Le rôle du service de santé au travail dans le retour et le maintien dans l’emploi de salariés ayant eu une affection cancéreuse. Enquête préliminaire

Docteurs Pascal Fau-Prudhomot1)2), Jacques Alcouffe1)2), Chloé Leroy1), Victoria Mora1)2), Marie-Laure Sanchez-Bréchot1)2), Martine Trimbach1), Patrice Manillier1)2), Pierre-Yves Montéléon2), Magali Noyé3)

  1. Médecin du Travail ACMS
  2. Conseiller technique du Comité d’Etudes Epidémiologiques de l’ACMS
  3. Secrétaire médicale ACMS

Résumé

Les services de santé au travail ont un rôle essentiel pour le retour et le maintien dans l’emploi des salariés ayant eu une affection cancéreuse. Des études transversales conduites par la DREES et l’Inserm* en 2004, puis la SMTOIF** et l’Institut Curie en 2007 concluaient à la nécessité d’ouvrir un suivi longitudinal. Dans le cadre du Plan Cancer 2009-2013 et du Plan Régional Santé Travail 2011-2014, l’ACMS va mettre en place un suivi sur plusieurs années de salariés d’ Île-de-France atteints de cancer. Au préalable, il nous a paru nécessaire de faire une enquête exploratoire chez les salariés suivis par l’ACMS, ayant eu une affection cancéreuse au cours des 10 dernières années.

Objectif

Décrire les caractéristiques individuelles et socio-professionnelles des salariés concernés, les localisations des affections cancéreuses, les traitements mis en œuvre et les répercussions professionnelles ainsi que les modalités du retour à l’emploi.

Méthode

Recrutement sur dossier de salariés ayant eu une affection cancéreuse survenue pendant les dix dernières années. Données recueillies au moyen d’un questionnaire anonyme standardisé complété et saisi par les enquêteurs à l’aide du logiciel EtudSanté®. Les analyses ont comporté des tris à plats et des tris croisés effectués avec le logiciel SPSS®.

Résultats

Ce sont 325 questionnaires exploitables qui ont été saisis par 47 médecins. L’échantillon, dont l’âge moyen était de 49,6 ans, était composé de 63,7 % de femmes. Il y avait 29,1 % de cadres, 10,6 % d’agents de maîtrise ou techniciens, 10,3 % de professions intermédiaires, 38,4 % d’employés et 11,6 % d’ouvriers. La taille moyenne de l’établissement était de 243 salariés et le secteur des services aux entreprises ou aux particuliers occupait 47 % des salariés.
Les trois principales localisations d’affection cancéreuse étaient : le sein (43,4%), le colon-rectum ( 9,8%), les voies aéro-digestives supérieures (7,9%). Les médecins enquêteurs estimaient que les affections cancéreuses n’étaient pas d’origine professionnelle (98,1 %). Les traitements mis en œuvre étaient essentiellement la chirurgie (87,2%), associée ou non à la chimiothérapie, la radiothérapie et l’hormonothérapie. Un tiers des arrêts de travail ont duré moins de 6 mois, un tiers de 6 mois à 1 an et un tiers plus d’un an. Dans neuf cas sur dix, les salariés avaient repris le travail, souvent après avoir eu une visite de pré-reprise (1/3) et bénéficié d’aménagements de leur poste de travail.

Conclusion

Même si notre travail a fait appel essentiellement à la mémoire, nos résultats sont cohérents avec les études prises comme références. La visite de pré-reprise est très importante dans la démarche de retour à l’emploi. On constate la fréquente nécessité d’aménagements de postes pour contribuer au maintien dans l’emploi.
Cette étude préliminaire, par ses limites évidentes, nous permet de préparer l’étude longitudinale.


*Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques et Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale

**Société de Médecine du Travail de l’Ouest de l’Ile de France

Abstract : Role of the occupational health service in the return to work and maintenance in employment of workers who have had cancer 

Preliminary survey

Occupational health services have an essential role to play in the return to work and maintenance in employment of workers who have had cancer. Transverse studies conducted by DREES and INSERM[1] in 2004 and by SMTOIF[2] and the Institut Curie in 2007 concluded that there was a need for longitudinal follow-up. In the framework of the 2009-2013 Cancer Plan and the 2011-2014 Regional Health in the Workplace Plan, the ACMS intends to set up a programme of follow-up over several years, for workers in the Ile-de-France with cancer. We felt it was necessary to conduct an initial exploratory survey of workers followed by the ACMS who had had cancer in the last 10 years.

Objectives

To describe the individual and socio-professional characteristics of the workers concerned, the sites in the body of the cancers, the treatments used, professional repercussions and details of the way in which the return to work was managed.

Methods

Workers who had had cancer in the last 10 years were recruited on the basis of medical records. Data were collected with an anonymous standardised questionnaire, which was completed and input into the computer by the investigators, using EtudSanté® software. The analyses included the calculation of univariate frequency tables and contingency tables with SPSS® software.

Results

In total, 325 questionnaires were exploitable and the corresponding data were processed by 47 doctors. The mean age was 49.6 years and 63.7% of the sample were women. Executives accounted for 29.1% of the sample, managers or technicians 10.6%, intermediate professions 10.3%, employees 38.4% and manual workers 11.6%. The establishments employing these workers had a mean of 243 salaried staff and 47% of the sample were in the service sector (with other companies or individuals as clients).

The three principal sites at which the cancers occurred were the breast (43.4%), the colon/rectum (9.8%) and the upper airways and digestive tract (7.9%). The investigating doctors did not consider these cancers to be work-related (98.1%). The treatments administered were essentially surgery (87.2%), with or without chemotherapy, radiotherapy and hormone treatment. In one third of cases, the individual was on sick leave for less than six months, one third were on sick leave for between six months and a year and one third were on sick leave for more than one year. In nine out of ten cases, the workers had recommenced work, often after a medical visit (1/3), with modifications to their working conditions to facilitate the return to work.

Conclusion

Although this work was essentially retrospective, our results are consistent with those of reference studies in this field. The medical visit before the return to work is very important in this approach and we note that changes to working conditions are often necessary to ensure the maintenance of these individuals in employment.

This preliminary study, with its evident limitations, has paved the way for the preparation of the longitudinal study.


[1] Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques and Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale
[2] Société de Médecine du Travail de l’Ouest de l’Ile de France (The West Ile de France occupational health company)