Le rôle du service de santé au travail dans le retour et le maintien dans l’emploi de salariés ayant eu une affection cancéreuse. Enquête préliminaire

Résultats

Description de l’échantillon

Ce sont 328 questionnaires dont 325 exploitables qui ont été saisis par 47 médecins.

L’échantillon était composé de 63,7 % de femmes, son âge moyen était de 49,6 ans (de 23 à 76 ans, mode 54 ans, médiane 51, écart type 8,9).

Il y avait 29,1 % de cadres, 10,6 % d’agents de maîtrise ou techniciens, 10,3 % de professions intermédiaires, 38,4 % d’employés et 11,6 % d’ouvriers.

La taille moyenne de l’établissement était de 243 salariés (de 1 à 2 000 salariés, 20 % des établissements employaient 22 salariés ou moins, 20 % employaient 300 salariés ou plus et 60 % employaient de 23 à 299 salariés). Certains établissements appartenaient à des entreprises multi-établissements, ce qui fait que 46 % des entreprises employaient 200 salariés ou plus.

La quasi-totalité des salariés avaient un contrat de travail à durée indéterminée et le secteur des services aux entreprises ou aux particuliers occupait 47 % des salariés.

Avant la survenue de l’affection cancéreuse

Les composantes du poste estimées par le médecin sont présentées dans le tableau 1.

Tableau 1 : Composantes du poste estimées par le médecin antérieurement à la survenue de l’affection cancéreuse

OUI (%)NON (%)Ne sait pas (%)
Emploi d’exécution 56,7 36,6 6,7
Contacts avec le public ou client 55,2 38,7 6,1
Charge mentale importante 48,5 42,7 8,8
Charge physique importante 26,8 67,1 6,1
Emploi d’encadrement 25,9 64,6 9,5
Déplacements dans le cadre de missions professionnelles 24,4 67,7 7,9
Horaires atypiques 20,7 71,0 8,2
Autres risques 19,5 56,4 24,1

Les autres risques signalés comprenaient notamment des risques biologiques ou infectieux (5,8 %), chimiques (4,9 %), physiques (1,6 %), rayonnements ionisants (1,5 %), psycho-sociaux (1,2 %), routiers (0,9 %), amiante (0,9 %).

La quasi-totalité des salariés travaillaient à temps plein (92 %).

L’affection cancéreuse

Les principales localisations signalées par les médecins étaient par ordre décroissant de fréquence :

  • sein 43,4 %,
  • colo-rectal 9,8 %,
  • voies aéro-digestives supérieures 7,9 %,
  • système hématopoïétique 7,3 %,
  • poumon 6,6 %,
  • utérus 4,4 %,
  • thyroïde 4,1 %,
  • prostate 3,2 %,
  • rein 3,2 %,
  • peau (mélanome exclusivement) 2,2 %,
  • testicules 1,9 %,
  • estomac 1,6 %,
  • face 1,6 %,
  • cerveau 1,3 %,
  • ovaires et annexes 0,9 %,
  • vessie 0,6 %,
  • autres 3,7 %.

Les médecins estimaient que les affections cancéreuses n’étaient pas d’origine professionnelle (98,1 %). Une déclaration de maladie professionnelle a été effectuée et pour cinq salariés, l’origine professionnelle était suspectée.

L’âge au moment du diagnostic était en moyenne de 45,7 ans (de 23 à 73 ans, mode 51 ans, médiane 47, écart type 9,3).

Les résultats concernant le pourcentage de cas recrutés par année du diagnostic figurent dans le tableau 2.

Tableau 2 : Pourcentage de cas recrutés par année du diagnostic

2003200420052006200720082009201020112012
4,9 2,8 2,8 7,8 11,3 14,5 17,3 20,5 16,6 1,5

Les résultats concernant la nature des traitements figurent dans le tableau 3.

Tableau 3 : Nature des traitements

OUI (%)NON (%)Ne sait pas (%)
Chirurgie 87,2 7,9 4,9
Chimiothérapie 63,4 26,8 9,8
Radiothérapie 56,1 31,7 12,2
Hormonothérapie 23,8 50,3 25,9

Les médecins ont estimé que 61 % des salariés de l’échantillon avaient eu une bonne tolérance globale aux traitements.Dans la quasi-totalité des cas, il y a eu un arrêt de travail en lien avec l’affection cancéreuse. Un tiers ont eu un arrêt de moins de 6 mois, un tiers de 6 mois à 1 an et pour le dernier tiers, l’arrêt a été supérieur à un an.

Dans 9 cas sur 10 (90,9 %), le salarié a repris le travail. Pour un tiers d’entre eux (32,4 %), il y a eu alternance d’arrêts et de reprise. Une visite de pré-reprise a concerné un tiers de l’échantillon.

Après la survenue de l’affection

Les résultats concernant les conditions de la reprise après le premier arrêt figurent dans le tableau 4.

Tableau 4 : Conditions de la reprise après le premier arrêt

OUI (%)Oui, sans rapport avec l’affection cancéreuse (%)NON (%)
Temps partiel thérapeutique (TPT) 55,2 - 44,8
Modification du contenu du poste (tâches, responsabilités) 24,7 1,5 73,8
Aménagement ’matériel’ du poste de travail 18,6 2,9 78,5
Horaires de travail modifiés (hors TPT) 8,5 2,6 88,9
Changement de poste de travail, mutation 6,3 3,3 90,4
Temps de travail modifié (hors TPT) 4,9 3,3 91,8

Les résultats concernant la situation actuelle figurent dans le tableau 5.

Tableau 5 : Situations actuelles

OUI (%)Oui, sans rapport avec l’affection cancéreuse (%)NON (%)
Modification du contenu du poste (tâches, responsabilités) 22,1 2,2 75,7
Temps partiel thérapeutique (TPT) 22,0 2,1 75,9
Invalidité 17,7 0,7 81,6
Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) 14,7 1,8 83,5
Aménagement ’matériel’ du poste de travail 14,6 1,8 83,6
Horaires de travail modifiés (hors TPT) 14,0 1,4 84,6
Temps de travail modifié (hors TPT) 9,1 1,1 89,8
Changement de poste de travail, mutation 8,8 4,0 87,2
Changement d’entreprise 6,1 2,5 91,4
RQTH en cours 5,4 0,8 93,8
Changement de métier 4,7 2,5 92,8
Retraite 4,4 1,5 94,1

Les résultats concernant les composantes du poste actuel figurent dans le tableau 6.

Tableau 6 : Composantes du poste actuel estimées par le médecin

OUI (%)NON (%)Ne sait pas (%)
Emploi d’exécution 46,1 33,5 20,4
Contacts avec le public ou client 45,1 36,3 18,6
Charge mentale importante 38,4 41,2 20,4
Emploi d’encadrement 23,8 57,0 19,2
Déplacements dans le cadre de missions professionnelles 17,4 64,3 18,3
Horaires atypiques 14,9 64,7 20,4
Charge physique importante 12,8 69,2 18,0

Au final

La dernière conclusion professionnelle notifiée dans le dossier en rapport direct ou indirect avec l’affection cancéreuse était :

  • apte : 53,5 %,
  • apte avec aménagement de poste : 37,6 %,
  • inapte total temporaire : 1,9 %,
  • inapte total permanent : 7,0 %.

Le contexte professionnel estimé par le médecin a été considéré globalement favorable pour 75,9 % des salariés (9,8 % de non réponse), en raison notamment :

  • des caractéristiques du poste : 64,6 %,
  • du soutien de la hiérarchie : 58,5 %,
  • du soutien des collègues : 58,2 %.

Statut vital

Il y avait 88,7 % de salariés présumés vivants au moment de l’étude, le décès de 5,5 % était connu et le statut vital de 5,8 % était inconnu. Résultats croisés : Nous avons comparé les femmes et les hommes pour l’ensemble des données du questionnaire. Outre les caractéristiques attendues (différence de catégories socio-professionnelles (CSP), de secteur d’activité, de temps de travail contractuel, etc), nous trouvons des différences concernant les variables suivantes :

  • arrêts de travail cumulés de plus d’un an : 27,0 % hommes vs 34,5 % femmes (p = 0,08),
  • temps partiel thérapeutique : 43,3 % hommes vs 60,5 % femmes (p < 0,01),
  • horaires de travail modifiés (hors temps partiel thérapeutique) : 8,3 % hommes vs 17,1 % femmes (p < 0,05),
  • changement d’entreprise : 10,0 % hommes vs 4,0 % femmes (p < 0,02),
  • apte avec aménagement de poste : 36,4 % hommes vs 38,0 % femmes (p = 0,06),
  • composantes du poste favorables : 67,4 % hommes vs 79,9 % femmes (p < 0,05),
  • salariés décédés : 8,2 % hommes vs 3,1 % femmes (p < 0,05).

Conditions de travail après la reprise d’activité

Nous avons comparé, sur l’ensemble de l’échantillon, par test d’appariement les composantes du poste, estimées par le médecin du travail, avant et après l’affection cancéreuse. Nous n’avons donc retenu que les situations ayant changé. Les résultats apparaissent sur le tableau 7.

Tableau 7 : composantes du poste estimées par le médecin du travail avant et après l’affection cancéreuse

Composantes du poste avant / aprèsoui avant, non après(%)non avant, oui après(%) p
Charge physique importante 43,1 1,5 < 0,000
Déplacements dans le cadre professionnel 27,1 2,2 < 0,01
Horaires atypiques 24,1 1,5 < 0,02
Charge mentale importante 16,4 4,3 < 0,001
Contacts avec le public ou clients 13,1 9,6 NS
Emploi d’encadrement 11,4 5,6 NS
Emploi d’exécution 9,9 4,1 < 0,02

La charge physique, les déplacements professionnels, les horaires atypiques étaient les composantes les plus fréquemment réduites au retour à l’emploi après la survenue de l’affection cancéreuse.

Les cancers du sein : Nous n’avons pas constaté de différence significative de catégorie socio-professionnelle entre les cancers du sein et les autres cancers chez les femmes.

Les modalités de traitement selon le type de cancers apparaissent sur le tableau 8.

Tableau 8 : les traitements

Cancer du sein (%)Autres cancers (%)p
Chirurgie 98,5 86,3 < 0,000
Radiothérapie 89,1 43,0 < 0,000
Chimiothérapie 78,9 63,5 < 0,001
Hormonothérapie 66,0 5,1 < 0,000

Après l’affection cancéreuse, nous avons retrouvé, pour les salariées ayant eu un cancer du sein, les différences significatives suivantes :

  • retour au travail plus fréquent 95,5 % vs 87,4 % p < 0,05,
  • reprise à temps partiel thérapeutique plus fréquente 65,1 % vs 47,8 % p < 0,01,
  • alternance d’arrêts et de reprises plus élevée 40,2 % vs 26,6 % p < 0,01,
  • RQTH (reconnaissance qualité de travailleur handicapé) plus fréquente 19,8 % vs 10,7 % p = 0,07
  • Moins de décès connus 1,6 % vs 8,9 % p < 0,01.

Si l’on ne tient pas compte des cancers du sein, nous ne constatons pas de différences entre les hommes et les femmes pour la durée des arrêts de travail cumulés de plus d’un an : 26,2 % hommes versus 30,4 % femmes (ns).