par l’usage. Pendant ces deux heures, la portière ne peut dormir que d’un œil, le cordon enroulé autour du bras.
Placée en première ligne, devant le propriétaire, elle est chargée d’exécuter les tâches ingrates : éviter les départs « à la cloche de bois », déceler les mauvais payeurs et les locataires pénibles. Assimilée alors aux propriétaires, elle sert souvent de bouc émissaire. Mais elle n’est pas toujours mal aimée, car extérieure aux querelles qui divisent les familles, elle bénéficie quelquefois, paradoxalement de confiance, devenant une confidente, une conseillère, voire une complice dans des situations difficiles ou encore un témoin en cas de maltraitance.

Dès la fin du XIXe siècle, apparaît le secteur immobilier social. Le gardien devient rapidement la figure incontournable de la vie dans ces habitations à bon marché. Tout en continuant ses tâches d’entretien et de surveillance, il se voit confier la fonction d’agent administratif préposé à la gestion financière du patrimoine immobilier. Régulateur naturel de la vie sociale, il s’attache à faire en sorte que les conflits de voisinage ne dégénèrent pas, que les divergences intergénérationnelles se résolvent à l’amiable, et contribue à réduire les tensions entre le bailleur et le locataire. Rouage clé de la vie quotidienne des quartiers d’habitation à loyer modéré (HLM), il a un rôle central informel de médiateur de proximité, que les décideurs politiques de la ville s’empresseront au cours des années 1990, de solliciter pour qu’ils participent à récréer du lien social et préserver la paix sociale.
Les gardiens-concierges contribuent à ce que les espaces urbains (bien souvent relégués à la périphérie des villes) ne deviennent pas des « non-lieux ». Ils incarnent le type même du « passeur naturel », dans le sens où ils se trouvent « au cœur d’espaces transitionnels articulant plusieurs mondes sociaux ». Grâce à leur engagement, leur écoute et leur « bon sens », leurs nombreuses médiations tacites et leurs « petits services » rendus quotidiennement, ils parviennent de manière informelle, anonyme et silencieuse, à créer de la convivialité et à tisser du lien social.

DEAUCOURT présente le gardien d’immeuble comme un « homme de confiance », dont la présence est « un gage de sécurité » et qui rend de multiples services comme « filtrer les visiteurs, les renseigner, distribuer le courrier, entretenir les parties communes  ».

Le plus souvent logé sur place, il est aux « premières loges » pour assurer ses multiples fonctions.

Actuellement, on estime qu’un Français sur six côtoie un gardien. Mais la suppression des postes est en cours et la situation actuelle fait état de milliers d’emplois perdus.

Se référant à l’Union Nationale de la Propriété Immobilière (UNPI), ce sont aujourd’hui moins de 10% des constructions récentes qui prévoient une loge de gardien contre plus de 60% lors des constructions d’immeubles entre 1968 et 1981. On observe une baisse très importante du nombre de loges qui entraîne avec elle une perte non négligeable d’emplois potentiels, sachant que ces 10% représentent majoritairement des bailleurs sociaux. En effet, ces derniers ont pour obligation d’employer un gardien lorsque l’immeuble comprend au moins 100 logements, ce qui n’est pas le cas dans les immeubles en copropriété.

Les gardiens logés, employés par des syndicats de copropriétaires constitués de personnes physiques habitant en résidence principale dans l’immeuble, sont les premiers concernés par la disparition de ces emplois.
En effet, les bailleurs, qu’ils soient personnes physiques ou morales du secteur privé comme du secteur public, reconnaissent l’utilité d’un relais sur place et s’appuient largement sur le gardien pour assurer la surveillance et l’entretien de leurs sites immobiliers.
C’est pourquoi, ils maintiennent généralement l’emploi des gardiens.
Cette disparition a donc essentiellement lieu dans les petites et moyennes copropriétés habitées par leurs propriétaires, disposant de revenus modestes.

Selon M. THOMAS, Président de la Chambre Syndicale des Propriétaires et Copropriétaires, cette érosion serait liée aussi à l’accession à la propriété des jeunes adultes dont les revenus modestes ne peuvent supporter les charges de copropriété : salaires des gardiens, mais aussi frais de ravalement, ou de réfection des parties communes.
Il a même été observé, que lorsque la date de départ à la retraite du gardien coïncide avec la date de travaux importants (ravalement par exemple), la vente de la loge est envisagée afin de financer ces travaux, au grand regret des habitants plus âgés, qu’ils soient propriétaires ou locataires. En effet, le poste budgétaire du gardien est passé souvent de 25% à 40% du total des dépenses en raison de l’impact de la hausse accélérée de la valeur du SMIC et de l’explosion du prix des charges (eau, chauffage ,etc.).

Le gardien d’aujourd’hui se doit de donner un sens positif à son métier.
L’imaginaire relatif à la concierge d’antan, « commère », bavarde et curieuse, blesse davantage les gardiennes que les gardiens.
Cela affecte l’image que l’on a de son métier et donc de soi, quand bien même certains parviennent à relativiser cette identité sociale.

Le gardien doit également veiller à bien définir les contours de ses pratiques professionnelles. Certes, le contrat de travail est censé les encadrer mais dans la pratique, où se situent les limites ? Quand le bénéfice d’un logement est la contrepartie d’un travail, comment oser dire non et prendre ainsi le risque de mécontenter ses employeurs ?

Veillant au respect du règlement intérieur d’un immeuble ou d’un ensemble immobilier, il assure ou coordonne les services quotidiens dus aux résidents, qu’ils soient propriétaires ou locataires.Son activité professionnelle exige de lui qu’il ait des compétences multiples. Au fil des ans, les gardiens ont ainsi vu leurs responsabilités et leurs obligations augmenter.