Vieillissement et travail dans la grande distribution alimentaire

Christophe Chaney*, Jacques Alcouffe* Pascal Fau-Prudhomot,* Janick Le Pache*, Patrice Manillier*, Pierre-Yves Montéléon**, Victoria Mora*, Marie-Laure Sanchez-Bréchot.*
* médecin du travail, ACMS
** conseiller technique du Comité d’Etudes Epidémiologiques de l’ACMS
Cet article a fait l’objet d’une communication orale lors du 31e Congrès national de Médecine et de Santé au Travail de Toulouse (1- 4 juin 2010)

Résumé

Objectifs

Décrire les salariés âgés de 50 ans et plus et les facteurs de pénibilité perçue. Étudier les évolutions et les stratégies d’adaptation qui ont permis le maintien dans l’emploi des seniors.

Méthode

Étude épidémiologique transversale effectuée en juin-juillet 2009 dans les hypermarchés et supermarchés de la grande distribution à prédominance alimentaire en Île-de-France, au moyen d’un questionnaire anonyme standardisé auprès des salariés ayant au moins 50 ans et 5 ans d’ancienneté professionnelle (seniors) dans un métier de la grande distribution, à l’exception du personnel exclusivement administratif. L’exhaustivité était recherchée.

Résultats

Les 26 médecins du travail ont complété 322 questionnaires concernant les seniors dans 10 hypermarchés et 23 supermarchés. Les conditions de travail, les populations et les contraintes de gestion sont très différentes entre les hypermarchés et les supermarchés.

Parmi les seniors, plus de 60% étaient des femmes. L’ancienneté cumulée des seniors était en moyenne de 20 ans. Le temps de travail partiel concernait 21% des seniors. Les motifs du travail à temps partiel étaient principalement pour convenance personnelle ou raisons de santé. Dans les supermarchés, ces seniors pensaient le plus souvent pouvoir rester au travail. La journée de travail du quart des seniors en supermarchés comportait des coupures de plus de 2 heures.

Les deux tiers des seniors considéraient leur travail physiquement et nerveusement dur ou très dur et plus de la moitié se déclarait être fatiguée. La pénibilité nerveuse était significativement rapportée de manière plus fréquente dans les hypermarchés. Les trois quarts des seniors déclaraient souffrir de douleurs au moment de l’enquête.

La négociation des horaires de travail avec la hiérarchie était un facteur favorable au maintien dans l’emploi dans les hypermarchés, l’analyse multivariée montre que le paramètre prédominant pour ce maintien est surtout la possibilité d’un temps partiel.

Le soutien de la hiérarchie dans les hypermarchés et le sentiment que la qualité du travail est reconnue dans les supermarchés sont deux facteurs qui favorisent le maintien dans l’emploi.

Conclusion

Les seniors de la grande distribution sont confrontés à un travail avec des contraintes physique et nerveuse importantes, qui ne sont pas sans conséquence sur leur état de santé. Malgré cela, leur maintien dans l’emploi apparaît aussi conditionné par des facteurs psychosociaux positifs : être soutenu par leur hiérarchie et sentir que la qualité de leur travail est reconnue. Outre la réduction de la pénibilité physique des postes de travail, la prise en compte des facteurs psychosociaux améliorera la démarche de maintien dans l’emploi des seniors.

Abstract 

Objectives

To describe superstore employees aged 50 years and over and the factors associated with difficult working conditions perceived. To study changes and adaptation strategies making it possible to keep older workers in employment.

Methods

We carried out a transverse epidemiological study in June and July 2009, in the hypermarkets and supermarkets (superstores essentially selling food products) of Ile-de-France. An anonymous standardised questionnaire was completed for all employees of at least 50 years of age who had been working in superstores for at least five years, with the exception of administrative staff. We tried to make the study as exhaustive as possible.

Results

The 26 occupational health doctors completed 322 questionnaires for older and experienced staff from 10 hypermarkets and 23 supermarkets. The working conditions, populations and management constraints were very different between hypermarkets and supermarkets.

More than 60% of those questioned were women. The mean cumulative time spent working in superstores was 20 years for these workers, 21% of whom worked part-time. The reasons given for part-time working were principally personal convenience or health reasons. In the supermarkets, these older staff mostly felt that it was possible to continue working. The working day of one quarter of those questioned in supermarkets included breaks of more than two hours.

Two thirds of those questioned considered their work to be physically and mentally hard or very hard, and more than half said they were tired. The work was more frequently described as mentally hard by those working in hypermarkets. Three quarters of those questioned reported suffering pain at the time of the survey.

The possibility of negotiating with management concerning working hours was a factor associated with a greater likelihood of continuing to work in hypermarkets, and multivariate analysis showed that the overriding factor for continuing employment was the possibility of part-time working. Support from management in hypermarkets and the feeling that the quality of work was recognised in supermarkets were two factors favouring continuing employment.

Conclusion

Older workers in superstores are faced with working conditions involving major physical and mental constraints, which are not without consequences for health. Nonetheless, the continuing employment of these individuals also depends on positive psychosocial factors, such as being supported by management and feeling that the quality of work is recognised. In addition to reducing the physical difficulty of working conditions, the consideration of psychosocial factors would make it possible to improve strategies for keeping older workers in employment.