Santé, travail et évolution au cours du temps chez des conducteurs receveurs de transport en commun privé d’Île-de-France et une population de référence – phase 2

Docteurs Claire Bortolameolli1), Bernadette Chaudron1), Anne-Sophie Hugel1), Patrick Bruneteau1), Jacques Alcouffe1) 2), Annick Goux1), Dominique Le Goualher,1) Marianne Petit1), Thomas Sidhall1), Michèle Simonnet1), Pierre-Yves Montéléon2), Magali Noyé3).

  1. Médecin du Travail ACMS
  2. Membre du Comité d’Etudes Epidémiologiques de l’ACMS
  3. Secrétaire médicale ACMS

Cet article a fait l’objet d’une communication affichée lors du 32e Congrès de Médecine et Santé au travail, Clermont-Ferrand, 5-8 juin 2012

Résumé

PDF - 274.2 ko
Voir poster

Matériel et méthode

Enquête nominative prospective dynamique entre juin 2007 et septembre 2010 sur une cohorte constituée de conducteurs receveurs de transport en commun privé d’Ile-de-France et d’une population de référence.

Résultats

Les 11 médecins enquêteurs ont saisi 3 108 questionnaires et les analyses ont porté sur 249 couples ’exposés/non exposés’.
L’ancienneté dans le métier à l’inclusion était en moyenne de 10 ans pour les exposés (conducteurs receveurs) et de 13,5 ans pour les non exposés (référents).
Les exposés vivaient plus près de leur lieu de travail en distance et en durée (moyenne, respectivement 17 vs 21 kms et 50 min vs 1h) ; ils avaient un contrat de travail plus souvent à temps complet (p < 0,05), des coupures plus nombreuses et plus longues (respectivement 1 à 4 vs 1 à 2 et 2h vs 50 min) et plus souvent des horaires de nuit (p < 0,001).
Les exposés étaient moins satisfaits de leur temps de battement ou pause (p < 0,001) et de leur jour de repos (p < 0,01).
Les exposés déclaraient moins fréquemment pratiquer une activité physique régulière (p < 0,01), consommer moins d’alcool (p < 0,001).
Ils étaient plus nombreux à subir des violences de la part de la clientèle et les ressentaient moins supportables (p < 0,001).

Les exposés ressentaient moins le soutien de la hiérarchie (p < 0,01), rapportaient moins de soucis dans la vie professionnelle (p < 0,05) et avaient moins souvent le sentiment que la qualité de leur travail était reconnue (p < 0,01).

Dans les pathologies recherchées (cardiaques, diabète, problèmes rhumatologiques), il n’a pas été retrouvé de différence significative entre les groupes. Les exposés avaient en moyenne 1 point d’IMC en plus (p < 0,01).

Conclusion

Cette première enquête prospective ’exposés/non exposés’ dans notre service interentreprises confirme les difficultés de réalisation et met en exergue les principaux écueils à éviter.
Les deux groupes étaient tout à fait comparables, ils différaient sur la consommation déclarée d’alcool, l’activité physique (moindre chez les conducteurs) et l’Indice de masse corporelle , IMC (plus élevé d’un point chez les conducteurs receveurs).
Les conducteurs receveurs sont nettement plus souvent confrontés à des violences de la part des clients. Ils le ressentent plus douloureusement que les référents, alors que leur niveau de stress est identique.
Nos résultats ne nous permettent pas de constater d’excès de pathologies chez les conducteurs receveurs comme nous le soupçonnions au départ de l’enquête.

Plusieurs médecins du travail surveillant des entreprises de transport en commun privées d’Île-de-France avaient eu le sentiment que certaines pathologies étaient plus fréquentes ces dernières années, chez les conducteurs receveurs. Il s’agit notamment de pathologies cardiovasculaires, de diabète, de troubles anxiodépressifs, de surpoids et de troubles musculosquelettiques (TMS). Lors des examens périodiques, les conducteurs receveurs avaient exprimé des plaintes concernant leurs conditions de travail, tant sur les matériels que sur l’organisation. Ces plaintes concernaient surtout le poste de conduite, le type de véhicule, les lignes, le temps et l’environnement de travail…Nous avons conduit une enquête épidémiologique prospective avec pour objectifs de :

  • décrire l’état de santé et l’organisation du travail des conducteurs receveurs ;
  • évaluer leur évolution au cours du temps ;
  • rechercher les interactions éventuelles entre ces deux facteurs ;
  • comparer avec une population de référence.

Abstract : Health, work and changes over time in drivers of one-man-buses working for private companies in the Ile-de-France and a reference population - Phase 2  

Objectives

To describe the health status and work organisation of the drivers of one-man-buses, to evaluate changes in these factors over time, to look for possible interactions between these factors and to compare the results obtained with those for a reference population.

Materials and methods

We carried out a prospective, nominative, dynamic survey between June 2007 and September 2010 on a cohort of one-man-bus drivers working for private companies in Ile-de-France and a reference population.

Results

The 11 investigating doctors obtained 3,108 completed questionnaires, for which they analysed 249 “exposed/unexposed” pairs.
Mean time in the job at inclusion was 10 years for the exposed groups (the bus drivers) and 13.5 years for the unexposed group (reference population). The exposed group lived closer to their place of work than the unexposed group, in terms of both distance and travelling time (means of 17 vs 21 km and 50 minutes vs 1 h, respectively). They were more likely to be working full-time (p<0.05) and to have a larger number of longer breaks (1 to 4 breaks vs 1 to 2, lasting 2 h vs 50 minutes). They were also more likely to work at night (p<0.001). The members of the exposed group were less satisfied with their pauses and rest time (p<0.001) and with their days off (p<0.01).
The members of the exposed group were less likely to declare taking part in regular physical activity (p<0.01) and their declared alcohol consumption was lower (p<0.001). They were more likely to report having been subjected to violence from clients and were less tolerant of such violence than the reference population (p<0.001).
The members of the exposed group were less likely to feel supported by their hierarchy (p<0.01); they reported fewer professional problems (p<0.05) but were less likely to feel that the quality of their work was recognised (p<0.01). For the diseases studied (cardiac diseases, diabetes and rheumatological problems), we found no significant difference between the groups. Mean BMI was one point higher in the exposed than in the unexposed group (p<0.01).

Conclusion

This initial prospective “exposed/unexposed” survey by our intercompany service confirmed the difficulties involved in such studies and highlighted the principal pitfalls to be avoided. The two groups were entirely comparable, but differed in declared alcohol consumption, physical activity (both lower for the drivers) and BMI (one point higher in the bus drivers).

The one-man-bus drivers experienced violence from clients markedly more frequently than the reference group. They found such violence more intolerable than did the reference group, despite the similar levels of stress in the two groups.

We found no evidence to support our initial hypothesis of excess disease in the bus drivers.